Harcèlement psychologique au bureau : que faire?

Vie de bureau, vie de couteaux, disent certains. Entre la tâche à accomplir, les incompatibilités de caractère, les jeux de coulisses et les heures supplémentaires, le harcèlement psychologique mine bien souvent l'enthousiasme de l'employé, parfois jusqu'à l'épuisement. Que faire pour contrer ce phénomène?

Le harcèlement psychologique (1)

Il importe, dans un premier temps, de bien définir le phénomène. Depuis juin 2004, au Québec, la Loi sur les normes du travail comporte des dispositions sur le harcèlement psychologique au travail qui protègent la majorité des salariés québécois.

Pour établir qu'il y a bien harcèlement psychologique, il faut démontrer la présence de tous les éléments de la définition ci-après.

1. CONDUITE VEXATOIRE

Cette conduite humiliante, offensante ou abusive pour la personne qui la subit. Elle blesse la personne dans son amour-propre et l'angoisse. Elle dépasse ce qu'une personne raisonnable estime correct dans le cadre de son travail.

2. CARACTÈRE RÉPÉTITIF

Considérés isolément, une parole, un geste, un comportement peuvent sembler anodins. C'est l'accumulation ou l'ensemble de ces conduites qui peut devenir du harcèlement.

3. PAROLES, GESTES OU COMPORTEMENTS HOSTILES OU NON DÉSIRÉS

Les paroles, les gestes ou les comportements reprochés doivent être perçus comme hostiles ou non désirés. S'ils sont à caractère sexuel, ils pourraient être reconnus comme du harcèlement même si la victime n'a pas exprimé clairement son refus.

4. ATTEINTE À LA DIGNITÉ OU À L'INTÉGRITÉ

Le harcèlement psychologique a un impact négatif sur la personne. La victime peut se sentir diminuée, dévalorisée, dénigrée tant sur le plan personnel que professionnel. La santé physique de la personne harcelée peut aussi en souffrir.

5. MILIEU DE TRAVAIL RENDU NÉFASTE

Le harcèlement psychologique rend le milieu de travail néfaste pour celui qui en est victime. Le harcelé peut, par exemple, être isolé de ses collègues à cause de paroles, de gestes ou de comportements hostiles à son endroit ou à son sujet.
Notez toutefois qu'une seule conduite grave peut aussi constituer du harcèlement psychologique si elle porte une atteinte importante et produit un effet nocif continu pour le salarié.

Même si la Loi sur les normes du travail ne s'applique pas à certains salariés comme le cadre supérieur, le gardien de personnes, le salarié assujetti au décret de la construction, le travailleur partie à un contrat (dans certaines situations) ou encore l'étudiant stagiaire, les dispositions concernant le harcèlement psychologique s'appliquent quand même. Les employés régis par le Code canadien du travail en sont toutefois exclus.

Le harcèlement psychologique au quotidien

Le harcèlement psychologique peut donc prendre diverses formes. Bien sûr, il y a les réprimandes incessantes de la part des supérieurs qui peuvent miner l'atmosphère de travail. Mais il y a des gestes plus sournois qui affectent la victime.

  • l'accroissement constant de la charge de travail, au point de provoquer un épuisement professionnel;
  • le commérage incessant sur la qualité du travail accompli, voire sur divers traits de la personnalité d'un employé;
  • des manoeuvres qui visent à exclure l'employé des décisions qui le concerne, des activités sociales et/ou des pauses peuvent également constituer du harcèlement;
  • l'indifférence, voire le silence, sont des armes qui minent l'atmosphère à un point tel que l'employé visé par ces manoeuvres ne peut effectuer correctement son travail.

D'autres formes de harcèlement psychologique

Dans une entreprise, le harcèlement psychologique peut prendre d'autres formes :

  • courriels personnels non sollicités
  • blagues plus ou moins grivoises
  • taquineries sur son apparence, sa tenue vestimentaire, sa vie personnelle, ses performances au travail.

Le harceleur peut ne pas vouloir de tort à sa victime (un béguin, par exemple), mais ce sont les effets du comportement non sollicité qui feront l'objet d'une évaluation, voire d'une plainte en bonne et due forme.

Le manque de respect, les problèmes de communication et d'organisation du travail, les conflits non gérés et la compétitivité excessive constituent des milieux où le harcèlement psychologique peut faire son nid.

