10 réalités que personne ne veut entendre sur la COVID-19

Auteur
Marie-Ève Laforte
19 mars 2020
Femme qui porte un masque en période de pandémie de la covid-19

L’idée n’est pas de faire paniquer personne, mais simplement de faire réaliser à tous, dès maintenant, l’importance de prendre les mesures de distanciation sociale très au sérieux. Au milieu de tout ce qui circule sur les réseaux sociaux présentement, voici ce que personne ne veut entendre, mais que tout le monde devrait comprendre sur la COVID-19.

 

1. La crise ne sera pas réglée dans quelques semaines

On voit beaucoup passer de statuts de gens qui s’encouragent en disant : « On en a pour 2 semaines à la maison! On est capables! »

C’est épouvantable à dire, mais même en étant modérément optimiste face aux mesures prises par le gouvernement provincial et même si on réussit à aplanir la courbe, on ne sera pas sortis de cette crise au début avril! Au contraire, si on se fie aux courbes des autres pays les plus touchés, d’ici deux semaines on pourrait plutôt se trouver dans « le début du pire ».

Ici, les écoles et services de garde ont été fermés pour deux semaines, avec réévaluation de la situation en temps et lieux. C’est une stratégie valable, qui permet de s’ajuster à mesure. Mais en Alberta ainsi qu'en Saskatchewan, les écoles ont plutôt été fermées « indéfiniment ». Les étudiants, qui pourront faire un peu de travail à la maison, recevront leurs notes finales et progresseront vers la prochaine année scolaire, mais tout en restant chez eux jusqu’en septembre. Selon la directrice de la santé publique de l'Alberta, la Dre Deena Hinshaw, « cette pandémie ne se règlera pas en quelques semaines et nous n’aurons pas d’opportunité claire de rouvrir les écoles, pas avant septembre au plus tôt[1] ».

Il serait important de réaliser qu’il n’y a aucune raison pour que la situation au Québec soit bien différente. 

 

2. Le taux de mortalité n’est pas coulé dans le béton

En fait, il est très variable d’un pays à l’autre : seulement 0,8 % en Corée du Sud, mais jusqu’à 7,1 % en Italie[2]. L’OMS l’évalue à 3,4 % en moyenne dans le monde. 

Pour tous ceux qui croient encore que c’est « comme la grippe saisonnière » : pour cette dernière, le taux de mortalité est d’environ 0,1 %. 

La différence est ÉNORME et correspond potentiellement à des centaines de milliers, voire des millions de vies humaines.

 

3. La COVID-19 n’est pas uniquement grave pour les personnes âgées

Vrai : le taux de mortalité est définitivement beaucoup plus élevé chez les ainés et aussi vrai : les enfants et les adolescents semblent plutôt épargnés par cette nouvelle forme de coronavirus. Mais il ne s’agit certainement pas d’une assurance que pour toute personne dans la force de l’âge, une infection à la COVID-19 serait « juste comme un petit rhume », comme on le voit beaucoup passer sur les réseaux sociaux. 

Environ 20 % des patients atteints développent des complications, et même si la proportion est plus élevée chez les patients âgés et/ou avec des conditions pré-existantes, une maladie très sérieuse est possible chez des personnes jeunes et en santé aussi. « Comme nous l’avons vu pour l’influenza, il pourra y avoir des personnes jeunes et en santé qui vont attraper la COVID-19, tomber gravement malade et mourir[3], » a expliqué le Dr. Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Disease aux États-Unis. 

En France présentement, 50 % des personnes hospitalisées pour le virus ont moins de 65 ans[4].

 

4. Ce n’est pas seulement soi qu’il faut protéger

Même si les mécanismes ne sont pas encore bien compris (voir le point 6), il est clair que de nombreuses personnes sont infectées par le virus tout en ne présentant aucun symptôme[5]. À plusieurs endroits, les autorités en santé ont même établi que ce sont souvent ces patients, lorsqu’ils continuent leurs déplacements habituels, qui propagent le plus facilement le virus.

Il ne s’agit donc pas simplement d’aller quelque part quand même et de se « laver les mains ». Une personne asymptomatique pourrait quand même en infecter des centaines d’autres.

 

5. Les cas répertoriés ne sont que la pointe de l’iceberg

C’est quelque chose qu’on a beaucoup vu sur les réseaux sociaux aussi, soit le fait que les mesures prises par le gouvernement étaient excessives considérant « qu’il y a seulement X nombre de cas ». 

Ce qu’il faut comprendre, c’est que les cas officiellement diagnostiqués sont loin de correspondre à la réalité. Probablement une majorité de gens, surtout ceux qui ont des symptômes légers il va sans dire, ne vont chercher aucun soin médical. Certains pays, comme l’Iran, sont suspectés de cacher leur taux d’infection réel pour des raisons politiques[6]. D’autres pays, comme les États-Unis, ne testent clairement pas assez leur population (le Canada a effectué jusqu’à présent le même nombre de tests que son voisin, qui a pourtant 10 fois plus d'habitants[7]).

Et même au-delà de tout ça, le principe de la propagation d’une pandémie ne repose pas du tout seulement sur les cas « répertoriés ». Il s’agit d’un modèle mathématique et non d’une analyse réelle, mais si on se fie à la situation dans la province de Wuhan, en Chine, les cas réels auraient été 27 fois plus élevés que les cas officiels[8]. Ces chiffres ne sont pas définitifs et hors de tout doute, mais ils donnent une idée de l’ampleur de la situation.

