Se soigner au privé

Auteur
Canal Vie

Chaque année, des centaines de Québécois abandonnent le réseau public de la santé pour se tourner vers les cliniques privées. Généralement, ils y trouvent leur compte, en y mettant le prix. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène.

L'attente en fonction de la cote

Dans un premier temps, les délais d'attente dans le réseau public en découragent plus d'un. À l'urgence, selon la gravité de vos malaises, il vous faudra compter au moins quatre bonnes heures avant de recevoir un diagnostic ou de vous retrouver à l'extérieur, prescription en main. Bien sûr, tout dépend de votre état de santé. Vous n'attendrez que quelques instants si votre condition mérite la cote 1 (réanimation). Pour les conditions très urgentes ou urgentes, vous verrez généralement le médecin moins de deux heures après l'évaluation initiale faite par une infirmière.

Mais si vous obtenez des cotes de 4 ou 5, prévoyez passer plusieurs heures dans la salle d'attente avant de voir un médecin. Les bénéficiaires doivent donc être patients.

Les fameux corridors! 

Si votre condition nécessite un séjour plus ou moins long dans un établissement de santé, il est probable que vous vous retrouviez sur une civière, dans un corridor, pour une période moyenne qui varie entre 17 h 30 (au Québec) et 20 h 13, à Montréal. Dans certains hôpitaux, des bénéficiaires passent plus de 48 heures dans un couloir éclairé jour et nuit, à la vue de tous.

Pénurie de médecin de famille

Il y a plus. À ce jour, quelque 2 millions de Québécois n'ont pas de médecin de famille. Ils doivent donc se présenter à une clinique sans rendez-vous, ou à l'urgence, pour recevoir des soins. Il n'est donc pas étonnant que de nombreuses personnes se tournent vers les cliniques privées.

En outre, les chirurgiens sont souvent confrontés à un manque de disponibilité des salles d'opération. Certains n'ont droit qu'à une seule journée par semaine, faute de personnel ou de budget au centre hospitalier. Pas surprenant alors que les listes d'attente s'allongent.

Les avantages des cliniques privées

Les cliniques privées offrent généralement les mêmes services que le réseau de santé publique, sauf l'hospitalisation à long terme. Vous n'avez qu'à prendre rendez-vous, à vous présenter à la date et à l'heure convenues, pour être reçu par votre nouveau « médecin de famille ». Ce dernier (généralement, toujours le même) prendra le temps de vous écouter. Il demandera les examens nécessaires, souvent effectués à la clinique, posera un diagnostic et traitera vos malaises, le tout en un temps « record » si vous le comparez au système public.

Comme l'attente est réduite au strict minimum, vous n'aurez pas à vous farcir les récriminations de votre voisin malade ou à subir la longue liste de maladies dont vous feront part les nombreux « patients » de l'urgence. Pour certains, il s'agit là d'un avantage indéniable.

Dans la majorité des cas, le « réseau » privé vous prodiguera les soins appropriés en quelques semaines, tout au plus. Pour l'arthroplastie du genou, par exemple, plus de huit Québécois sur 10 subiront une chirurgie dans les 26 semaines qui suivent l'inscription du bénéficiaire. Dans le réseau privé, le tout est réglé en moins de quatre semaines. Et lorsque la douleur est permanente, ces semaines de souffrance font une grande différence pour le patient.

Soyons francs. Souvent à la fine pointe de la technologie médicale, ces cliniques bénéficient d'équipements qui se comparent à ceux des centres universitaires, rien de moins. Le personnel est généralement trié sur le volet et les médecins peuvent souvent s'appuyer sur une équipe de spécialistes, au besoin.

Les inconvénients des cliniques privées

Comme il s'agit d'une entreprise qui doit réaliser des profits pour survivre et payer des équipements médicaux onéreux, le service y sera prompt, rapide, courtois et professionnel, en échange de vos dollars. Le bénéficiaire qui fait appel à une clinique privée doit donc s'attendre à délier les cordons de sa bourse. Et la facture peut être salée. Certes, vous connaissez généralement les tarifs de base. Mais il arrive parfois que des examens nécessaires, ou des soins particuliers fassent grimper les coûts de consultation.

Les tarifs 

Les tarifs varient d'une clinique à l'autre. Il est donc préférable de magasiner avant d'arrêter votre choix. Pour l'ouverture du dossier, par exemple, nous avons trouvé une clinique qui demande 85 $ et une autre, 435 $ (incluant une consultation initiale de 60 minutes). Une fois membre de la clinique, chaque service est offert à la pièce, ou à forfait. Ainsi, nous recherches ont permis de dénicher un établissement qui vous facturera 100 $ pour une consultation de base. La facture peut grimper rapidement, selon la durée de la visite et les examens nécessaires (laboratoire, radiographies, etc.).

Il vous faudra vraisemblablement sortir votre carte de crédit, ou de débit, pour payer les honoraires réclamés. Toutefois, plusieurs compagnies d'assurances collectives assument une partie des frais encourus en clinique privée. Selon la couverture choisie par l'employeur, et parfois l'employé, vous n'assumerez qu'un pourcentage de la facture totale.

Enfin, la Régie de l'assurance-maladie du Québec défraie les coûts de certaines interventions en clinique privée si le réseau public ne peut vous offrir le service dans un délai « raisonnable ».

Les tarifs

Les tarifs varient d'un établissement à l'autre. Et la plupart des cliniques ne les publient pas sur Internet, concurrence oblige. Rappelez-vous : ce sont des entreprises à but lucratif. Toutefois, nous avons déniché une clinique* qui affiche ses tarifs sur le web. Ainsi, pour une visite de 10 minutes, vous débourserez 100 $ alors que 30 minutes vous coûteront 250 $. Une consultation d'urgence se traduira par une facture de 250 $.

Pour la pose d'un stérilet, vous paierez 475 $, incluant un examen gynécologique lors de la première visite, tandis que vous allongerez 85 $ pour un PAP test fait par une infirmière.

Vous téléphonez à votre médecin. Il vous rappellera sûrement, s'il n'est pas disponible au moment de votre appel. En plus de vous donner des conseils judicieux pour soulager vos malaises, il vous chargera 85 $. Attendez-vous à verser 50 $ pour renouveler une prescription et 330 $ pour une infiltration de cortisone.

Pour un simple bilan de santé, certaines cliniques peuvent vous remettre une facture de plus de 500 $.

À vous maintenant de décider si votre santé mérite cet investissement.

Et le réseau de santé public?

Le réseau de santé québécois cherche à améliorer ses performances, avec plus ou moins de succès. La situation est loin d'être idéale, nous le savons tous. Et chaque Québécois devra bientôt verser 200 $ annuellement pour contribuer au fonds de santé, même s'il est inscrit dans un établissement privé. Toutefois, nombreux sont ceux qui ne peuvent, faute d'argent, bénéficier de soins en clinique privée.

Henri Michaud, rédacteur Canal Vie

* : dans la région de Gatineau

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