Harcèlement psychologique, que faire?

Si vous être la cible de harcèlement psychologique, vous avez plusieurs recours.

  • Dans un premier temps, vous devez demander à la personne qui vous harcèle de cesser ses agissements, dans le cas de courriels non sollicités, par exemple.
  • Si le harcèlement persiste, vous devrez informer la personne-ressource mise à votre disposition par l'entreprise des agissements d'un ou de plusieurs collègues. Cette dernière devrait, normalement, prendre les mesures adéquates pour que cessent les manoeuvres dont vous faites l'objet.
  • Dans les entreprises syndiquées, votre représentant syndical est tout désigné pour faire part de votre situation à l'employeur. Si le harcèlement persiste, il devra déposer un grief afin de régler la situation.
  • Notez que c'est contre l'employeur, et non contre le harceleur, que vous devez exercer vos recours.
  • Vous devrez également faire la preuve que vous faites l'objet de harcèlement.

Toutefois, il peut être difficile d'obtenir les éléments pour étayer vos prétentions et de trouver des témoins.

Harcèlement psychologique : la Loi vous protège

Si vous n'être pas syndiqué, vous pouvez faire valoir vos droits en déposant une plainte écrite à la Commission des normes du travail. Vous avez 90 jours après la dernière manifestation de harcèlement pour déposer votre plainte en ligne, par téléphone ou par courrier.

Une fois transmise, la Commission a le devoir d'entreprendre une enquête pour déterminer s'il y a eu harcèlement et si l'employeur a fait des tentatives pour le faire cesser. Parallèlement, vous pouvez avoir recours à la médiation pour que cessent les manoeuvres ou les pressions de collègues à votre endroit.

Si la médiation avorte et que la plainte est retenue, elle sera transmise à la Commission des relations de travail qui décidera s'il y a eu harcèlement psychologique et si l'employeur n'a pas respecté ses obligations. C'est aussi elle qui déterminera les mesures de réparation, parfois lors de séances de conciliation.

Harcèlement psychologique : n'attendez pas

Comme nous l'avons vu plus haut, la Loi protège l'employé contre les graves conséquences du harcèlement psychologique. En effet, il n'est pas rare de voir la victime développer de l'anxiété, parfois jusqu'à la dépression ou à l'épuisement professionnel. Les agissements de collègues peuvent également porter atteinte à la réputation et/ou entraîner un congédiement injustifié. La personne visée doit donc agir le plus rapidement possible.

Harcèlement psychologique et craintes de représailles : quelques statistiques 

  • Plus de six plaintes sur dix enregistrées à la Commission des normes du travail sont déposées par des femmes.
  • Toutefois, selon un sondage CROP réalisé pour le compte de l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, 25 % des répondantes craindraient de poser le geste.
  • Chez les hommes, le pourcentage est de 14 %. En moyenne, un travailleur sur cinq serait donc la cible silencieuse de harcèlement psychologique plus ou moins prolongé.
  • De plus, 13 %, hommes et femmes confondus, hésiteraient à porter plainte contre un collègue. Or, l'employeur doit veiller à ce que le plaignant ne fasse l'objet d'aucune forme de représailles. Dans le cas contraire, il a l'obligation de prendre des sanctions qui peuvent aller jusqu'au congédiement du harceleur. 
  • Selon le même sondage, plus le revenu est élevé, plus les travailleurs se taisent. Le quart des victimes, hommes et femmes, gagnant plus de 80 000 $ craindraient de porter plainte. Ce pourcentage diminue à 9 % chez ceux dont le salaire oscille entre 20 000 $ et 40 000 $.

Et ensuite?

Voilà, votre plainte a été reçue, entendue, et vous avez obtenu gain de cause. Généralement, votre victoire devrait être accompagnée d'une compensation financière plus ou moins importante, voire d'une nette amélioration de votre situation au travail.

Toutefois, dans les faits, la réintégration en entreprise (si vous avez été victime d'épuisement professionnel ou de dépression, par exemple) est parfois à l'origine de quelques heurts avec vos collègues. Mais, au moins, ils auront compris que vous n'acceptez plus de subir leurs pressions, leurs sarcasmes ou leurs commérages.

Notez que, dans certains cas, vous pouvez également poursuivre l'auteur du harcèlement devant la justice.

Henri Michaud, rédacteur Canal Vie

(1) Source : Loi sur les normes du travail

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