Jusqu’à quel point la pandémie affecte particulièrement les femmes?

Auteur
Marie-Ève Laforte
5 août 2020

She-cession : c’est comme ça que de nombreuses personnes aux États-Unis appellent la crise économique liée à la COVID-19She pour «elle», cession pour «récession», bien sûr.

Alors que l’impact de la pandémie se fait cruellement sentir dans de nombreux secteurs, il reste une constante qui donne un peu froid dans le dos : l’impact en est disproportionnellement ressenti par les femmes. 

Voici comment la pandémie et toutes ses répercussions ont causé ce qui est considéré comme «le plus grand recul pour les femmes depuis les années 80,» autant pour l’emploi que pour les travaux domestiques.

 

Les femmes plus durement touchées dans le marché de l’emploi…

Certains secteurs de l’économie sont beaucoup plus affectés que d’autres et prendront beaucoup de temps à se relever : le tourisme, l’événementiel, les relations d’aide, les soins personnels, le commerce de détail, les loisirs, l’hébergement, la restauration… Ce que tous ces secteurs ont en commun, c’est qu’ils sont majoritairement représentés par des femmes. Les experts parlent ainsi d’un contraste marqué avec la crise économique de 2008-2009, qui elle avait frappé des secteurs traditionnellement «masculins» : la finance, les assurances, l’automobile et l’industrie manufacturière, etc.

Au printemps, le taux de chômage au Québec était de 6,6 % chez les hommes, mais de 9,7 % chez les femmes, un écart qui est très significatif[1]. En termes de pertes d’emploi pour cette période du début de la pandémie, il n’y a aucune commune mesure entre les deux sexes : 120 000 pour les femmes dans la province versus 55 000 pour les hommes[2]! La réalité, c’est que beaucoup plus de femmes occupent des emplois précaires, peu rémunérés et peu considérés –et que ce sont ces travailleuses (et travailleurs) qui écopent souvent en premier lorsque l’économie va moins bien.

Au début de l’été, Statistique Canada a révélé que les hommes avaient été plus nombreux à regagner leur emploi suite à la crise, creusant encore l’écart entre les hommes et les femmes[3].

 

...Et celles qui sont au front se mettent à risque.

Les secteurs qui ont continué de fonctionner à plein régime, comme la santé par exemple, comportent eux aussi en majorité des emplois occupés par des femmes. On le sait : depuis le début de la pandémie, plus d’une personne sur 5 ayant contracté la COVID-19 était un travailleur de la santé[4]. Pour ces personnes, très souvent des femmes, la pandémie a de plus ajouté beaucoup de craintes et de complications liées à leur travail : port d’équipement de protection complet, obligation de faire des heures supplémentaires durant le pic de la vague, peur constante d’infecter leurs proches et même pour plusieurs, isolation complète de ceux-ci.

De la même manière, ce sont majoritairement des femmes qui occupent des emplois dans les secteurs de l’éducation ainsi que dans les garderies : avec la rentrée complète qui s’en vient, elles se retrouvent donc plus à risque d’être exposées au virus que tous les cols blancs, qui eux pourront probablement continuer de travailler à partir de la maison à moyen ou même à long terme.

 

Les femmes également touchées dans la sphère domestique

Lorsque les écoles et les garderies ont fermé, tous les parents ont dû se réorganiser très rapidement avec les enfants à la maison. Malgré la flexibilité qui vient avec le télétravail et malgré une ouverture probablement plus grande qu’à l’habitude de la part des employeurs, beaucoup de familles ont rapidement fait un constat effarant, mais inévitable… 

Soit celui qu’il est pratiquement impossible de travailler à temps plein au même rythme qu’avant ET de s’occuper en même temps à temps plein des enfants!

En conséquence, pour de nombreuses familles, le choix -qui n’en était pas tout à fait un- a été que la mère «encaisse le coup» par rapport à sa carrière. Certaines entrepreneures ont mis leur projet de côté, d’autres qui ont perdu leur emploi n’ont pas été capables d’en chercher un nouveau… Plusieurs qui le pouvaient ont diminué leur charge de travail, d’autres ont tout simplement cessé de travailler. 

 

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C’est même le cas dans le domaine académique

Le domaine académique, soit celui des professeurs, scientifiques et chercheurs universitaires, devrait en principe est plus épargné que d’autres par la crise. Les gens qui en font partie sont en effet forcément plus éduqués que la moyenne, avec des emplois bien rémunérés, qui viennent avec une certaine sécurité ainsi qu’une flexibilité intéressante.

Et pourtant, depuis les derniers mois, l’écart se creuse entre les publications académiques des femmes et des hommes, au point que plusieurs sources le soulignent. Même si l’impact complet ne se fera pas sentir avant longtemps, parce que les travaux et les recherches académiques se déroulent souvent sur le long terme, il y a un effet marqué : au sein de plusieurs bases de données scientifiques, «le nombre de soumissions provenant d’auteurs masculins croît plus rapidement que celui des auteurs féminines». Cela signifie «qu’en moyenne, les femmes n’avancent pas autant que les hommes dans leurs recherches durant la pandémie[5]

Il faut savoir que les publications, dans le secteur académique, c’est tout : un adage en anglais affirme même que pour ces travailleurs, il faut «Publish or Perish», c’est-à-dire publier ou périr. Ces chercheuses, comme bien des femmes, se sont retrouvées dans des situations domestiques qui les désavantagent plus que les hommes, malgré le fait qu’elles soient au sommet des échelons d’emploi.

«Je m’attends à ce que les données sur les publications dans les prochaines années montrent le désavantage des parents dans le domaine académique, par rapport à ceux qui n’ont pas de jeunes enfants à s’occuper. Et ceci, tenant en compte que ces tâches ne sont pas équilibrées, même chez les couples de personnes hautement éduquées. Les femmes passent ainsi beaucoup plus de temps aux tâches domestiques et à s’occuper des enfants» affirme la chercheuse Alessandra Minello dans la revue Nature[6].

 

Le but de cet article n’était pas de généraliser : il y a certainement plusieurs familles dont c’est le père qui a fait le sacrifice pour s’occuper des enfants ou qui a perdu son emploi, bien entendu… L’idée est simplement de discuter d’un phénomène de société répandu, ce qui n’exclut pas les exceptions ni l’expérience individuelle de chacun.

Il reste toutefois important de comprendre ces impacts multiples pour les femmes, si on veut être en mesure d’y pallier éventuellement.

 


 

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