COVID-19 : AVC, orteils violacés et autres maladies vasculaires

Auteur
Cynthia Brunet
4 mai 2020
AVC et autres maladies vasculaires

Le nouveau coronavirus qui provoque la COVID-19 n’a pas fini de nous surprendre. Des médecins à travers le monde remarquent de nouveaux symptômes et de nouvelles conséquences en lien avec la maladie. Des AVC se produisent en plus grands nombres chez les adultes qui ne sont pas à risque, des caillots de sang provoquent des gangrènes, des engelures sont observées sur les extrémités de certains patients et des enfants présentent un syndrome inflammatoire qui engendre des troubles cardiaques.

Une maladie vasculaire plutôt que respiratoire?

De plus en plus, des médecins à travers le monde dénotent que la maladie de la COVID-19 serait davantage d’ordre vasculaire que respiratoire. Stéphane Gayet, médecin des hôpitaux au CHU de Strasbourg, explique sur Atlantico.fr que les autopsies réalisées depuis les derniers mois «ont révélé que les personnes décédées de la COVID-19 avaient presque systématiquement des thromboses vasculaires multiples et de plusieurs types. Une thrombose vasculaire est la formation d’un thrombus, ce qui est appelé communément un caillot sanguin».

 

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Un lien inquiétant entre AVC et COVID-19 chez les adultes de tous âges

Aux États-Unis, des médecins ont constaté un lien inquiétant entre la COVID-19 et l’augmentation du nombre d’accidents vasculaires cérébraux (AVC). Le Washington Post a d’ailleurs publié un article à cet effet. Le physicien J. Mocco qui travaille entre autres au Mount Sinaï Beth Israël Hospital à New York y explique qu’il a observé une hausse significative de patients avec de larges blocages au cerveau. Leur nombre aurait doublé durant les trois semaines qu’a duré le pic de la COVID-19 aux États-Unis. Pourtant, parmi ces gens, plusieurs avaient moins de 60 ans et ne présentaient aucun facteur de risque.

Pour le Dr Mocco, aucun doute ne subsiste en son esprit par rapport aux AVC et à la COVID-19. Il mentionne dans le Washington Post : «C’est un des liens les plus clairs et une des corrélations les plus profondes que j’ai vus. C’est un signal beaucoup trop puissant pour que ça relève du hasard.»  

Malgré tout, il ne faut pas sauter trop vite aux conclusions. Dans Le Devoir, Dre Catherine Legault, neurologue vasculaire au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) mentionne qu’«Il faut être prudent avant d’affirmer que ces AVC sont liés à la COVID-19, car, dans notre pratique, on rencontre couramment de jeunes individus dans la quarantaine et la trentaine qui ont subi un AVC ; ce ne sont donc pas des cas inédits.»  Du côté de Montréal, épicentre de l’épidémie au Canada, il ne semble pas y avoir une augmentation marquée du nombre d’AVC chez des patients dans la trentaine, quarantaine ou dans la cinquantaine.

Dre Legault ajoute toutefois que : «ce qui est clair, c’est que l’inflammation engendrée par la COVID-19 s’accompagne d’une plus forte tendance à la coagulation, ce qui explique le fait que les patients sévèrement atteints de la COVID-19 font des thromboses veineuses ou artérielles, des AVC et d’autres complications cardiaques».

Les experts du côté des États-Unis abondent également en ce sens.

Les AVC chez les patients atteints de la COVID-19 pourraient effectivement être provoqués par un problème sanguin. Celui-ci mènerait à la formation de caillots partout dans le corps. Le neurologue Thomas Oxley, qui œuvre aussi à l’hôpital de Mount Sinaï, raconte dans le Washington Post, une intervention de routine, auprès d’un patient de 44 ans qui avait reçu un diagnostic positif à la COVID-19 et qui souffrait d’un AVC. Celle-ci s’est transformée en cas exceptionnel. Alors que le Dr Oxley procédait à l’extraction du caillot, il a constaté que d’autres caillots se reformaient tout autour en temps réel. Du jamais vu!

Évidemment, la formation de caillots dans des vaisseaux sanguins peut causer un AVC, mais elle peut aussi avoir d’autres répercussions.

Lorsque les caillots se forment dans les jambes (phlébite), s’ils se délogent, ils peuvent remonter vers les poumons et y boucher l’artère, on parle alors d’embolie pulmonaire; vers le cœur, ils provoqueront une crise cardiaque et vers le cerveau, ils causeront un AVC.

Tous ces troubles sont en augmentation depuis le début de la pandémie. Ils ont été observés chez les malades de la COVID-19, qui n’avaient pourtant aucun facteur de risque de développer de telles pathologies.

Et ces caillots peuvent avoir d’autres répercussions plus subtiles.

Caillots, orteils violacés et gangrènes

Au Québec, mais aussi ailleurs dans le monde, les médecins de famille et dermatologues ont remarqué une augmentation des consultations pour des orteils violacées, qui s’apparentent à des engelures. Il s’agit souvent d’adolescents qui n’ont aucun autre symptôme associé à la COVID-19. Encore une fois, ce problème serait associé aux troubles de la coagulation.

De manière générale, les extrémités reviennent à la normale après quelques semaines, et ce, sans aucune intervention d’ordre médicale. Dans certaines situations, cependant, un traitement recommandé par un dermatologue s’avère nécessaire.

Les caillots peuvent également asphyxier un membre et provoquer la gangrène.

L’acteur canadien Nick Cordera fortement atteint par la maladie de la COVID-19 avait un caillot dans sa jambe droite, que les médecins ne pouvaient retirer. Après 18 jours d’hospitalisation, l’amputation est devenue la seule option. Il s’agit bien sûr d’un cas extrême, mais qui démontre l’impact des troubles de la coagulation.

Des symptômes qui s’apparentent à la maladie de Kawasaki chez les enfants

En même temps, en Europe, mais aussi au Québec, les médecins observent des formes atypiques de la maladie de Kawasaki. À Montréal, à l’hôpital Sainte-Justine, les médecins ont signalé une recrudescence de cas de ce syndrome vasculaire rare.

En Europe, c’est d’abord l’Angleterre qui a sonné l’alarme. Par la suite, des cas similaires ont été rapportés en France, en Espagne, en Belgique, en Italie et en Suisse.

Les symptômes rapportés varient légèrement d’un pays à l’autre, mais de manière générale, les enfants peuvent avoir une fièvre élevée, des éruptions cutanées, des douleurs abdominales, des diarrhées, des vomissements, de la fatigue et une gêne respiratoire. Les enfants ne présentent pas nécessairement tous les symptômes. Advenant qu’un enfant en présente quelques-uns, il faut demander l’avis d’un professionnel de la santé.

La maladie s'avère rare et concerne un très faible nombre d’enfants, mais il faut demeurer aux aguets, car les maladies qui s’apparentent à celle de Kawasaki affectent les vaisseaux sanguins et provoquent des troubles cardiaques. Il ne faut donc pas hésiter à consulter si l’on remarque des symptômes inhabituels chez son enfant.

 

Ces différents cas mettent en lumière les répercussions possibles de la COVID-19 et démontrent que la maladie s’attaque davantage au système vasculaire qu’au système respiratoire. Les scientifiques de ce monde se penchent sur ce nouveau virus et, force est de constater, que nous en connaissons très peu à ce jour. Rien ne sert de s’inquiéter outre mesure; demeurons simplement prudents.

Sources : Le Devoir, Washington Post, Atlantico.fr, Radio-Canada, La Presse, Le Figaro, Libération

 

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