COVID-19 : Comment un virus se transmet-il de l’animal à l’humain?

Auteur
Marie-Ève Laforte
13 juillet 2020

Plus de 6 mois après le début de la pandémie actuelle, les scientifiques ne sont toujours pas entièrement certains de l’origine de la situation. Mais l’hypothèse la plus probable, c’est que quelque part vers la fin de l’année dernière, une personne a mangé de la viande dans un marché de la région de Wuhan en Chine, devenant ainsi le patient zéro de la COVID-19. Cette viande provenait probablement d’un pangolin (un animal à écailles de la famille des fourmiliers) qui avait été infecté par le nouveau coronavirus -appelé officiellement SARS-CoV2- à cause de la proximité avec une chauve-souris. 

C’est donc la chauve-souris qui aurait transmis ce nouveau coronavirus à l’humain, mais par l’entremise d’un animal tiers

Vous êtes-vous déjà demandé comment se passait cette transmission d’une espèce à une autre? Voici une explication sommaire.

 

De quels animaux proviennent les virus?

Ce ne sont pas tous les virus ni même toutes les maladies qui peuvent se transmettre des animaux aux humains. Celles qui sont transmissibles, par contre, s’appellent des zoonoses

Même si le phénomène de transmission interespèce n’est pas si répandu, lorsqu’il se produit il peut avoir de lourdes conséquences pour la race humaine. En effet, de nombreux virus qui nous affectent (ou nous ont affectés) ont d’abord infecté des animaux avant de se transmettre aux humains.

On peut par exemple penser à :

  • La COVID-19: provient de la chauve-souris, par l’entremise du pangolin
  • Le MERS, qui a causé une épidémie de coronavirus en 2012: provient de la chauve-souris, probablement par l’entremise du chameau et du dromadaire
  • Le SRAS, un autre coronavirus qui a causé une épidémie en 2003: provenait de la chauve-souris, par l’entremise de la civette (une sorte de chat musqué)
  • La grippe H1N1, qui a aussi causé une pandémie en 2009: provenait des porcs 
  • La grippe espagnole, qui a occasionné jusqu’à 50 millions de morts en 1918-19: provenait des oiseaux
  • Le virus de l’Ebola: provient lui aussi des chauves-souris
  • Le virus de la rage: provient également des chauves-souris
  • Le virus du VIH: provient des singes

 

La transmission des virus

Contrairement aux bactéries, les virus ne sont pas des êtres vivants à proprement parler. Ils ont donc absolument besoin d’un hôte, animal ou humain, pour survivre et se reproduire.

À l’origine, les virus n’arrivent qu’à infecter un seul type d’hôte, par exemple les oiseaux. C’est parce que pour se reproduire, le virus doit être capable de posséder les «clés» d’un certain type de cellule chez cet hôte, disons celles de leur système respiratoire. Une fois qu’il a réussi à «débarrer» ces cellules et à y entrer, le virus peut ainsi se reproduire en effectuant des copies de lui-même.

Les cellules étant très spécifiques, le virus ne possède donc pas en temps normal les clés pour «débarrer» tous les types de cellules, donc ne peut pas sauter spontanément des oiseaux aux porcs, puis des porcs aux humains.

Par contre, lorsqu’un virus se multiplie à travers le temps, il arrive des «erreurs de copie», c’est-à-dire des mutations génétiques. La plupart seront sans conséquence et lorsqu’un virus mute, ça ne veut pas nécessairement dire qu’il devient plus virulent… Ces mutations sont même susceptibles de lui nuire et d’affaiblir le virus, pouvant ainsi causer l’arrêt de la transmission.

Mais parfois, par pur hasard, ces mutations peuvent aussi donner des clés supplémentaires au virus, c’est-à-dire l’amener à pénétrer les cellules d’un autre type d’hôte. C’est ainsi que le virus peut se propager d’un type d’animal à un autre, ou encore d’un animal à l’humain.

 

Pour tout lire sur la COVID-19, c'est ici.

 

Comment les virus arrivent finalement à infecter les humains

Ces transmissions peuvent mettre beaucoup de temps à se produire, étant donné que plusieurs conditions doivent être réunies. Voici par exemple une séquence type, qui doit réunir beaucoup de facteurs. 

