Le plastique et la fertilité masculine

Auteur
Canal Vie

Vous désirez des enfants, lui aussi! Toutefois, tous vos essais sont infructueux. Monsieur se dirige donc vers une clinique de fertilité pour subir un spermogramme. Surprise, ses spermatozoïdes sont moins nombreux et moins vigoureux que ceux de son père et de son grand-père. Le plastique est-il responsable du phénomène?

Des études réalisées par des chercheurs français démontrent une corrélation entre la baisse de la fertilité masculine et des produits qui entrent dans la fabrication des plastiques souples. Ces derniers concluent que le DEHP, et ses cousins (DBP, DINP, DIDP et BBP), réduisent la production de spermatozoïdes.

Sources de contamination

Le DEHP fait partie d'un groupe de phtalates utilisés pour assouplir les plastiques qui entrent dans la fabrication de nombreux produits de consommation courante.

Vous en retrouverez dans :

  • de nombreux produits pour automobile;
  • les revêtements de murs et de planchers;
  • les isolants de câbles électriques;
  • les sacs de plastique;
  • les cosmétiques et les produits de soins corporels;
  • les vêtements et sous-vêtements en PVC;
  • les emballages alimentaires;
  • les intérieurs de boîtes de conserve;
  • les boyaux d'arrosage;
  • les rideaux de douche;
  • les tapis;
  • les meubles laqués;
  • les sacs jetables destinés aux biberons de plastique;
  • les jouets destinés aux enfants;
  • le matériel médical;
  • les CD et DVD;
  • les jouets sexuels.

Et il ne s'agit pas d'une liste exhaustive. En fait, entre trois et six millions de tonnes de DEHP sont fabriquées chaque année, et ce, depuis 50 ans. Et, si certains pays en réglementent l'utilisation, ils entrent dans la fabrication d'objets provenant de nombreuses contrées, notamment des pays d'Asie.

Les modes d'exposition

Par inhalation

Les phtalates qui entrent dans la confection des plastiques peuvent contaminer les humains de quatre façons différentes. Dans un premier temps, le produit peut se retrouver dans votre organisme par l'inhalation des composants qui se retrouvent dans les aérosols, notamment dans les cosmétiques, les produits de soins corporels et les colles.

L'ingestion de DEHP

Un des facteurs importants de contamination est l'ingestion de DEHP sous diverses formes. Ainsi, les phtalates contenus dans les emballages alimentaires, notamment les pellicules plastiques, migrent vers des aliments riches en gras : le fromage et la viande, entre autres.

En portant des objets à la bouche, les jeunes enfants peuvent aussi ingérer des contaminants, via la salive. Le lait maternel est également une source de contamination. La crainte est telle que le Canada a interdit l'utilisation d'un phtalate, le Bisphénol A, dans la fabrication de sacs jetables pour biberons.

Intraveineuse

D'autres sont contaminés par voie intraveineuse. En fait, même si le matériel médical contient peu de phtalates (les poches de soluté et de sang, les seringues, etc.), l'exposition est directe puisque le produit se retrouve dans le sang.

Le phénomène est particulièrement critique chez les femmes enceintes et les mamans qui allaitent.

Contact cutané

Qui plus est, chaque humain qui utilise des produits de soins corporels et/ou des cosmétiques est directement exposé. Les phtalates migrent dans les graisses du corps par contact cutané.

D'ailleurs, 12 Québécois sur 100 dépassent la dose tolérée de DEHP, soit 0,037 mg de produit par kilo de poids corporel.

Un signal d'alarme

L'impact des DEHP et des produits connexes est significatif. Depuis qu'ils entrent dans la fabrication d'objets de consommation courante, les chercheurs observent une diminution des spermatozoïdes de l'ordre de 1 à 3 pour cent annuellement. Lors d'expériences réalisées en laboratoire, les scientifiques ont observé que le DEHP détruisait progressivement plusieurs cellules chez les mammifères, et ce, en moins de trois jours.

Certains lancent un signal d'alarme. Dans quelques pays, le nombre de spermatozoïdes a diminué de quarante à cinquante pour cent chez la gent masculine en un demi-siècle. Outre la réduction importante du nombre de spermatozoïdes, ces derniers sont moins vigoureux. En une génération, ils ont perdu 7,5 % de leur mobilité. Des anomalies morphologiques (13 %) et de l'ADN (10 %) ont aussi été constatées.

De plus, au cours de la même période, l'incidence des cancers de la prostate et des testicules a augmenté de façon significative.

Même les femmes sont atteintes. En Côte d'Ivoire, la consommation d'eau provenant de sacs de plastique exposés au soleil (plus fréquemment utilisés que les bouteilles d'eau dans ce pays d'Afrique) entraîne des vaginites et/ou des infections des trompes de Fallope, plus ou moins fréquentes. Certaines femmes deviennent même infertiles.

Dans les pays industrialisés, des spécialistes soutiennent que les phtalates sont responsables de certaines malformations congénitales, surtout chez les embryons de sexe mâle, voire d'avortements spontanés. Toutefois, d'autres études devront confirmer ou infirmer cette hypothèse.

Quelques conseils

Même si les experts s'accordent pour poursuivre les recherches en ce qui a trait à la corrélation entre les phtalates et la fertilité masculine, et ce, dès la conception, mamans et papas peuvent prendre quelques précautions pour réduire les impacts du DEHP et de ses cousins sur la fertilité de leur progéniture.

Durant la grossesse...

  • Évitez les lotions, les produits cosmétiques, les parfums et les produits colorants pour cheveux.
  • Bannissez également les produits vendus en aérosol, dont les peintures et les fixatifs.

Une fois que bébé s'est pointé le nez...

  • Évitez d'utiliser quotidiennement des lotions, les biberons en plastique, les produits contenant du parfum.
  • Ne lui donnez que des jouets conçus pour son âge - ceux destinés aux enfants de trois ans et plus contiennent souvent des phtalates - et lavez-les régulièrement.

Enfin, chez les adultes...

  • N'utilisez pas de contenants en plastique pour réchauffer de la nourriture dans un four à micro-ondes.
  • Et utilisez parcimonieusement les produits contenant du DEHP et ses cousins.

À moins de vivre sur une autre planète, vous ne pourrez éviter d'être en contact quotidien avec les phtalates. Toutefois, pour des bébés vigoureux, il vous faudra prendre quelques précautions afin qu'ils assurent sa descendance, le moment venu. La décision vous revient.

Henri Michaud, rédacteur Canal Vie

Sur le même sujet

Les plus populaires

Les plus récents