L’écoanxiété : qu’est-ce que c’est?

Auteur
Annie Dubé
Femme entourée de nature et de catastrophes naturelles

Vous arrive-t-il de ressentir une angoisse envahissante lorsque vous songez à la quantité de plastique qui se retrouve dans l’océan? Les changements climatiques vous empêchent-ils de bien dormir? Si oui, il est possible que vous souffriez d’écoanxiété.

Vous avez peut-être entendu ce terme, de plus en plus courant dans le langage populaire et les médias. Mais qu'est-ce que c'est exactement, l'écoanxiété?

L'écoanxiété, c'est quoi?

Aussi appelée solastalgie, l’écoanxiété est un sentiment de détresse face au dérèglement d’un écosystème. C’est donc une forme d'anxiété qui trouve sa source dans l’inquiétude liée aux enjeux environnementaux. 

Ce sentiment de détresse bien réel émane du constat selon lequel l’environnement proche se dégrade de manière irrémédiable.

En soi, l’écoanxiété n’est pas encore un diagnostic cliniquement reconnu, mais c’est un phénomène bien réel pour de plus en plus de gens. Ce type d’anxiété est un concept relativement nouveau dans l'esprit populaire. Bien qu’il ne soit pas inclus dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5), les personnes qui en souffrent décrivent de multiples symptômes, tels que des attaques de panique, une pensée obsessive, une perte d’appétit et de l’insomnie.

Puisque cette condition n’est pas très reconnue par les professionnels de la santé, il n’existe pas de statistiques compilant le nombre de gens souffrant d’écoanxiété.

Comment différencier une réaction normale devant les changements climatiques d’une écoanxiété? Difficile à dire!  Bien que cette étiquette soit de plus en plus populaire, aucune base scientifique ne vient réellement définir ce type d’anxiété pour le moment. On peut cependant supposer que les gens qui souffrent d'écoanxiété ressentent une anxiété causée par des bouleversements environnementaux divers. 

Greta Thunberg lors d'un discours public

Sarah Silbiger/Getty Images

De plus en plus de gens s'identifient comme éco-anxieux, dont un grand nombre de jeunes. L’un des visages qui symbolisent le mieux ce mal est l’activiste Greta Thunberg. L'adolescente suédoise raconte qu'elle s'est sentie si envahie par son écoanxiété qu’elle a décidé de faire la grève pour le climat. La jeune militante s'est tellement investie à combattre l'indifférence des politiciens face aux problèmes environnementaux qu'elle est devenue l'un des symboles de cette lutte.

Mais on n’a pas besoin d’aller si loin pour trouver des gens près de nous qui sont touchés par l’écoanxiété. Au Québec, de plus en plus de gens ressentent une détresse face à l’état de la planète. C’est le cas Andrée-Anne Brunet, animatrice, qui a décidé de vivre un mode de vie zéro déchet pour tenter de faire sa part.

Comment continuer de vivre malgré son écoanxiété

Pour Andrée-Anne Brunet, même si elle n’a pas consulté un professionnel pour cette problématique, elle s'identifie tout de même comme éco-anxieuse.

Celle qui a pris un grand virage qui tend vers le zéro déchet depuis quelques années pense que l'action est une clé afin d'exercer un certain contrôle sur nos craintes. 

Je me suis lancée dans l’aventure du zéro déchet avant de sentir de l’écoanxiété. J’ai effectué mon virage il y a 4 ans déjà. Je n’ai pas besoin de ressentir de grandes émotions vives pour décider de faire mieux dans mon quotidien. Or, le sentiment d’urgence s’est accentué alors que dans l’actualité on s’est mis à parler davantage d’environnement et surtout à parler de l’échéance qui se rapprochait dangereusement pour la survie de la planète. C’est ça qui fait que j’ai parfois envie de brasser les gens autour de moi. J’ai l’impression que ce n’est pas pris au sérieux et ça me dépasse. La planète va nous survivre, nous sommes les imbéciles heureux qui vont disparaître si on continue de consommer de la même façon qu’on l’a toujours fait. Pas besoin de sentir de l’anxiété ou de la colère pour agir. Dès qu’on accepte qu’on se dirige dans un mur et qu’on cesse de rejeter la faute sur les autres, et que l'on comprend qu’il faut se regarder le nombril même si on a l’impression que celui-ci est trop petit pour avoir un impact, on fait alors les choses différemment. 

–Andrée-Anne Brunet 

Elle nous explique qu'en observant ses humeurs et ses pensées récurrentes, elle a compris que quelque chose se passait en elle. 

