A-t-on le droit de ne pas aimer le père Noël?

Auteur
Marie-Ève Laforte
Père Noël dans une boule de crystal

Quelle est la place du père Noël dans la vie de votre famille? Est-ce que vous embarquez là-dedans à 100 % ou, pour toutes sortes de raisons, vous êtes plus… dubitatifs? Disons qu’en général, la 2e option se fait plus rare.

Pourtant, il peut y avoir différentes raisons pour ne pas aimer le père Noël, ou en tout cas pour remettre en question la manière dont il est présenté aujourd’hui. J’ai eu envie de discuter un peu du phénomène.

 

Pourquoi certains parents n’aiment pas le père Noël

Voici seulement quelques-unes des raisons pour lesquelles des parents refusent, à divers degrés, de transmettre l’idée du père Noël à leurs enfants. Même en comprenant parfaitement que certaines personnes ne vont pas être d’accord, ces idées semblent toutes valables, du moins jusqu’à un certain point!

 

  • Pour une question de religion, parce qu’ils ne sont pas chrétiens par exemple.
  • Parce qu’ils n’aiment vraiment pas mentir à leurs enfants et «prendre avantage de leur naïveté».
  • Parce que la fête, ainsi que l’incarnation du père Noël, sont devenus beaucoup trop commerciales.
  • Parce qu'ils trouvent que le père Noël est «louche» et qu’ils n’ont pas envie d’imposer un contact entre un inconnu étrange et leurs enfants.
  • Parce que c’est moralement très discutable de faire croire à des enfants que quelque chose d’imaginaire est réel.
  • Parce qu’ils n’aiment pas l’idée de «menacer» leurs enfants avec ça, en disant par exemple que le père Noël «surveille tout ce qu’ils font» et que s’ils ne se conduisent pas bien, ils n’auront pas de cadeaux.
  • Parce que c’est une exigence à maintenir et une «pression de plus» dans nos vies (et nos temps de fêtes) stressées… Par exemple le fait de devoir gérer quels enfants «savent» ou non et d’essayer de mitiger le tout, créant même ainsi parfois des froids au sein des familles.
  • Pour que les enfants comprennent réellement d’où viennent les cadeaux, par exemple que leurs proches ont travaillé et fait des efforts pour leur procurer.
  • Parce qu’ils n’ont absolument aucun intérêt là-dedans, tout simplement!

 

Repenser le concept de «magie» de Noël

Qu’on soit religieux ou pas (aucunement chez nous), dans notre société c’est très difficile d’éviter le concept de Noël et de tout ce qui vient avec, incluant l’omniprésence du père Noël! Et ce même si on ne souhaite pas le mettre de l’avant outre mesure.

Et même en prenant pour acquis et en acceptant que vivre au Québec équivaut forcément à intégrer le père Noël d’une manière ou d’une autre, les parents qui sont plus ambivalents ne peuvent à peu près pas exprimer ce fait ni leurs raisons… Entre autres parce qu’ils se font immédiatement accuser de «briser la magie de Noël» pour leurs enfants! (Ce qu’aucun parent aimant n’a envie de prendre à la légère).

Mais en fait, en parlant uniquement pour moi, c’était vraiment plutôt le contraire! Parce que la place qu’occupe le père Noël aujourd’hui m’apparaissait justement comme étant «anti-magie» par excellence.

 

La légende versus la réalité

Pensez-y! La légende originale du père Noël est qu’il vit au Pôle Nord, que durant tout le temps des fêtes il fabrique les cadeaux avec les lutins (qui, disons-le, ont eux aussi déserté l’atelier en très grand nombre ces dernières années!) puis le 24 décembre, il part enfin pour sa grande tournée et il fait le tour de la planète pour laisser un cadeau à TOUS les enfants. Toujours selon cette légende, le père Noël n’est pas quelqu’un qu’on voit dans la vie réelle; ça fait justement partie de la magie qu’il réussisse à se faufiler sans que jamais aucun enfant n’arrive à l’attraper.

Alors d’un côté on raconte ça aux enfants… Mais ensuite on leur fait rencontrer le père Noël pendant tout le temps des fêtes. Dans une parade. Dans tous les centres d’achat. À la garderie ou à l’école. Au centre communautaire de la ville. À la fête de Noël familiale du bureau de maman. Au party de famille le 24... Puis au party de la belle-famille le 27! Chaque fois ou presque, le père Noël leur remet un cadeau ou un petit quelque chose qu’ils n’ont pourtant pas demandé, qui a souvent très peu de valeur ou d’utilité et ce, même si ce n’est pas Noël.

