Quand maman rime avec culpabilité

Pas facile d'être parents au XXIe siècle! Comme nous sommes bombardés d'informations, nous ne savons plus quoi penser ou qui croire. De ce fait, une culpabilité s'installe sournoisement, surtout chez la femme.

Elle survient, parfois, dès les premières semaines de la grossesse, avec la récurrente préoccupation : « J'étais donc déjà enceinte lorsque j'ai pris mon dernier verre de vin! » La maman parfaite n'existe pas, mais notre société performante et exigeante nous pousse parfois à croire le contraire. L'anxiété qui en résulte devient le pire ennemi du parent moderne ou du parent en devenir. Puisque devenir mère ne s'enseigne pas dans les livres et que l'erreur est humaine, faisons le tour de ce sentiment trop souvent vécu. Selon Ercilia Palacio-Quintin, psychologue, « une erreur ne perturbe pas notre enfant; un doute constant, oui ».

La source

Certaines femmes ont assez de facilité à être indulgentes envers elles-mêmes et c'est tout à leur honneur. L'important est, en effet, de faire de son mieux avec les moyens mis à notre disposition. Cependant, d'autres sont plus sujettes à se sentir coupables, à tort ou à raison. Une des sources principales de cette culpabilité provient de la grossesse, du fait que la mère est vitale pour son enfant. Elle se retrouve donc dans une position de grande responsabilité, et c'est la perception que cette dernière n'est pas parfaitement assumée qui suscite un fort sentiment de culpabilité.

Devenir enceinte...

Trop tôt

Devenir maman vient déjà avec son lot de questionnements. Que dire lorsque la grossesse n'est pas planifiée, ou bien, à l'inverse, lorsque ce projet s'avère difficile à réaliser? La sexualité, au départ, peut être une source de culpabilité. Quelle femme ne s'est pas déjà réveillée, un matin, avec l'angoisse d'une grossesse non planifiée, suite à une relation sexuelle non protégée? Et la grossesse qu'il faudra interrompre, quelle qu'en soit la raison, vient certainement en ajouter à cette culpabilité déjà omniprésente.

Trop tard

D'autre part, il y a celles pour qui devenir enceinte est un projet important, mais qui ne réussissent pas à concevoir. Ces femmes ont tendance à analyser leur passé dans le but de comprendre pourquoi leur désir n'est pas exaucé. Elles se demandent alors quelles sont les raisons pour lesquelles elles ne peuvent devenir enceintes « comme tout le monde », pourquoi leur corps les « trahit », les « punit » ou pourquoi il ne « fonctionne pas normalement ». Elles se sentent parfois coupables de gestes commis auparavant : la prise d'alcool ou de drogues, avoir fait trop de sports de compétition, avoir subi un avortement, etc.

Se déculpabiliser

On sait, pourtant, que ces raisons n'influent en rien dans la possibilité à devenir enceinte ou non. De plus, il existe aujourd'hui plusieurs méthodes, techniques ou ressources pour aider les couples à concevoir ou à prendre une décision en ce qui concerne le fait de garder ou non leur bébé. Ce n'est pas une décision à prendre à la légère et une fois prise, il faut se donner les moyens afin de bien assumer son choix et les responsabilités qui en découlent, sans pour autant se mettre trop de pression! Il est bien connu que cette pression est l'élément déclencheur par excellence du sentiment de culpabilité. N'hésitez donc pas à demander de l'aide!

Test de grossesse positif

Une vie qui change, des règles à suivre

Peu importent les circonstances entourant la grossesse chez une femme, c'est toujours un événement d'une importance capitale. Ainsi, elle a à coeur de fournir tout ce dont bébé a besoin afin de favoriser son développement. Les futures mamans apprennent que les conséquences d'une mauvaise hygiène de vie peuvent être fatales pour leur foetus et augmentent les risques de fausses couches ou de malformations. Elles se voient donc dans l'obligation de se coucher tôt, de ne pas fumer, consommer d'alcool, de poisson ou de viande crue, de ne pas vider la litière du chat, de ne pas manger de fromages au lait cru, de ne pas respirer d'odeurs toxiques, de bien laver tous les fruits et légumes avant de les apprêter, de ne pas faire de mouvements trop brusques, de ne pas pratiquer de sports qui comportent un risque de chute, de ne pas lever de charges trop lourdes, etc.

