À la recherche de la «formule magique» contre la COVID-19

Auteur
David Nathan
10 juin 2020
À la recherche de la formule magique contre la COVID-19

Erin Bromage n’est pas un sorcier. Pourtant, cet immunologiste et professeur de biologie de l'université du Massachusetts à Dartmouth fait beaucoup parler de lui ces derniers jours car il vient de trouver une «formule magique» qui permet de déterminer le risque d’infection à la COVID-19 auquel on est soumis.

Voici sa formule, somme toute très compréhensible: «Infection réussie = exposition au virus x durée».

Ce que cette formule met en lumière, c’est le fait que le risque d’infection dépend d’une part de l’exposition au virus, mais aussi de la durée de cette exposition.

Avant d’arriver à cette formule, le scientifique américain a analysé les différentes façons dont s’est propagé le virus notamment dans des milieux fermés. Dans un document intitulé «Les risques - les connaître - les éviter», Erin Bromage a étudié plusieurs variables comme les différentes vitesses de propagation en fonction de la façon dont le virus était expulsé par le corps humain: via la respiration, la toux ou l’éternuement.

Respiration, toux ou éternuement?

En fonction de la façon dont sont expulsées les gouttelettes virales, celles-ci sont plus ou moins nombreuses.

Selon les travaux de Dr. Bromage, une seule respiration par exemple libère entre 50 et 5 000 gouttelettes. Il indique cependant que la plupart de ces gouttelettes ont une faible vitesse et tombent rapidement sur le sol.

La toux libère environ 3 000 gouttelettes qui se déplacent à 50 miles à l’heure. La plupart des gouttelettes sont grosses et tombent rapidement par gravité, mais beaucoup restent dans l'air et peuvent traverser une pièce en quelques secondes.

En ce qui concerne les éternuements, ils libèrent 30 000 gouttelettes qui peuvent se déplacer à une vitesse allant jusqu'à 200 miles par heure. «La plupart des gouttelettes sont petites et parcourent de grandes distances, facilement à travers une pièce», précise-t-il.

 

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Une question d’environnement

Le chercheur indique que quand une personne éternue, ce sont 200 000 000 de particules virales qui peuvent se retrouver dispersées dans l'environnement qui entoure l’individu. «Certaines particules restent en suspension dans l'air, d'autres atterrissent sur différentes surfaces, mais la plupart tombent au sol», explique l’immunologiste.

«Si vous êtes face à face avec une personne, en train de discuter, et que cette personne éternue ou tousse directement sur vous, il est alors assez facile d'inhaler 1 000 particules virales et d'être infecté». Il ajoute que si la toux ou l’éternuement n'est pas dirigé vers la personne, certaines gouttelettes infectées, les plus petites, peuvent rester en suspension dans l'air pendant quelques minutes. Quelqu’un qui entrerait donc dans cette pièce quelques minutes après la toux ou l’éternuement, peut ainsi être contaminé.

L’environnement dans lequel se trouve un individu contagieux va donc avoir une forte influence sur la contagion. De la même façon, une ventilation (air conditionné) puissante, va faire circuler le virus alors que des individus sont à une distance sécuritaire les uns des autres.

Il prend l’exemple d’un restaurant qui dispose d’un système de ventilation. Au cours d’un repas de 60 à 90 minutes, la personne infectée (Siège A1) a contaminé «approximativement 50% des personnes présentes à sa table, 75 % des personnes se trouvant à la table adjacente (sous la bouche d’aération) et deux des sept personnes sur une troisième table encore.» Les personnes se trouvant à des tables qui n’étaient pas situées dans le flux d’air contaminé ont été épargnées.

À la recherche de la formule magique contre la COVID-19

Erin Bromage

L’importance de la durée d’exposition

Selon le docteur Bromage, les paramètres que l’on doit prendre en considération sont:

  • Le nombre de personnes que l’on va croiser;
  • La qualité de la circulation de l’air;
  • Le temps pendant lequel on reste dans l’environnement contaminé.

Pour illustrer ses dires, le scientifique donne plusieurs exemples d’environnement dont celui de la chorale communautaire de l'État de Washington.

Il a remarqué que bien que mesures très strictes aient été prises pour minimiser les contacts (en évitant les poignées de main et les embrassades, en respectant les distances physique pendant les répétitions), un seul porteur asymptomatique a infecté la plupart des personnes présentes. «La chorale a chanté pendant deux heures et demie, dans une salle de répétition fermée de la taille d'un terrain de volley-ball, explique le docteur Bromage. Chanter, plus que parler, permet de diffuser dans l’air extraordinairement bien les gouttelettes. Respirer profondément tout en chantant a permis aux gouttelettes de pénétrer profondément dans les poumons. Deux heures et demie d'exposition ont permis aux gens d'être exposés à suffisamment de virus pendant une période assez longue pour que l'infection se produise. Sur une période de 4 jours, 45 des 60 membres de la chorale ont développé des symptômes, deux en sont morts».

La distanciation physique n’a selon lui que peu d’effets dans les espaces intérieurs où l'on passe beaucoup de temps. Le temps d’exposition au virus est donc un paramètre-clé en ce qui concerne le risque de transmission.

Ainsi, même si un joggeur libère davantage de virus en raison de sa respiration profonde, il n’offre cependant pas un temps d'exposition très important en raison de sa vitesse.

Selon le chercheur, les principales sources d'infection sont le domicile, le lieu de travail, les transports en commun, les réunions sociales et les restaurants qui représentent en tout 90 % de tous les cas de transmission.

«Les espaces intérieurs, avec un échange d'air limité ou de l'air recyclé et beaucoup de personnes, sont préoccupants du point de vue de la transmission», conclut le scientifique.

À l’approche de l’été, ça donne encore plus le goût de profiter des activités de plein-air! 

 

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