COVID-19 : la course au vaccin

Auteur
Marie-Ève Laforte
14 juillet 2020

Au moment d’écrire ces lignes, la COVID-19 avait fait plus de 577 000 morts dans le monde, en 6 mois environ. On l’a déjà assez répété, mais c’est une situation vraiment sérieuse, qui impacte chacun de nous et qui, selon tous les experts, va continuer de perturber notre vie «normale» jusqu’à ce qu’un vaccin soit disponible.

Il existe actuellement certains traitements contre la COVID-19 : l’injection d’anticorps par exemple, qui peuvent être fabriqués dans un laboratoire ou provenir directement du plasma de personnes guéries. Il y a de plus, certains médicaments qui peuvent contrôler la réponse immunitaire et l’empêcher de s’emballer, prévenant ainsi un choc de cytokine souvent fatal. Finalement, il y a un seul médicament qui permet de bloquer l’action du virus et de l’empêcher de se reproduire : le remdesivir.

Par contre, aucun de ces traitements ne peut jouer le rôle qu’un vaccin pourrait avoir : celui d’empêcher des gens de tomber malades et de les empêcher de transmettre le virus à d’autres personnes –donc, d’enrayer la pandémie.

 

Comment fonctionne un vaccin?

Dans la très grande majorité des cas, notre corps va être capable de lutter contre un virus par lui-même, en produisant des anticorps qui lui procureront une immunité.

Notre organisme a aussi la particularité de garder une mémoire de cette immunité, pendant une période plus ou moins longue. Durant cette période d’immunité, si nous sommes infectés par le même virus, notre corps s’en souvient donc et s’en débarrasse beaucoup plus facilement et rapidement que la première fois, sans que nous soyons malades.

L’immunité à certains virus dure toute une vie; celle de la COVID-19 n’est pas encore connue. Toutefois, si on se fie aux autres coronavirus (il y en a 7 en tout, le virus causant la COVID-19 étant le plus récent), cette période pourrait être de 1 à 3 ans environ.

Un vaccin nous procure directement l’immunité, sans avoir à être malade pour l’obtenir. Pour ce faire, il montre à notre organisme à quoi ressemble le virus, mais de façon sécuritaire. Notre organisme agit ensuite comme s’il avait eu la maladie, en activant la mémoire et en éliminant directement le virus lorsqu’il se présente.

Aucun vaccin n’est efficace à 100 %, mais il reste que les vaccins sont une des inventions les plus importantes et significatives de toute l’Histoire de l’humanité. Même en ne protégeant pas toutes les personnes vaccinées, ils permettent d’atteindre ce que l’on appelle l’immunité de masse, c’est-à-dire le point où assez de gens sont immunisés dans une communauté pour que le virus ait beaucoup plus de mal à se transmettre et se reproduire.

 

Pour tout lire sur la COVID-19, c'est ici.

 

Combien y a-t-il de vaccins en développement à l’heure actuelle?

La course actuelle au vaccin pour la COVID-19 est sans précédent : il y a en ce moment près de 110 candidats, provenant de laboratoires situés partout dans le monde. Parmi ces derniers, 44 sont présentement développés en Amérique du Nord et 17 en Chine. Le Canada n’est pas en reste : nous avons plusieurs candidats dans la course, dont celui de l’Université de Saskatchewan, celui de l’Université Guelph en Ontario, celui de l’Université Dalhousie en Nouvelle-Écosse et celui d’une entreprise privée de Québec.

La majorité de ces candidats sont financés par l’industrie privée, mais il y a également une bonne part de contribution académique, provenant de différentes universités… Et même certains projets financés grâce à la philanthropie, comme la fondation de Bill Gates.

Pour ce qui est de ce(s) vaccin(s) potentiel(s), tout est inédit : la grande collaboration entre les compagnies et les scientifiques provenant de différents horizons par exemple, mais aussi la rapidité à laquelle tout se déroule.

Pour le SRAS, un autre coronavirus, il a fallu 20 mois aux scientifiques simplement pour élaborer un vaccin. Pour la COVID-19, il n’a fallu que 65 jours, ce qui représente un record absolu.

 

Les phases de test nécessaires

L’élaboration d’un vaccin n’est toutefois que le début d’un très long processus, semé d’embûches. Aux États-Unis par exemple, il s’écoule en moyenne une décennie avant qu’un vaccin soit commercialisé. Il faut également dire que les mesures de sécurité entourant les vaccins sont très, très exigeantes… Beaucoup plus que celles pour les médicaments, puisque contrairement à ceux-ci, les vaccins sont administrés à des personnes en santé. C’est entre autres pour cela que 90 % des candidats seront abandonnés en cours de route.

La partie la plus longue, c’est celle des phases de test ainsi que des approbations par différentes autorités qui doivent scrupuleusement réviser les données. Il y a 3 phases de tests effectués sur des humains et en temps normal, il se déroule au moins 4 ans avant qu’elles ne soient complétées.

