Perdre un proche au temps de la COVID-19

Auteur
Marie-Ève Laforte
15 mai 2020
Femme qui tient un lampion

La COVID-19 a perturbé tout le fonctionnement de notre société au complet… Y compris la manière de mourir.

Voici la manière dont la crise actuelle du coronavirus impacte les décès, les funérailles et le deuil.

 

Mourir seul

C’est l’un des aspects les plus déchirants de cette crise : les personnes atteintes de cette maladie meurent seules, sans la présence de leurs proches, afin d’éviter toute possibilité de contamination. Cette perspective paraît si inhumaine qu’elle donne froid dans le dos. 

En plus de la douleur de perdre un proche, les personnes endeuillées doivent composer avec la douleur de ne pas avoir été là, mais aussi celle de l’incertitude face aux derniers instants du défunt. Était-il conscient (presque) jusqu’à la fin? Était-il apeuré? Est-il parti en crise? Ces questions qui resteront sans réponse rendent la période suivant le décès particulièrement lourde.

La rapidité du processus bouleverse les personnes endeuillées

Pour les gens qui meurent de la COVID-19, le processus se déroule extrêmement rapidement. Non seulement parce que la mort peut survenir en quelques heures seulement, causant parfois un grand choc chez les proches… Mais aussi à cause du potentiel de contagion, qui précipite grandement les choses. Tout de suite après le décès, la dépouille doit être placée dans une housse imperméable et tout de suite préparée pour la crémation, qui doit idéalement être effectuée en 48 heures ou moins.

Les proches n’ont ainsi plus la possibilité de voir le défunt ni même, par exemple, de lui choisir des vêtements qui lui permettraient de partir dans la dignité! Même si un deuil est toujours difficile, ces circonstances peuvent être véritablement bouleversantes pour les proches.

Le confinement amplifie le deuil

Un des aspects les plus difficiles du deuil à l’heure actuelle, c’est de le vivre chacun chez soi. Depuis toujours, les humains se sont rassemblés lors des décès de leurs proches, afin de se soutenir et de partager leur peine.

La distanciation sociale en vigueur peut rendre le deuil insoutenable, lorsque chacun est chez soi, sans pouvoir partager sa tristesse. Les psychologues recommandent que les personnes endeuillées aillent chercher le plus possible de ce support virtuellement, mais il va sans dire que cette manière de faire ne remplacera jamais les véritables contacts humains.

 

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L’absence de rituel complique également les choses

Pour plusieurs personnes qui ont perdu un proche dans les derniers mois, le deuil paraît un peu irréel. Et pour cause : s’il n’est pas possible de faire ses adieux à la personne, de la voir même une fois décédée, d’avoir des funérailles, d’assister à un enterrement ou de se regrouper pour recevoir les sympathies, qu’est-ce qui reste?

Ces rituels fondamentaux pour les êtres humains permettent en effet de saisir la portée réelle de ce qui se passe et de bien assimiler le fait que la personne est partie. Sans passer au travers de ces rituels, c’est difficile de tourner la page et de bien faire son deuil.

Les funérailles : pas de choix idéal

Malgré le confinement, il est toujours possible au Québec d’organiser des obsèques, mais selon des conditions très strictes. Les participants sont non seulement limités à quelques personnes, mais les heures de visite sont également écourtées. Les rassemblements sont également à proscrire; chez Magnus Poirier par exemple, seulement 2 personnes peuvent se recueillir auprès d’un défunt en même temps. Les cérémonies ainsi que les «réceptions» ne peuvent avoir lieu et bien sûr, les personnes doivent maintenir leurs distances en tout temps. Impossible de serrer quelqu’un contre son cœur, de lui donner ou lui tenir la main, de lui donner une petite tape sur l’épaule, de faire la bise… Quand on y pense, les funérailles ont toujours été très propices aux rapprochements physiques.

Si la famille ne souhaite pas organiser des funérailles dans ces conditions, le seul autre choix possible est de reporter les obsèques à une date ultérieure… indéterminée. Ce n’est pas non plus l’idéal pour les personnes endeuillées, qui ne savent pas du tout quand les rassemblements seront de nouveau possible ni donc quand ils pourront «passer à la prochaine étape». Même une fois qu’il sera envisageable d’organiser des funérailles avec beaucoup d’invités, il risque d’y avoir pas mal d’attente dans les salons funéraires, après plusieurs mois de report.

Il va sans dire qu’aucun de ces deux choix n’est très satisfaisant pour beaucoup de familles et de proches, qui souhaitent à la fois souligner la personne décédée «comme il se doit», en laissant la chance à tous de venir lui rendre hommage et également pouvoir «boucler cette boucle» symbolique.

Toutefois, comme tout autre secteur, les services funéraires ont dû s’adapter à la vitesse grand V… Et certains proposent déjà des funérailles diffusées sur le Web, pour permettre aux gens de se recueillir ensemble, mais à distance. Pour certaines familles, cette solution peut représenter une alternative acceptable.

L’incinération obligatoire

Comme la COVID-19 est une maladie infectieuse, les directives de la santé publique sont claires : l’incinération des personnes qui en sont décédées est l’unique option. Aucun rite funéraire ne peut même être pratiqué sur la dépouille.

Ceci peut aller à l’encontre des dernières volontés du défunt ou de ses proches… Bien que de plus en plus de gens optent pour la crémation, il reste que certains ressentent le besoin de voir la personne décédée pour mieux faire leur deuil. 

Les autres décès sont aussi impactés

En parallèle de la crise de la COVID-19 et de tous les décès qui y sont reliés, les gens continuent aussi à mourir d’autre chose… Du cancer, par exemple. Et malheureusement leur propre fin de vie ainsi que leur décès sont également emportés dans la crise actuelle. 

Contrairement à ce qui se passe habituellement, les personnes en fin de vie ne peuvent pas reçevoir autant de visites «d’adieu» ou d’accompagnement, que ce soit à la maison, en contexte hospitalier ou en maison de soins palliatifs. Par compassion, certaines exceptions sont accordées sur le terrain, mais très peu.

Une fois le décès survenu, les mêmes règles liées aux funérailles ainsi qu’au support aux proches s’appliquent, ce qui n’aide pas non plus ces familles à aller de l’avant. 

 

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