Apprendre le partage à nos enfants

La vie de famille est loin d'être un long fleuve tranquille... Nos enfants ont un grand nombre de choses à apprendre, et parmi celles-ci, l'une des plus difficiles est l'apprentissage du partage. En effet, malgré l'amour qu'ils se portent, les jeunes frères et soeurs ont souvent beaucoup de mal avec ce concept. Comment les aider et les guider en ce sens?

Quelques mots sur le développement des jeunes enfants

Avant de vous inquiéter outre mesure à cause des comportements de vos enfants, il est nécessaire de faire un petit retour sur ce qu'ils sont aptes à comprendre (ou non) selon leurs âges respectifs.

Jusqu'à 9 mois

Tout d'abord, il faut savoir que le très jeune enfant, jusqu'à environ 9 mois, ne se rend pas compte qu'il est une entité différente de sa mère (ou de la personne, autre que la mère, qui en prend soin le plus souvent). Ainsi, lorsqu'il découvre que ses faits, gestes et émotions lui sont propres, il effectue un immense bond en avant. Jusqu'à environ un an, il fait l'apprentissage de l'autonomie : la marche (voire la course!), les premiers mots, etc.

À 2 ans

Vers l'âge de deux ans, votre enfant a désormais compris qu'il est une personne à part entière et que ses actions peuvent entrainer des réactions autour de lui : c'est l'âge des caprices, du « non » et autres crises de ce genre (le fameux « terrible two », comme on dit en anglais).

Vraiment terrible?

En fait, votre enfant n'est pas devenu « terrible » en quelques mois, c'est simplement qu'il a encore de la difficulté à se situer dans son espace, à comprendre la place qu'il doit occuper dans le monde qui l'entoure. Il doit, tant bien que mal, acquérir toute une panoplie des comportements que l'on considère « normaux » en société : la gestion des sentiments et des émotions, sa relation avec les autres et avec les objets.

Pas capable de partager

En fait, son incapacité à partager provient du fait qu'il n'a pas encore compris que les choses et les gens qui l'entourent ne sont pas totalement à son service. Dans sa petite tête, il a désormais assimilé qu'il est une personne à part entière, mais il croit encore que ses désirs et ses besoins sont les seuls « valables » dans son monde. Ainsi, ses jouets et tous les objets qui font partie de son quotidien n'existent que pour lui... Pour lui uniquement! Lui demander de partager revient, d'une certaine mesure, à lui demander de se couper un doigt.

À 4 ans, il y a les autres

Ce n'est que vers l'âge de 4 ans que votre enfant aura (enfin, direz-vous!) compris que ceux qui l'entourent existent en dehors de lui-même. Cependant, cette phase égocentrique peut durer, selon les enfants, jusqu'à 7-8 ans environ... Ouf, on a le temps de devenir sourds à cause des cris, n'est-ce pas?

Maintenant que cela est clarifié, il convient de l'appliquer dans chaque famille. Dépendamment du nombre d'enfants que vous avez et de la tranche d'âge dans laquelle ils se situent, les disputes dégénèreront facilement et transformeront votre maison en terrain de bataille! Et c'est, évidemment, ce que vous souhaitez éviter...

Jalousie, quand tu nous tiens...

L'arrivée d'un deuxième enfant alors que le premier n'a pas encore 4 ans est chose courante. En effet, il semble qu'une différence d'âge de 2-3 ans semble « parfaite » pour les parents qui souhaitent que leur premier enfant ait un compagnon de jeu.

Ainsi, votre plus grand, en plus de passer par une phase d'apprentissage assez intense, voit son monde bouleversé par l'arrivée d'un plus petit qui vient « voler » ses parents. Tout cela est bien difficile à gérer, n'est-ce pas?

