L’empreinte carbone de… la lecture

Auteur
Marie-Ève Laforte

Dans le contexte des changements climatiques, on se renseigne de plus en plus sur l’impact de nos habitudes sur la planète. Transport, alimentation, plastique, tout y passe. Jusqu’à… nos habitudes de lecture?

Mais oui, la manière dont on lit est également associée à une empreinte carbone. Le débat fait rage en ce moment : qu’est-ce qui est mieux pour l’environnement : un véritable livre papier ou encore la lecture sur un écran (que ce soit une liseuse ou une tablette)?

 

La tradition : le livre papier

Les avantages du livre papier sont nombreux : les matériaux sont recyclables, ils n’ont pas besoin d’énergie pour être opérés/rechargés, ils peuvent durer longtemps, passer de main en main et ainsi être écologiquement «rentabilisés».

Selon Claude Villeneuve, chercheur titulaire de la Chaire en éco-conseil à l’UQAC, un livre de poche (donc de petit format et à couverture souple) imprimé en Amérique du Nord, a un bilan CO2de 2,7 kilos. Ceci inclut tout le cycle de vie du livre : coupe forestière, transformation en papier, impression, reliure, distribution, transport et recyclage. 

C’est surtout l’étape de transformation du bois en papier qui est associée à la majorité des émissions de gaz carbonique, étonnement. Et fait intéressant : vos habitudes d’achat de livre sont également importantes… Parce qu’un livre commandé en ligne et livré à partir d’un entrepôt parcourt habituellement une plus grande distance que celui bouquiné chez un libraire, ce qui fait grimper son empreinte.

 

La version 2.0 : le livre numérique

Les défenseurs des appareils électroniques y trouvent également des avantages : le fait de ne pas consommer de ressource papier par exemple, ou encore celui de ne pas répéter l'étape du transport pour chaque livre.

Étant un appareil électronique qui demande de nombreuses composantes, incluant des minerais non-renouvelables, il ne faut par contre pas s’étonner qu’une tablette ou une liseuse ait une empreinte écologique au départ beaucoup plus élevée!

Selon Apple, un iPad Pro a ainsi une empreinte carbone de 122 kg, c’est-à-dire 269 livres. Ce chiffre peut à primer abord sembler énorme, mais l’entreprise, qui dit être très soucieuse de l’environnement, énumère tout de même plusieurs points positifs sur son appareil, comme le fait qu’il ne contient pas d’arsenic, de mercure ni de PVC, et que son extérieur est fait en aluminium recyclable.

Qu’en est-il pour une liseuse plus traditionnelle, comme la Kindle d’Amazon? Emma Ritch, reporter pour Cleantech, a effectué l’analyse et est arrivée au chiffre de 170 kg (374 livres) de CO2 . Un nombre élevé qui peut surprendre dans le cas d’un appareil qui ne remplit qu’une seule fonction (relativement lo-fi), comparé à une cinquantaine de kilos de COde moins pour le iPad d’Apple dont le processeur est pourtant beaucoup plus robuste, permettant d’effectuer de nombreuses tâches intensives à la fois…

 

Attention par contre!

Il existe de nombreuses nuances reliées à la production des livres, puisque différents facteurs peuvent grandement faire augmenter son bilan carbone…

 

Bien qu’utiliser une liseuse demande de l’énergie, certaines s’éclairent elles-mêmes et par conséquent ne demandent pas qu’on allume une lumière dans la pièce où on lit comme c’est le cas avec un livre papier. La dépense énergétique reliée à l’éclairage peut être plus ou moins grande selon le type d’ampoule utilisée et la saison (durant quelques mois de l’année, un éclairage d’appoint est nécessaire pendant plus de 16 heures par jour), mais elle est tout de même là.

 

Le poids du nombre

C’est surtout la durée de vie de l’appareil électronique qui fait la différence en bout de ligne. Si l’on considère que les tablettes et les liseuses sont utilisées en moyenne pendant 4 ans par les consommateurs, on peut conclure qu’ils permettent ainsi de remplacer beaucoup de livres!

Selon l’Institut royal de la technologie en Suède, une liseuse commence à compenser pour son empreinte écologique après la lecture de 33 livres comptant au moins 360 pages chacune. Réparti sur 4 ans, on arrive ainsi à moins d’un livre par mois pour que ça vaille la peine, ce qui est probablement très peu pour bien des lecteurs enthousiastes!

Si vous êtes un(e) lecteur(ice) vorace et que vous comptez garder votre liseuse pendant longtemps, celle-ci peut donc tout de même constituer un choix sensé.

 

Lequel choisir?

Le choix demeure personnel : entretenez-vous une histoire d’amour avec le grain du papier et l’odeur d’un livre, aimez-vous par-dessus tout l’action de tourner des pages et êtes-vous en mesure de passer au moins certains de vos livres au suivant? Continuez d’acheter des livres papier!

Ou encore manquez-vous un peu d’espace et adorez-vous par-dessus tout le fait de pouvoir emporter avec vous une bibliothèque entière en voyage (et de pouvoir télécharger sur-le-champ un ouvrage qui vous intéresse)? Assoyez-vous confortablement avec… une bonne liseuse.

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