L’éternel double discours de la presse féminine

Auteur
Marie-Ève Laforte
Magazines

Une controverse récemment survenue en France fait réfléchir à savoir : est-ce que les magazines féminins aident à l’émancipation de leurs lectrices… ou les briment-elles plutôt? On s’est intéressé au phénomène du double discours que peut tenir la presse féminine.

 

Un livre qui n'a pas pris une ride

Plus tôt cette année, un livre écrit par Anne-Marie Dardigna et publié en 1974 a été réédité en l’honneur de son 45e anniversaire. Cet ouvrage féministe, intitulé «Femmes-femmes sur papier glacé», a fait beaucoup réagir en France, entre autres parce qu’il semble toujours autant d’actualité!

En gros, l’autrice y analysait les discours de la presse d’époque s’adressant à un public majoritairement féminin et surtout y relevait l’ambiguïté. Et ce qui frappe, c’est surtout de constater que bien peu de choses ont changé! À savoir que les magazines féminins (et aujourd’hui les sites web qui s’y sont ajoutés) ont toujours été «à la fois symbole de l’émancipation des femmes et canal privilégié de la diffusion des stéréotypes».

 

La controverse : Elle dans l’eau chaude

En marge de cette réédition qui a fait jaser, un exemple probant semble justement prouver le point de celui-ci. Cet été, le magazine Elle français a publié un article faisant état d’un sondage dont les résultats indiquent que seulement 22% des Françaises se trouvent jolies. Le magazine s’interroge : «Pourquoi donc les Françaises ne s’aiment-elles pas dans le miroir? Subissent-elles de plein fouet la pression du corps parfait affiché sur les réseaux sociaux? Les injonctions de la société?» L’article termine même par différentes citations «sur la liberté» signées par des féministes pionnières comme Simone de Beauvoir ou Françoise Sagan.

Ce questionnement du Elle est apparu comme étant un peu naïf par les lectrices (ainsi que quelques lecteurs), qui ont d’ailleurs fait remarquer que malgré l’absence de mention par le magazine, le sondage en question avait été commandité par une compagnie qui vend… des régimes minceur. Certaines n’ont pas mâché leurs mots sur les réseaux sociaux, accusant le Elle «d’hypocrisie» et parlant de «sacré foutage de gueule».

 

Les standards de beauté

C’est peut-être là où le double discours est le plus frappant : encore aujourd’hui, la presse féminine a le don de dire aux femmes qu’il est important «de s’aimer» d’un côté, mais aussi de leur donner des conseils minceur. 

De la même manière et souvent côte à côte, on peut retrouver à la fois des tutoriels de maquillage pour ressembler à différentes icones de beauté du moment (par exemple, les Kardashian) et des articles sur la confiance qu’on peut ressentir en portant moins de maquillage.

 

La maternité

Une autre contradiction courante de la presse féminine : montrer une maternité qui semble complètement inatteignable par sa plénitude et sa perfection, tout en répétant aux femmes qu’il faut «lâcher prise» et éviter «de trop en faire» dans la maison et avec les enfants.

De manière peut-être un peu plus indirecte, la presse féminine propage le stéréotype ultime : celui voulant qu’une femme ne se réalise complètement qu’à travers la maternité. Encore plus souvent qu’autrement, le seul modèle et la seule priorité possible dans la vie d’une femme, ce sont ses enfants!

 

Quel rôle la presse féminine a à jouer?

Il serait probablement important que les créatrice(eur)s de contenu dits «féminins» réalisent l’impact de leurs écrits et de leurs voix, même dans les cas où ça semble tout à fait anodin! Les lectrices, à partir d’un très jeune âge, absorbent les messages sociétaux reliés à leur genre et à leur rôle. Donner un exemple positif et gommer graduellement le double discours devrait toujours prédominer. La mission des magazines et sites web féminins devrait être d’aider les femmes à sentir mieux et à prendre leur place, point à la ligne…

Même si on voit plus de magazines qui n’utilisent plus Photoshop pour changer l’apparence des mannequins (et des autres personnalités qui y figurent), ça reste loin d’être la majorité. Pour normaliser quelque chose d’aussi naturel que le corps féminin dans toutes ses variations possibles, il faut le voir. Sans retouches. 

La représentation est importante! Et cela tient autant pour le culte de la minceur, qui demeure très toxique, que pour tous les autres différenciateurs… Il faut voir plus de femmes de toutes les silhouettes, de tous les teintes de peaux, de tous les âges, etc. 

 

 

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