Je suis quelqu’un de positif, de joyeux et qui a le bonheur facile. Quand j’ai constaté que ça faisait plusieurs journées consécutives que j’étais fâchée, dépassée et impatiente, j’ai compris qu’il y avait un problème. Je n’étais plus moi-même, j’étais obsédée par le sort de notre planète. Je le suis encore, mais je suis capable d’avoir de l’espoir à nouveau. Je ne sais pas s’il est important de poser une étiquette absolument, de se dire écoanxieux. Je pense que ce qui est primordial, c’est de poser des gestes concrets pour changer nos habitudes de consommation, que notre degré d’anxiété soit élevé ou bas. Ça regarde tout le monde.

–Andrée-Anne Brunet

Comprendre les troubles anxieux en général

Selon l’Institut Douglas, l’anxiété est un mécanisme biologique dont la fonction est de nous protéger contre les situations dangereuses. À petites doses, elle nous protège, alors qu’au contraire, une anxiété excessive peut nous emprisonner.

Il est normal pour l’humain de ressentir une certaine dose d’anxiété lorsqu’il fait face à un problème qui menace sa sécurité. On parle d’un trouble anxieux lorsque la détresse ressentie est envahissante et qu’elle n’est pas proportionnelle au danger auquel on fait face.

Les éco-anxieux sont-ils déraisonnables? Pour les climatosceptiques, probablement. Mais puisqu’il est difficile de prédire exactement les défis auxquels nous devrons faire face au cours des prochaines décennies, la peur générée par les changements déjà observés est compréhensible. Tout est donc dans la mesure de l’intensité de la souffrance, ainsi que l’impact que cette peur a sur le fonctionnement des personnes atteintes.

Mais ressentir de l'anxiété légitime peu avoir des avantages qui permettent d’agir en cas d’urgence. Certaines personnes utilisent cette crainte légitime de manière constructive afin d’opérer un changement. Même s’il est impossible d’avoir un contrôle absolu sur les faits et gestes de tout le monde, tous ont un pouvoir d’action sur leurs propres façons d’agir. Andrée-Anne Brunet, elle, a choisi d’adopter un mode de vie qui est en accord avec ses valeurs éco-responsables.

Le phénomène de l'écoanxiété affecterait de nombreuses personnes, qui participent même à des groupes de soutien et des groupes Facebook pour les aider à canaliser les émotions anxiogènes liées à l’information concernant l’urgence climatique.

L'écoanxiété des jeunes 

D’après la journaliste Marie-Ève Tremblay de Radio-Canada, plus on est jeune, et plus on aurait peur pour les générations futures. C'est normal après tout, puisque les jeunes seront eux-mêmes plus affectés par les changements climatiques.

Greta Thunberg lors de la Marche pour le climat

Minas Panagiotakis/Getty Images

Un sondage réalisé par YouGov en 2019 indique que les répondants britanniques sont plus inquiets au sujet de l’environnement depuis les dernières années, et c’est lors d’évènements majeurs, par exemple les vagues d’innondations qui ont eu lieu en 2014 ou la manifestation du groupe Extinction Rebellion en 2019, que les plus hauts taux d'anxiété ont été observés sur la courbe depuis 2010.

Selon Consoglobe, les jeunes Californiens serait 70% plus angoissés que ceux qui vivaient dans les années 50.

Le déni comme mécanisme de défense?

Paradoxalement, d'après le psychologue norvégien Per Espen Stoknes, certains ont plutôt recours au déni quand vient le temps d’aborder les changements climatiques afin de préserver leur équilibre mental. Le professionnel a analysé les taux d’inquiétude face aux changements climatiques depuis la fin des années 80 dans plus de 39 pays occidentaux, et a constaté que plus le niveau de certitude d’une urgence est présent, et moins les gens auraient tendance à se sentir concernés. L’idée de créer une distance entre nous et une menace – tant en termes de temps et d’espace – facilite le processus de déni.

Pancarte lors d'une manifestation pour l'environnement

Markus Spiske / UnSplash

Serait-il possible que plus on s'intéresse à l'environnement et plus on risque de devenir éco-anxieux? Dans certains cas, peut-être. Mais pour Andrée-Anne Brunet, des actions comme la Marche pour le climat qui a eu lieu le 27 septembre dernier lui font un grand bien. 

Je me sens plus calme, moins fâchée. Mon écoanxiété s’est transformée en encore plus d’actions posées concrètement dans mon quotidien.

–Andrée-Anne Brunet

Chose certaine, plus les écosystèmes seront perturbés et plus on risque d'entendre parler d'écoanxiété dans les prochaines années. Espérons qu'on trouvera des solutions tant environnementales que des ressources pour aider ceux aux prises avec cette angoisse écologique pas banale du tout.

Si vous croyez vivre de l'écoanxiété, consultez un professionnel de la santé qui pourra vous aider à trouver des pistes de solution pour mieux vivre avec les inquiétudes écologiques de notre époque. 

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