 

Pour tout lire sur la COVID-19, c'est ici.

 

6. On ne connaît pas encore les conséquences à long terme du virus

Il reste que oui, même si elles attrapent la COVID-19, la très grande majorité des personnes de moins de 60 ans va s’en remettre.

Toutefois, même si les données sont très préliminaires et certainement pas encore définitives, une (très) petite étude menée à Hong Kong auprès de patients considérés comme complètement guéris a démontré que certains avaient gardé des séquelles, sous la forme d’une capacité pulmonaire réduite de 20 % à 30 %[9].

Est-ce que ces séquelles seront permanentes? Est-ce que ce sera le cas pour la population plus générale? Il est encore beaucoup trop tôt pour le dire. Mais ce qu’il est important de retenir, c’est que la COVID-19 est un nouveau virus, donc que personne ne connaît encore complètement sa portée ou ses effets à long terme. C’est aussi pour ça que le virus est complètement différent d’un « petit rhume » ou même de la grippe (influenza), qui eux sont très bien connus et étudiés.

 

7. Aucun vaccin ne sera disponible avant l’année prochaine

Le développement des vaccins est compliqué et long. À l’heure actuelle, environ 35 compagnies sont en train de travailler sur un vaccin contre la COVID-19 dans le monde. Quatre d’entre elles ont déjà effectué des tests sur des animaux; les premiers tests sur les humains devraient débuter le mois prochain[10].

Même en accélérant le processus de ce ou ces vaccin(s), il y a encore 3 phases de tests à compléter et en pratique, la majorité des « vaccins candidats » sont rejetés durant ces tests.

Entre l’approbation et la fabrication de ce vaccin en quantités massives, il se déroulera encore de nombreux mois avant que celui-ci soit disponible pour la population.

« Comme la plupart des experts en infectiologie, je ne crois pas qu’un vaccin pour la COVID-19 soit disponible avant 18 mois, » a affirmé Annelies Wilder-Smith, qui est professeure en maladies infectieuses émergentes à la London School of Hygiene and Tropical Medicine. « Et ça, c’est extrêmement rapide et en considérant qu’il ne survienne aucun problème[11] ».

 

8. Relativement peu de cas sont nécessaires pour faire exploser le système de santé

L’Italie peut se vanter d’avoir ce qui est largement reconnu comme un des meilleurs systèmes de santé au monde. 

Aujourd’hui, il s’agit du pays le plus affecté, avec plus de 35 000 cas, dont plus de 2000 (au moment d’écrire cet article) cas sérieux ou graves[12]. Répartis dans un pays de plus de 60 millions d’habitants, c’est tout ce qui a été nécessaire pour provoquer une crise sans précédent, durant laquelle les médecins se voient de plus en plus dans l’obligation de prioriser certains patients « plus jeunes et plus en santé », ce qui signifie ne pas traiter les plus âgés et ceux qui ont moins de chances de s’en sortir[13].

Si on considère qu’au Québec la population est environ 10 fois moindre et que les urgences sont déjà surchargées, il est possible d’avancer que seulement quelques centaines de cas graves pourraient provoquer le même effet qui donne tout simplement froid dans le dos.

 

9. Si vos proches meurent, vous ne pourrez pas vraiment leur faire des funérailles

Il s’agit d’un des rituels les plus fondamentaux de la race humaine : celui de se rassembler pour pleurer ses morts. Mais en temps de pandémie, il faut envisager que ce ne soit plus possible, d’abord parce que les services funéraires seront eux aussi complètement surchargés et ensuite parce qu’il faut conserver les mesures de distanciation sociale et éviter les rassemblements à tout prix.

Il est même possible que vous ne puissiez plus voir vos proches avant qu’ils meurent, étant donné qu’il est primordial d’essayer d’éviter de contaminer les personnes les plus vulnérables (et donc de ne pas les côtoyer du tout).

 

10. Au plus fort de la crise, c’est tout le monde qui risque plus de mourir, et pas seulement du coronavirus

Avec un système de santé en mode catastrophe pendant une période prolongée, toute autre condition sérieuse (mais habituellement traitable) pourra devenir critique si les médecins ne sont pas en mesure de s’en occuper adéquatement. 

Une appendicite, un infarctus, une infection, un accident de voiture ou encore une crise d’asthme non-controlée, pour ne citer que ces quelques exemples, pourraient donc ne pas avoir pas le même résultat qu’en temps normal s'ils ont le malheur de survenir au mauvais endroit, au mauvais moment.


[1] The Globe and Mail, traduction libre

[3] L.A. Times, traduction libre

[5] CNN

[11] The Guardian, traduction libre

[13] The Atlantic

 

Les informations contenues dans cet article vous sont fournies à titre informatif seulement et vous permettront de poser des questions éclairées à votre médecin. En aucun cas, elles ne peuvent remplacer l'avis d'un professionnel de la santé. Notre équipe de rédacteurs et d'experts met tout en oeuvre pour vous fournir de l'information de qualité. Toutefois, Bell Média ne saurait être tenu responsable si le contenu d'une fiche s'avérait incomplet ou désuet. Nous vous rappelons qu'il est fortement recommandé de consulter un médecin si vous croyez souffrir d'un problème de santé.

 

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