SPRIS : cette maladie liée à la COVID-19 qui affecte les enfants

Auteur
Marie-Ève Laforte
26 mai 2020

Ce fameux coronavirus qui cause la maladie de COVID-19 nous réserve encore des surprises… Au départ, on décrivait la maladie comme étant essentiellement respiratoire, s’attaquant aux poumons. Puis les chercheurs et médecins ont établi qu’elle pouvait causer bien d’autres complications, par exemple des caillots sanguins

Et si initialement tous les parents du monde ont au moins été soulagés du fait que les enfants semblaient largement épargnés, non seulement par les complications de la COVID-19 mais même de contracter la maladie… Il y avait encore une fois une surprise. Une complication rare, mais grave et parfois même fatale, qui touche uniquement les enfants et les adolescents. 

Plus de cas qu'à l'habitude

L’alarme a d’abord été sonnée en avril, lorsque le Royaume-Uni a rapporté une hausse marquée des cas d’une maladie s’apparentant à celle de Kawasaki, mais souvent avec une présentation atypique. Soudainement, beaucoup plus d’enfants, et même d’adolescents, que d’habitude se retrouvaient aux soins intensifs «dans un état d’inflammation systémique[1]».

Peu après, d’autres cas ont été signalés dans différents endroits : en France, en Belgique, en Italie, en Espagne, ainsi qu’aux États-Unis. Il est intéressant de noter que ce sont tous des pays particulièrement touchés par la COVID-19! Le Dr. Robert Tulloh, cardiologue pédiatrique pour le Bristol Royal Hospital au Royaume-Uni, estime qu’environ 250 cas au total ont été dénombrés en Europe. L’état de New York, quant à lui, avait investigué à la mi-mai 102 cas de cette maladie infantile, mais des cas ont également été rapportés dans 14 autres états américains[2].

Le même phénomène s’est produit au Québec : au milieu du mois de mai, l’Hôpital Sainte-Justine à Montréal avait constaté plus d’une quinzaine de cas de cette maladie dans les semaines précédentes. Ce qui, selon la Dre Fatima Kakkar, spécialiste des maladies infectieuses pédiatriques, «était plutôt inhabituel, d’en voir autant en si peu de temps[3].» En temps normal, l’hôpital montréalais voit en effet 1 à 2 cas de maladie de Kawasaki par mois.

Le lien avec la COVID-19

Au départ, surtout alors que le consensus général était à l’effet que les enfants étaient très peu touchés par le coronavirus, il n’était pas possible d’établir un lien entre cette maladie similaire à celle de Kawasaki et la COVID-19. Toutefois, en pleine pandémie, une telle hausse pouvait-elle réellement être une coïncidence?

Pendant leur hospitalisation, les jeunes patients ont été testés pour la COVID-19, mais si certains étaient infectés, ce n’était pas le cas de tous. Par contre, lorsque des tests de sérologie ont été effectués, pour détecter la présence d’anticorps au virus, c’est plutôt la «grande majorité» des enfants qui avaient été atteints par la COVID-19. Selon le New York Times, quelques-uns ont reçu des tests négatifs à la fois pour la maladie et les anticorps, mais «il est toujours possible que ce sont les tests qui étaient fautifs[4].» Rappelons que les tests d’anticorps positifs révèlent que par le passé, le patient a combattu l’infection, même si cette dernière n’est plus présente au moment du test et même si la personne n’avait pas nécessairement démontré de symptômes.

Alors même s’il n’est pas encore possible d’affirmer hors de tout doute que ce syndrome est une complication directe du nouveau coronavirus, c’est la piste envisagée par les autorités. «Des hypothèses initiales indiquent bel et bien que ce syndrome pourrait être lié à la COVID-19,» a expliqué le directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Le syndrome pédiatrique de réponse inflammatoire systémique (SPRIS)

Finalement, comme la présentation des patients n’était pas tout à fait la même que pour la maladie de Kawasaki, les médecins ont donné un nouveau nom à cette maladie : le syndrome pédiatrique de réponse inflammatoire systémique (SPRIS).

La maladie de Kawasaki est déjà un phénomène assez rare, mais qui se produit surtout chez des enfants âgés de moins de 5 ans, et en particulier ceux d’origine asiatique. Tandis que le SPRIS peut se produire chez des enfants plus vieux (des cas jusqu’à 18 ans ont été rapportés) et de toutes les origines ethniques. Curieusement, depuis le début de la pandémie, il n’y a pas eu de cas de SPRIS rapportés en Chine, au Japon ou en Corée du Sud[5].

Contrairement à la maladie de Kawasaki, le SPRIS est généralement plus sévère et présente également des symptômes de choc toxique. Il est donc important que les enfants et adolescents atteints soient traités dans les plus brefs délais. Lorsqu’hospitalisés et traités à temps, la majorité des complications graves peuvent être évitées.

 

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Quelques décès attribuables à ce syndrome

Malheureusement, au moins 5 enfants et adolescents atteints du SPRIS sont décédés à travers le monde dans les dernières semaines, au Royaume-Uni, aux États-Unis ainsi qu’en France. Ils avaient entre 5 et 14 ans. 

Dans le cas de l’enfant en France, un garçon qui avait 9 ans, le décès est survenu à cause de lésions cérébrales, à la suite d’une atteinte cardiaque. C’est la complication la plus sérieuse liée au SPRIS, qui cause une inflammation généralisée, pouvant atteindre les vaisseaux sanguins et par conséquent le cœur.

Les symptômes et conseils aux parents

Même si ce syndrome est plutôt inquiétant, il est important pour les parents de ne pas paniquer. «Nous voulons rassurer les familles en leur disant que cette complication est très rare,» a expliqué la Dre Roshni Mathew, infectiologue à l’hôpital pour enfants de l’Université Stanford, en Californie[6]. «Mais même si nous ne voulons pas alarmer les parents, c’est important pour eux de connaître les signes à surveiller».

 

Si votre enfant présente les symptômes suivants :

  • Une fièvre persistante (plus que deux jours)
  • Des éruptions cutanées ou un changement dans la couleur de la peau
  • Des yeux rouges ou une conjonctivite
  • Un mal de ventre, souvent associé avec d’autres problèmes gastro-intestinaux comme de la diarrhée et des vomissements
  • De l’enflure, par exemple de la langue, des mains et des pieds
  • Des ganglions enflés

 

Il est important d’appeler son pédiatre, son médecin de famille ou un autre professionnel de la santé le plus rapidement possible (ou encore de composer le 811). Et ce, peu importe si l’enfant avait été en contact ou non avec la COVID-19, ou s’il avait ou non auparavant présenté des symptômes liés au virus.

L’OMS sur le dossier

Comme dans beaucoup d’autres aspects de cette pandémie, les apprentissages se font en temps réel… Et l’OMS a récemment urgé tous les médecins sur la planète de rapporter leurs cas pour permettre de mieux connaître le SPRIS et de faire profiter aux autres de leurs données. «Il est crucial de caractériser précisément et urgemment ce syndrome clinique, pour comprendre sa causalité et décrire les protocoles de traitement,» a indiqué le Dr Ghebreyesus.

Comme c’est le cas chez les adultes, ce n’est pas encore clair le SPRIS est directement lié au coronavirus ou s’il survient plutôt à cause du système immunitaire de l’enfant. Selon Michael Ryan, responsable des programmes d’urgence pour l’OMS, «nous ne savons pas encore si c’est le virus qui attaque les cellules ou si c’est la réponse immunitaire excessive qui entraine l’inflammation.»


Note

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