Dans le cas qui nous préoccupe, les scientifiques espèrent boucler le tout en environ 18 mois. Toutes les approbations nécessaires sont présentement accélérées et ce délai raccourci serait en théorie possible à cause d’une nouvelle manière de procéder, qui permet d’effectuer les phases de test simultanément, plutôt que de façon subséquente.

Dans les tests de phase 1, le vaccin est administré à quelques personnes volontaires en santé, puis on attend quelques mois avant de voir s’il y a eu des effets secondaires indésirables. Cette phase permet d’établir la sécurité d’un candidat.

Les tests de phase 2 impliquent plutôt quelques centaines de personnes, et on continue de monitorer les effets secondaires, mais on cherche surtout à voir si les patients développent une immunité. Cette phase permet d’établir s’il y a ou non réponse immunitaire.

Les tests de phase 3 comprennent quant à eux plusieurs milliers de personnes et permettent d’évaluer et de mesurer plus précisément les niveaux d’efficacité et de sécurité d’un vaccin candidat.

Il serait impossible d’accélérer encore plus la disponibilité d’un potentiel vaccin, car cela poserait des problèmes éthiques. Pour ce qui est de la COVID-19, aucun raccourci n’est pris dans le développement et aucun compromis n’est fait sur la sécurité des vaccins candidats. La rapidité du processus est véritablement liée à une nouvelle manière de faire étant donné l’urgence de la situation : contexte collaboratif plutôt que compétitif, scientifiques qui travaillent pratiquement jour et nuit, effectifs et financement bonifiés, phases de tests optimisées au maximum, priorité absolue de la part des autorités régulatrices pour éviter des délais, etc.

 

Les types de vaccins développés

Il existe 3 différentes générations de vaccins candidats pour la COVID-19.

La première génération de vaccins comporte seulement 9 candidats. C’est le type de vaccin le plus ancien, bien connu et étudié. Ce type de vaccin injecte une forme affaiblie du virus, qui ne peut pas se reproduire mais suscite quand même une réponse immunitaire. C’est la forme de vaccin la plus répandue sur la planète : elle comporte par exemple les vaccins contre la grippe, mais aussi la polio, la rougeole et la rubéole. 

Son principal désavantage est que les doses de ce type de vaccin sont longues à produire; elles doivent être «cultivées» pendant plusieurs mois dans un organisme vivant, souvent des œufs.

 

La deuxième génération de vaccins comporte quant à elle la majorité des candidats, c’est-à-dire 72. Ce vaccin n’injecte pas de virus vivant, mais plutôt uniquement un antigène de celui-ci, c’est-à-dire la molécule précise qui stimule le système immunitaire. 

Ce type de vaccin est également long à produire et doit aussi être cultivé dans un organisme vivant, souvent des levures. Des exemples de ce vaccin sont ceux contre l’hépatite C, la méningite B et la coqueluche.

 

Finalement, la 3e génération comporte 27 vaccins candidats. Ce type de vaccin n’a jamais été approuvé chez les humains jusqu’à maintenant; ce serait donc le premier du genre. Celui-ci n’injecte aucun virus ni antigène, mais plutôt seulement le code génétique qui contient les «instructions» du virus pour se reproduire. 

Bien que les scientifiques aient évidemment moins d’expérience avec ce type de vaccin, il comporte un avantage majeur : ses doses peuvent être produites très rapidement.

 

Le vaccin candidat le plus prometteur

Selon le consensus général, le candidat se trouvant dans la meilleure position à l’heure actuelle est celui développé par l’Université Oxford, en Angleterre. Il s’agit d’un vaccin de 1ere génération, qui présente une forme atténuée du virus.

Il faut dire que l’équipe de scientifiques avait pris un peu d’avance, car ils avaient développé un vaccin pour le MERS, un autre coronavirus qui avait causé une épidémie en 2012. Leur vaccin n’avait jamais été commercialisé à l’époque, parce que comme ça arrive parfois, l’épidémie avait eu le temps de s’essouffler d’elle-même avant que le vaccin soit prêt. (Note : plusieurs facteurs permettent de croire que ça risque très peu de se produire avec la COVID-19, notamment en raison de la transmission asymptomatique). 

Comme le virus causant la COVID-19 (son nom officiel est le SARS-CoV-2) est similaire à celui du MERS, l’équipe d’Oxford a été rapidement capable d’adapter son vaccin existant. Leurs phases de test 2 et 3 sont présentement en cours auprès de 10 000 volontaires, au Royaume-Uni, au Brésil ainsi qu’en Afrique du Sud. L’équipe espère que les résultats de ces tests seront disponibles dès septembre 2020.

 

Article basé en partie sur la série Netflix : Coronavirus, Explained

Autres sources : WorldometersScience FocusRAPS COVID-19 Vaccine TrackerClinical Trials Arena

 

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