La liste d'interdictions est de plus en plus longue et, au fur et à mesure que les recherches avancent, de nouvelles théories viennent s'ajouter à ce sujet. Ainsi, la femme subit de fortes pressions sociales, et gare à celle qui déroge à ces obligations!

De plus, très souvent, une femme est enceinte pendant près de deux mois avant d'en ressentir les symptômes! Elle aura donc, probablement, pris quelques verres d'alcool ou fumé sans savoir qu'elle portait un bébé. Puisque le délai entre le début de la conception et la confirmation de la grossesse est de quelques semaines, l'annonce de cette nouvelle peut susciter de la culpabilité chez une nouvelle maman si son comportement n'a pas été « exemplaire »!

Se déculpabiliser

Il est donc suggéré de contrer ce stress en regardant vers l'avant, en se questionnant sur ce qui est possible de faire, dès maintenant, plutôt que de regretter des gestes commis dans le passé. Après tout, nous sommes humaines... et imparfaites! Puisqu'il n'est jamais trop tard pour bien faire, adoptez une attitude saine dès l'annonce de votre grossesse. Encore une fois, se responsabiliser de façon équilibrée demeure, sans équivoque, la meilleure action à entreprendre.

Les complications de la grossesse

Si, malheureusement, une fausse couche ou une complication survient lors de la grossesse (ce qui est plus fréquent pendant le premier trimestre), certaines femmes pensent aussitôt qu'elles sont fautives, qu'elles ont certainement dû faire ou ne pas faire ce qu'il fallait pour en arriver là. Or, il est prouvé qu'il n'en est rien!

Se déculpabiliser

Les causes de ces problèmes sont multiples et complexes et la grande majorité des fausses couches sont causées par des anomalies chromosomiques incompatibles avec le reste du développement du foetus. La maman n'est donc habituellement pas responsable des complications ou, s'il y a lieu, de l'avortement spontané qu'elle subira.

Cependant, il n'en demeure pas moins une expérience dévastatrice pour celle qui la vit. Le soutien des proches ou d'une aide professionnelle est d'une importance capitale durant cette période de deuil afin de se libérer du sentiment de culpabilité prédominant, qui, si on ne s'en occupe pas, peut devenir malsain.

L'accouchement

Il en est de même pour un accouchement qui ne se déroule pas comme prévu. Même si une maman se prépare du mieux qu'elle peut, en faisant de la visualisation, en lisant, en s'informant et en tentant de tout planifier afin que son accouchement se passe bien, des obstacles peuvent survenir.

Ainsi, une naissance prématurée, ou par césarienne d'urgence, peut être une source de culpabilité et susciter un sentiment d'échec chez la maman qui s'attendait à accoucher à terme et par voie naturelle.

De plus, le fait d'être séparées de leur bébé, dès la naissance de ce dernier, crée chez ces mères un profond désarroi, aux dires de certaines d'entre elles. Puisque ces femmes ont été privées de ce contact immédiat avec leur bébé, il est tout à fait normal qu'elles mettent un certain temps avant de réaliser qu'elles sont devenues mamans.

Se déculpabiliser

Elles ne doivent pas s'inquiéter outre mesure ou penser qu'elles sont de mauvaises mères si elles ne se sentent pas, d'emblée, inondées d'amour avec leur petit. Il s'agit, tout simplement, d'une phase où elles sont en pleine « naissance de maman »! Il est important de reprendre ce contact avec leur bébé le plus rapidement possible et leur instinct maternel se développera naturellement!