Votre attitude est importante

C'est votre attitude, en tant que parents, qui doit faire un changement et le mettre en confiance, aussi vite que possible. En effet, s'il se sent délaissé et expérimente de forts sentiments de jalousie, il est probable que ce sentiment va perdurer au-delà de la fameuse limite des 4 ans et qu'il restera incapable de partager, même passé cet âge. Et bien sûr, ses réactions parfois agressives entraineront des réactions du même genre chez le plus jeune, et il s'instaurera un cercle vicieux qui pourrait bien durer de nombreuses années... jusqu'à l'adolescence, en fait!

Une autre situation qui amène souvent des problèmes est celle de l'enfant plus âgé qui vit en parfaite symbiose avec ses parents jusqu'à un âge plus avancé. Et tout à coup, sorti d'on ne sait où, arrive un petit frère ou une petite soeur qui vient chambouler l'équilibre et la routine familiale! Dans ce cas précis, il est parfois plus aisé, à force de discussions, de faire revenir l'enfant particulièrement jaloux à la raison, puisqu'il lui est plus facile de comprendre...

Quelques trucs pour calmer l'atmosphère

Bien sûr, chaque enfant est différent, et chaque dynamique familiale l'est également. Il existe (heureusement) des façons de communiquer avec vos enfants pour les aider à découvrir un peu plus rapidement les vertus du partage. Vous pourriez, par exemple :

  • Les aider à penser aux autres, en leur posant des questions : comment t'es-tu senti(e) quand ton frère/ta soeur a pris ton jouet sans demander?
  • Les inciter à prêter leurs affaires pour de très courtes périodes (chronométrées, s'il le faut), afin qu'ils se rendent compte qu'ils pourront toujours les récupérer.
  • Leur permettre de régler leurs problèmes « tout seuls », quand c'est possible : ne cherchez pas à intervenir constamment dans leur dispute. Leur apprentissage de leur vie en société passe par leurs façons de régler leurs différends.
  • Les aider à penser aux autres : quand vous leur donnez un fruit ou un biscuit, expliquez-leur que les autres membres de la famille aimeraient peut-être en avoir aussi et incitez-les à « distribuer ».
  • Proposer à vos enfants plus âgés de donner ce qu'ils n'utilisent plus pour les plus démunis (dans des friperies, des collectes, etc.).
  • Encourager et féliciter vos enfants quand ils acceptent de partager leurs jouets.
  • Acheter un jouet identique pour chaque enfant, lorsque c'est possible, si vous vous doutez que des disputes éclateront s'il n'y en a qu'un.
  • Montrer l'exemple et faire remarquer à vos enfants ces occasions où vous partagez : à la longue, ils voudront vous imiter.
  • Être réaliste et prendre en compte chaque situation : on ne peut exiger d'un enfant de 9 ans qu'il prête sa nouvelle console de jeux à sa petite soeur de 3 ans. Incitez le grand à jouer dans une autre pièce!

Quand la jalousie perdure

Parfois, il arrive que des sentiments négatifs entre frères et soeurs persistent plus longtemps qu'on ne voudrait. Dans ces cas, il convient d'ouvrir le dialogue en famille et avec chacun de vos jeunes pour essayer de comprendre la racine du problème. Dépendamment des situations, il peut même être nécessaire de consulter un thérapeute familial. Une mauvaise estime de soi joue souvent un rôle prépondérant dans les échanges entre jeunes. Il est donc nécessaire d'assurer chacun de vos enfants de leur valeur personnelle à vos yeux et de votre amour inconditionnel.

Tout est question de patience

Dans la grande majorité des cas, il suffit d'attendre (quitte à mettre des bouchons dans vos oreilles de temps à autre) quelques mois ou quelques années... Ainsi que nous l'avons vu plus haut, il est parfaitement normal pour votre enfant de ne pas accepter de partager. Cette étape fait partie de son processus de développement et vous pourrez peut-être l'aider à comprendre « plus vite », mais vous ne pourrez pas l'empêcher d'apprendre par lui-même à évoluer en société. En tant que parents, nous oublions souvent que nous avons pour mission de diriger nos enfants de notre mieux, mais qu'ils doivent eux-mêmes expérimenter les choses pour les comprendre...

Bon courage à tous!

Cécile Moreschi, rédactrice Canal Vie

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