Le mutisme sélectif chez les enfants 

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Enfant qui joue

Parmi les troubles qui peuvent toucher les enfants, il en est un qui peut se révéler difficile à détecter car très souvent confondu avec de la timidité, il s'agit du mutisme sélectif. Ce trouble anxieux rend l'enfant incapable de parler lors de certaines situations. Pour en savoir plus sur ce sujet trop peu abordé, Canal Vie a interviewé Geneviève Bérubé, orthopédagogue et auteure du livre 10 questions sur... Le mutisme sélectif chez les enfants.

 

Quelle est la définition du mutisme sélectif?

Selon la définition de Muris et Ollendick (2015), «Le mutisme sélectif est un trouble de l'enfance relativement rare caractérisé par une incapacité persistante à parler dans des contextes spécifiques (par exemple à l'école ou dans des situations sociales), alors qu'il parle normalement dans d'autres contextes (par exemple à la maison)». Autrefois, on parlait d’aphasie volontaire puis de mutisme électif, mais ce trouble est désormais classé sous «trouble d'anxiété» dans le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) de l'American Psychiatric Association.

 

Comment différentier le mutisme sélectif de la timidité?

C'est une distinction très importante à faire. Un enfant qui est timide peut parfois prendre du temps pour s'adapter à certaines situations, mais il finira par parler. Ce n'est pas le cas avec un enfant atteint de mutisme sélectif pour qui l’absence de parole se prolongera dans plusieurs contextes même s’il s’exprime normalement à la maison.

 

Quels sont les signes à repérer?

Le premier signe, c'est quand un enfant ne répond pas dans certaines situations, par exemple, une fête de famille ou d’amis, au parc, lors de rendez-vous médicaux, à la garderie ou bien à l'école. Un enfant atteint de mutisme sélectif peut aussi avoir un regard fuyant, répondre de façon non verbale, pointer du doigt, hocher la tête. Ces enfants-là n'aiment pas être le centre d'attraction et laissent peu paraître leurs émotions. De manière générale, ils affichent de plus grandes inquiétudes que les enfants de leur âge. Par exemple, ma fille, qui souffrait de mutisme sélectif étant plus jeune, restait près de moi quand elle était au parc à la place de se mêler aux autres enfants. 

 

À quel âge peut-on détecter ce trouble?

Souvent, c'est à l'entrée à l’école qu’il est remarqué davantage. Par contre, dans un monde idéal, il serait important de le déceler plus tôt, ce qui permettrait de soutenir l’enfant plus rapidement. Plus les interventions sont entreprises tardivement, plus le mutisme se renforce et risque de s'ancrer. Selon le psychologue Steven Kurtz cité dans La Presse, «quand on intervient entre 4 et 7 ans, 90% des enfants guérissent».

 

Comment réagir?

Tout d'abord, il est conseillé de travailler en collaboration avec le personnel de l'école ou de la garderie et d’en parler à un médecin afin d’éliminer les autres troubles possibles. Les gens de l’entourage devraient aussi être mis au courant pour éviter qu'ils répondent à la place de l'enfant ou qu'ils fassent des commentaires déplacés du genre «T'es donc bien gêné!». Pour désensibiliser le mutisme, la démarche préconisée consiste à une exposition graduelle de la parole dans le milieu où l’enfant ne s’exprime pas, en le plaçant dans des situations anxiogènes pour lui. Il est à noter que la relation développée avec l’enfant est primordiale. On peut aussi lui faire visualiser le défi qu'il aura à relever à l’école ou à la garderie pour qu’il se prépare mentalement avant de le réaliser. Il existe par ailleurs plusieurs autres stratégies comme celle de montrer à l'enfant atteint du mutisme sélectif les émotions de base pour qu’il soit capable de les identifier puis de les nommer, entre autres lorsqu’il est anxieux. Les techniques de relaxation (méditation pleine conscience, yoga, respirations, etc.) peuvent aussi être utilisées. De plus, comme le parent est un modèle, il est pertinent qu’il fasse un travail sur soi pour être bienveillant et empathique dans ses interventions tout en offrant des limites claires et en évitant de le surprotéger. 

 

Combien d'enfants sont touchés par le mutisme sélectif?

Selon les données actuelles, le mutisme sélectif touche entre 0,1% et 2,2% des enfants. Sa prévalence est difficile à évaluer en raison de plusieurs facteurs, dont sa rareté, les différences dans les populations échantillonnées, les variations dans les procédures et les critères diagnostiques. 

 

Geneviève Bérubé, 10 questions sur le mutisme chez l'enfant (Midi trente éditions)

Le mutisme sélectif chez les enfants 

Midi trendre éditions
 

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