De plus, chaque fois, ce père Noël est différent et… un peu bizarre. Disons que certains sont beaucoup moins réalistes que d’autres! Certains sont même carrément épeurants et la réaction de terreur de plusieurs jeunes enfants rend ceci difficile à nier… Lorsque j’étais petite, je n’éprouvais rien d’autre qu’un profond inconfort et un très gros malaise en présence du père Noël. Je n’arrivais pas concilier celui de la légende avec celui, au costume élimé, à la fausse barbe cheap et à l’oreiller en guise de ventre, sur lequel on me demandait de m’asseoir. Je n’avais pas envie de le faire, je ne comprenais pas pourquoi sa voix ressemblait tant à celle de mon oncle et surtout, pourquoi il parlait avec un accent québécois!

 

Ma propre expérience

Sans remettre en question le droit de mes enfants d’y croire, je ne me sentais juste pas capable d’endosser et de mettre de l’avant tout ce qui vient autour du père Noël de nos jours. 

Pour moi, la magie devait être naturelle, spontanée et venir du cœur… Et ne pouvait pas être associée avec un tel esprit commercial et «forcé», qui me semblait sonner complètement faux. Tout simplement, mon conjoint et moi croyions que ce n’était pas nécessaire de «faire autant d’efforts» pour entretenir ce mythe et nous avons même fait le pari que ça ne détruirait pas pour autant leur expérience de Noël ni leur sentiment de magie.

La vérité, c’est que c’est dans ma nature profonde de ne pas adhérer à quelque chose juste parce qu’il s’agit d’une tradition, si celle-ci n’a aucun sens pour moi. La manière de «gérer le père Noël» ne pouvait donc pas échapper à ce précepte important pour moi! Je dois dire que j’avais également beaucoup de mal à assimiler toutes ces multiples incohérences autour du père Noël tel qu’on le voit maintenant et à bien exprimer ceci aux enfants.

Nos enfants ont bien sûr cru au père Noël… Et pendant ce temps, on a joué le jeu, jusqu’à un certain point. On a écrit des lettres au père Noël et ils ont reçu, sous le sapin, un cadeau qui apparaissait «par magie» le matin du 25.

Mais ça s’est arrêté là. Pas de présence du bonhomme dans nos réveillons, pas de photo avec les pères Noël de centres d’achat, pas de fréquentation de d’autres pères Noël durant le temps des fêtes, pas de multiples cadeaux de sa part (surtout quand c’était clairement écrit «Made in China» dessus) pas de grandes histoires élaborées et pas plus de mention du personnage que ça dans notre quotidien!

Et même une fois qu’ils ont su, j’oserais dire que la magie était toujours là, parce que c’est ça le truc : on peut éprouver de la joie ou de l’émerveillement autour de ça malgré tout. On peut faire des biscuits quand même… On peut aimer regarder des films de père Noël quand même… On peut avoir des papillons dans le ventre le soir de Noël quand même… On peut «faire semblant» avec les plus petits cousins quand même.

 

La parole aux enfants

Mes enfants ont maintenant 9 et presque 13 ans, alors ça fait déjà quelques années que le père Noël ne vient plus chez nous. Dans le cadre de cet article, je leur ai demandé de me parler de leur rapport au père Noël et de leurs souvenirs reliés à celui-ci. Ces derniers étaient assez généraux («Je me rappelle que j’étais contente de voir que les biscuits étaient mangés!»... «Par papa!», ont-ils tout à coup réalisé puis éclaté de rire). 

Ce qui est curieux par contre, c’est qu’ils n’avaient aucun souvenir de quelques moments spécifiques où il me semblait qu’ils avaient réellement éprouvé cette «pure» et proverbiale magie… Par exemple, la fois où nous avions spécifié dans notre lettre que nous allions passer Noël à l’hôtel, pour que le père Noël nous trouve quand même… Et que des cadeaux avaient bien été déposés dans la chambre au matin! Ou encore l’année où mon beau-frère avait marché sur le toît en agitant des grelots. 

Même s’ils ne s’en rappelaient pas, ça leur a fait chaud au cœur que je leur remémore et ça a créé un beau moment entre nous –c’est ce qui compte. D’autres choses qu’ils m’ont dites : ils n’aimaient pas particulièrement le père Noël de la garderie et ils ne regrettaient pas du tout le fait de ne pas avoir été plus exposés à ce fameux personnage barbu.

Que retiennent-ils du «grand moment» où on leur a annoncé que le père Noël n’existait pas? Ils se souvenaient qu’ils avaient posé la question de manière assez claire : ils s’étaient déjà fait leur propre idée et attendaient une confirmation, pas vraiment qu’on continue à entretenir le mythe. Et ils ne s’étaient pas sentis tristes ou trahis une miette : ils étaient au contraire vraiment contents de se «sentir dans la gang», celle des grands qui connaissent la vérité!

 

Leurs réponses me réconfortent dans ma décision d’avoir agi selon mon instinct et mes valeurs… Et c’est probablement le message à retenir pour tout le monde, peu importe notre opinion sur la question. 

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