Pourquoi êtes-vous en colère?

La colère a très mauvaise presse. Surtout si on est une femme. En effet, on va volontiers avouer qu'on est dépressive et qu'on consulte un psy. Mais rares sont celles qui avouent être colériques. Cette émotion nous fait honte. Est-ce un legs de notre passé judéo-chrétien?

Un des sept péchés capitaux

La colère est un des sept péchés capitaux avec la paresse, l'orgueil, la gourmandise, la luxure, l'avarice et l'envie. Rien de très réjouissant. Ou bien est-ce parce que la colère et l'agressivité sont culturellement des attributs masculins, virils, et que peu de femmes veulent être associées à ceux-ci? La femme colérique est une hystérique, une mégère, une emmerdeuse. Mais existe-t-il des qualificatifs aussi péjoratifs pour décrire l'homme colérique?

Indispensable pour la survie

Pourtant, la colère est une émotion fondamentale, comme la tristesse, la peur et la joie. Comme elles, elle assure notre survie. Comme la peur, elle est un signal d'alarme qui nous dit que quelque chose ne va pas. Elle est indispensable à notre équilibre. Mais puisqu'elle est si mal vue, on ne nous apprend pas à correctement l'exprimer. Et comme la colère arrive souvent comme une tempête et qu'elle est difficile à maîtriser, on se retrouve avec des explosions violentes et mal dirigées ou, si on l'étouffe, avec divers maux dont on aimerait mieux se passer.

Qu'est-ce que la colère?

La colère est un signal d'alarme qui traduit une insatisfaction. Son utilité première est de nous aider à nous faire respecter. Elle est souvent accompagnée de réactions physiques soudaines : augmentation du rythme cardiaque, tension musculaire. On est prêt à se défendre, à défendre les nôtres et notre territoire. L'expression de la colère nous procure fréquemment un certain bien-être, voire même du plaisir, car on relâche cette tension.

Deux réactions possibles

Face à la colère, on réagit habituellement de deux façons : on explose ou on refoule. Notre méconnaissance de cette émotion forte nous pousse souvent à nous demander si elle est justifiée. On ne devrait pas. La colère est là, point. C'est une émotion valide et plutôt que de la minimiser, on devrait s'efforcer de comprendre pourquoi elle se manifeste. La colère bien dirigée nous aide à affirmer qui on est, ce qu'on veut, de façon claire et sans équivoque. À long terme, elle peut même nous aider à réduire les conflits et les frustrations.

Les « gentilles » (ou celles qui n'expriment par leur colère)

Les spécialistes sont clairs : il n'est pas sain de refouler ses émotions. La colère non exprimée cause beaucoup de problèmes. Dans certains cas, elle ressortira plus tard, contre un proche qui n'a rien à voir avec nos frustrations. Ou bien on se mettra à ruminer et à nourrir notre colère, lui donnant ainsi une force démesurée lorsqu'on la libérera.

Si on réussit à la refouler complètement, elle causera des problèmes physiques : maux de tête, ulcères, etc. Pour celles qui refusent d'exprimer leur colère, il semble souvent y avoir confusion entre affirmation et agression.

Or, on peut s'affirmer sans agressivité. La meilleure façon d'y arriver est de parler pour soi, en exprimant comment la situation nous affecte. On parle au « Je » et on essaie de laisser tomber les accusions et les reproches. « Ça peut paraître bizarre, mais quand il se passe telle ou telle chose, je me sens mal. » Personne ne peut s'opposer à ce qu'on ressent. Bien sûr, apprendre à s'exprimer ainsi, si on est du genre à fuir la confrontation, ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut y mettre du temps et être indulgente avec soi. Mais on prend goût au bien-être qui accompagne ces petites affirmations de soi.

Les colériques

En règle générale, les colériques tolèrent mal la frustration. Elles sont perfectionnistes ou ont des attentes élevées envers elles-mêmes et la vie. Elles expriment leur colère, mais se sentent souvent coupables et ont l'impression de toujours exploser pour les mêmes raisons. Leur colère ne semble rien changer à la situation. Le problème n'est pas qu'elles ressentent de la frustration, mais plutôt qu'elles l'expriment mal et souvent qu'elles s'attaquent à la mauvaise cause. Et bien souvent, le but caché de cette colère est de changer l'autre. Ce genre de combat est inévitablement voué à l'échec. On entre donc dans une espèce de danse dans laquelle chaque protagoniste joue un rôle bien précis et où jamais rien ne change.

Voici une suggestion de lecture, recommandée par Valentina Munoz, psychologue :

Maîtrisez votre colère de Ronald Potter-Effron

Henri Michaud, rédacteur Canal Vie

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