L'allaitement

Une des meilleures façons de contrer cette culpabilité naissante est, sans contredit, l'allaitement maternel. En effet, le rapport privilégié que la nouvelle maman aura avec son bébé viendra « réparer » ce sentiment d'échec, ou de culpabilité, en favorisant la fusion entre les deux protagonistes. Selon l'OMS (l'Organisation Mondiale de la Santé), le lait maternel offre tout l'apport nutritionnel et affectif dont un bébé a besoin afin de parfaire son développement extra-utérin, et ce, peu importe les circonstances de sa mise au monde. Ainsi, le fait de se sentir en « action », c'est-à-dire, de faire quelque chose pour le bébé, aide à se sentir un peu plus en contrôle de la situation, au lieu de se voir comme une victime.

Cependant, il y a parfois des complications d'allaitement, tels des gerçures, une infection à champignons, des vaso-spasmes ou autres. Lorsqu'il devient trop douloureux de mettre bébé au sein, on comprendra que la mère puisse ressentir de la culpabilité si elle offre du lait maternisé à son bébé, sachant tous les avantages qu'offre le lait maternel. Ainsi, plus il y a de connaissances en la matière, plus ce sentiment peut être exacerbé!

Se déculpabiliser

Encore une fois, il faut dédramatiser. Oui, le lait maternel est ce qu'il y a de mieux, mais les formules de lait sont aujourd'hui d'excellente qualité. Votre bébé sera en santé, même s'il est nourri avec des préparations commerciales! Le plus important pour un enfant, rappelons-le, c'est de se sentir aimé!

Le cododo, tout comme l'allaitement, peut aussi favoriser le sentiment de « réparation » du lien d'attachement avec son bébé. Effectivement, le rapprochement créé quand la maman dort avec son petit peut venir combler le manque affectif qu'il y a eu à la naissance, et ainsi favoriser le développement du rapport fusionnel qui se doit d'exister entre les deux. De plus, il améliorera la durée et la qualité de leur sommeil, contribuant à la bonne humeur générale!

La peur de se tromper

Être maman pour la première fois n'est pas chose facile. Une mère est en constante situation d'apprentissage et... les erreurs surviennent parfois! Ainsi, il n'est pas rare, par exemple, d'accrocher bébé avec un ongle, ou avec le fermoir d'un vêtement... Cela arrache toujours quelques larmes au petit, et au coeur de mère, par la même occasion!

Il y a, également, beaucoup de décisions à prendre concernant son enfant. La grande question concernant la vaccination de son bébé, l'éducation ou le retour au travail en sont quelques exemples. La peur qu'il y ait des conséquences à long terme, suite à la prise de ces décisions, ronge les mères qui ne veulent pas se tromper! Pour certaines, de plus, le conjoint s'absente régulièrement ou est carrément inexistant. Dans ces cas, chaque prise de décision se fait seule, ce qui est une responsabilité d'autant plus lourde à porter!

Se déculpabiliser

Il faut accepter le manque d'expérience, le fait que l'on ne sache pas tout et se rendre compte que les conséquences ne sont pas aussi dramatiques qu'on ne le pense. Une des solutions est de bien s'informer afin de prendre des décisions éclairées, et ensuite, accepter de vivre avec ses choix!

Une lourde responsabilité

Certaines mères ont honte d'avouer qu'elles n'aiment pas la maternité. Elles aiment leurs enfants, certes, mais tout ce qui entoure leur rôle de mère ne les enchante pas. Certaines en ont assez de rester seules à la maison avec bébé, de se sentir isolées, de ne plus voir leurs amis sur une base régulière ou de ne pas se sentir libres de faire ce qu'elles veulent. Pour plusieurs, la maternité est difficilement vécue puisqu'elle constitue une responsabilité trop lourde à porter. Le fait d'être responsable d'un être humain, vulnérable et dépendant, a pour effet, chez certaines mères, de se sentir étouffées.