 

  1. Une mutation spécifique chez un virus animal doit permettre à ce virus d’être désormais capable d’infecter un nouveau type d’hôte animal.
  2. Les deux types d’animaux doivent être en proximité les uns des autres.
  3. Un animal infecté de la première espèce doit infecter un animal sain provenant d’une autre espèce.
  4. Cet animal «d’entremise»  doit posséder un type de cellules ressemblant plus à celui qu’on peut retrouver chez l’humain, rendant la transmission un peu plus «facile»  entre les espèces.
  5. L’humain doit se trouver à proximité de cet animal d’entremise.
  6. L’animal d’entremise infecté doit à son tour infecter un humain.
  7. Le virus doit continuer à muter de manière à être capable de passer directement d’un humain à un autre (sinon l’infection est possible entre des animaux et des humains qui vivent en proximité, mais elle s’arrête là.)
  8. Le virus développe les «clés»  pour se transmettre librement entre les humains.

 

Parfois, cette séquence complète parvient à se produire avec succès, mais ce qui arrive probablement encore beaucoup plus souvent, c'est qu'elle soit interrompue à un moment ou à un autre : par exemple, que ces clés inter-espèces ne se développent jamais; qu'un transfert interespèce animale se fait, mais par cas isolés; que le virus arrive à se transmette plus facilement d'une espèce d'animal à une autre, mais sans plus; ou alors qu'une transmission à l'humain se fait directement à partir d'un animal, mais sans que les humains puissent s'infecter entre eux.

 

Le cas spécifique de la chauve-souris

Quand on creuse plus sur le sujet, on réalise rapidement que la chauve-souris semble être la source de beaucoup de virus qui ont nui à l’être humain. Pourquoi?

Il est très clair pour les scientifiques que comme espèce, la chauve-souris est l’hôte d’un plus grand nombre de zoonoses que la plupart des mammifères, incluant plusieurs coronavirus. Récemment, les experts ont pu séquencer le «virome» (génome des virus) de cet animal, pour réaliser que les coronavirus étaient encore plus répandus que l’on croyait. Non seulement plus de 200 coronavirus différents ont été identifiés chez ces petits mammifères, mais cette famille de virus correspond à environ un tiers de l’ensemble des pathogènes affectant les chauves-souris. (En comparaison, seulement 7 coronavirus affectent présentement les êtres humains).

Différents facteurs, comme le fait que les chauves-souris vivent en colonies en très grande proximité les unes des autres et font de l'écolocation en émettant des gouttelettes respiratoires, pourraient expliquer pourquoi cet animal en particulier est si infecté par des virus.

Lorsqu’elles demeurent entre elles, ces virus ne semblent pas déranger les chauves-souris outre mesure par contre! C’est probablement en partie à cause de leur système immunitaire qui les protège, et en partie parce qu’elles ont développé une certaine résistance à ces virus, après les avoir côtoyés de près pendant (très) longtemps. Toutefois, typiquement, lorsque des virus parviennent à infecter d’autres animaux ou encore des humains, leurs effets sont plus sévères que chez les animaux d’origine. 

Historiquement, les chauves-souris ont eu très peu de contacts directs avec la population humaine, ce qui peut expliquer pourquoi plusieurs virus ont dû passer par l’entremise d’un autre animal avant de nous infecter. Dans les dernières décennies cependant, les contacts se sont multipliés, autant à cause de l’explosion de la population qui cause de l’étalement urbain ainsi que la destruction des habitats naturels, que de la popularité des wet markets en Asie… C’est-à-dire, ces marchés qui vendent non seulement des fruits et légumes frais, mais aussi toutes sortes de viandes exotiques ainsi que, dans certains cas, des animaux vivants (qu’ils soient domestiques ou rares).  Ces conditions ont pu faciliter la proximité de différentes espèces qui ne se seraient pas nécessairement côtoyées en temps normal, et par extension mener à des mutations qui ont contribué à la propagation de certains virus… Comme celui qui nous préoccupe à l’heure actuelle.

 

Sources: Radio-CanadaLive ScienceNational Institutes of HealthNational GeographicBBC Science FocusCNN

 

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