Clara Hughes, championne fragile

Auteur
Marie Josée Turgeon

Six fois médaillée olympique (en cycliste et en patinage de vitesse longue piste), Clara Hughes a fait face à la dépression après avoir remporté deux médailles de bronze à ses premiers jeux olympiques, ceux d’Atlanta en 1996. Nous connaissons la championne, l’athlète olympique médaillée à la fois aux Jeux Olympiques d’été et d’hiver. Découvrons maintenant la porte-parole nationale de Bell Cause pour la cause.

La chute d'une athlète olympique

Un entraîneur exigeant, négatif, un besoin de performance, de reconnaissance, un entraînement trop intense, trop longtemps, bref, trop de pression, voilà quelques-uns des éléments qui ont mené Clara à une dépression. «J’ai pensé que mes sentiments étaient normaux, je suis une athlète, c’est normal que ce soit difficile. Je me disais qu’après je serais plus forte.», se disait-elle au départ.

«Pendant l’entraînement vers les Jeux Olympiques, je me suis sentie vraiment toute seule. J’étais toujours triste et je me suis dit qu’en gagnant des médailles olympiques tout allait bien aller ensuite. Après avoir remporté mes deux médailles à Atlanta, je me sentais plus mal encore. Je ne voulais pas de ces médailles parce qu’elles représentaient la souffrance.»

«Après les JO, j’ai pensé :  » J’ai des médailles, mais je suis misérable.» J’ai poursuivi l’entraînement, mais je me suis enfoncée davantage. Après ma saison, vers septembre 1996, j’ai craqué. J’ai pris du repos et je croyais que ça irait mieux après quelques mois. Mais ce ne fut pas le cas. Je dormais plus, je pleurais, je me sentais seule, mais je ne voulais pas partager ma détresse avec les autres parce que je me disais : Je suis une athlète, je dois être forte. Je suis donc restée chez moi.

La prise de conscience

L’hiver après les jeux, je suis allée à un camp d’entraînement de l’équipe nationale. J’étais gênée parce que j’avais pris du poids. C’est la médecin de l’équipe national qui s’est rendu compte que j’étais aux prises avec une dépression. Elle a vu une athlète qui avait beaucoup de difficultés. Moi je niais, je disais que je n’avais pas de problème, mais elle m’a dit que j’avais tort. Elle a ajouté que la dépression est une épreuve difficile, encore plus difficile que les Jeux Olympiques. Tu ne dois pas affronter ce défi seule, c’est ce qu’elle m’a dit.»

«Maintenant, je regarde ce que j’ai fait à cette époque et je me rends compte que j’étais incapable de prendre les bonnes décisions pour moi. J’ai tout de même tenté de poursuivre mon entraînement, mais après deux ans de lutte, j’ai quitté le sport de compétition. Je ne voulais plus être une athlète. Je trouvais que la pression n’en valait pas la peine.

«J’ai essayé de vivre mieux, sans l’entraînement. Mon chum, Peter Guzman, a partagé avec moi le plaisir du sport. Nous avons fait une randonnée de bicyclette de six semaines au Mexique. Pendant ce voyage, j’ai changé. Pour la première fois dans ma vie, j’ai eu du plaisir à pédaler, juste pédaler. Ensuite, j’ai pensé que j’avais peut-être simplement pris de mauvaises décisions, que peut-être il était possible de pratiquer le sport de haut niveau d’une manière différente.

J’ai trouvé un nouvel entraîneur, Éric Van den Eynde, il m’a laissée découvrir à quel point je suis forte, découvrir qui je suis, par moi-même. Finalement, il m’a redonné ma vie.»

La lumière au bout du tunnel

Pour arriver à s’en sortir, Clara a pris la décision d’essayer de modifier son comportement, sans utiliser de médicaments. Elle s’est donc entourée de psychologues et de médecins pratiquants l’acupuncture et autre forme de médecine alternative. Elle a non seulement changé son alimentation, mais également son mode d’entraînement. Grâce à son conjoint, elle a réussi à instaurer plus d’équilibre dans sa vie. «Près de 20 ans plus tard, je continue de travailler avec un psychologue, probablement pour le reste de ma vie parce que c’est nécessaire pour moi.» avoue l’athlète.

Bell Cause pour la cause

Lorsqu’on aborde Bell Cause pour la cause, Clara est enthousiaste : «C’est important de parler de la maladie mentale. Moi je parle de mon expérience, de moi, mais je peux amener d’autres personnes à parler de la maladie mentale. Pour moi, sans doute, c’est la chose la plus importante que je peux faire dans la vie. Plus importante que les médailles olympiques. Détruire les préjugés face à la maladie mentale, c’est nécessaire. Je veux faire partie de ce changement dans notre société. Donc le 28 janvier, textez, Twittez, partagez les images de Facebook, faites des interurbains. Chacun de vos gestes donnera 5 sous à la cause de la maladie mentale au Canada!», ajoute-elle avec un grand sourire.

Et si on l’écoutait?

 

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