Se déculpabiliser

Déculpabilisez-vous! C'est un sentiment normal puisqu'il est vrai qu'un petit être humain très exigeant dépend de vous. Toutefois, consolez-vous en vous rappelant que ce n'est qu'un moment difficile qui passera. D'ailleurs, plusieurs regroupements de mamans existent. Informez-vous au CLSC de votre quartier.

Le retour au travail

À l'approche de la reprise du travail, des sentiments, telle l'impression d'être une « mauvaise mère » ou de privilégier sa carrière professionnelle au détriment de son bébé, sont bien connus de la plupart des mamans. Ainsi, manquer de temps pour préparer les purées, pour jouer avec son tout-petit, pour lui démontrer de la tendresse ou pour rester auprès de lui lorsqu'il est malade sont autant de raisons qui alimentent la culpabilité des mères travailleuses.

Souvent, cette culpabilité est telle que ces mamans sont tentées de devenir femmes au foyer. Effectivement, étant confrontées à l'angoisse de la séparation, ces dernières s'inquiètent de la capacité des autres à s'occuper de leur enfant. Lors du retour au travail, le sentiment de culpabilité est exacerbé si le mode de garde ne correspond pas à leur choix.

Se déculpabiliser

Il faut donc laisser mûrir la décision. Il est recommandé de commencer à y penser bien avant le jour « J ». Afin de mettre fin à sa culpabilité, la jeune maman doit comprendre que la santé, l'équilibre, le bien-être et l'éducation de son bébé ne relèvent pas de son seul « pouvoir ». En effet, l'épanouissement de son enfant dépend du partage des responsabilités avec son conjoint et avec la société.

Selon Ercilia Palacio-Quentin, une psychologue qui a consacré sa carrière à étudier l'impact des milieux de garde sur les enfants, « nos pires craintes sont injustifiées. La séparation en bas âge d'avec les parents n'a pas d'influence négative à moyen ni à long terme.

Au contraire, envoyer son petit à la garderie peut même améliorer son développement ». Encore faudrait-il que les garderies soient accessibles à tous! Malheureusement, ce n'est pas le cas, et les listes d'attente pour l'obtention d'une place sont de plus en plus longues.

Déculpabilisons : nous sommes faites comme ça!

Les différences entre les sexes jouent un rôle significatif dans l'explication de ce sentiment généralement très présent chez les femmes. Effectivement, une étude espagnole rapportée dans le New York Daily a démontré que ces dernières sont beaucoup plus en proie à la culpabilité que les hommes. Ainsi, dans diverses situations données, autant chez les adolescentes que dans le groupe d'âge 25-33 ans, les femmes ont déclaré un niveau de culpabilité beaucoup plus élevé que les hommes. En revanche, dans le groupe le plus âgé, ce sentiment était ressenti de façon égale pour les deux sexes.

Les femmes, plus empathiques que les hommes

Selon les psychologues, ce décalage s'expliquerait par le fait que les hommes apprennent plus lentement que les femmes et que ce n'est qu'en vieillissant - aidés par le mariage ou la vie de couple - qu'ils deviendraient plus empathiques et développeraient des émotions similaires à celles des femmes. Certains écrits relatent que le cerveau des femmes est orienté vers l'empathie, contrairement à celui des hommes qui l'est vers la construction et la compréhension. Ce sont des études bien généralistes et les données peuvent évidemment changer d'une personne à l'autre, mais il est tout de même intéressant de considérer que, maman ou non, la femme est davantage prédisposée à ressentir la culpabilité.

Soyez votre meilleure amie!

Soyons donc indulgentes envers nous même. Chez n'importe quel être humain, la perfection n'existe pas! Si vous vous trompez, sachez simplement vous excuser sans vous remettre constamment en question. Ce sont moins les avis d'experts que nos valeurs, notre instinct, notre éducation et notre entourage qui nous aideront à élever nos enfants de façon équilibrée. Ce ne sont pas les ouvrages sur le « parent parfait » qui seront le plus utile. Faites-vous confiance, vous en savez beaucoup plus que vous ne le pensez!

Catherine Darlington, rédactrice Canal Vie

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