Un petit bilan de ta vie avec des enfants

Auteur
Migaëlle Geoffrion
3 novembre 2020
Femme qui tient un bébé dans ses bras

Il y a un petit moment, tu entamais le dernier sprint de ta vie sans enfants. Neuf longs mois avant d’accueillir ton premier enfant. Tu étais excitée à l’idée de devenir maman. Une forme de consécration de la réussite de ta vie. Chacun votre carrière, un nid d’amour, des enfants. Le tableau parfait d’une vie accomplie. Ton idéal de jeunesse devenue réalité. La vie à deux était tellement facile. Ajouter un petit coco ou deux ne ferait que l’embellir, tu te disais.

Avant d’être maman, tu dormais sans même te rendre compte de la douceur du sommeil. De belles et longues nuits où tu te réveillais au chant des oiseaux et la lumière du soleil qui caresse tes rideaux. Ces matins où tu flânais au lit en amoureux, profitant du moment pour vous accorder de longs moments intimes, juste parce que.

Maintenant, tes nuits sont entrecoupées de biberons, de cauchemars ou de draps mouillés. Le chant des oiseaux a laissé place à Elsa qui s’égosille de liberté et le flânage au lit s’est transformé en matins, semi-comateux sur le divan. Les longs moments intimes sont devenus des p’tites vites une fois par quinze jours, entre deux brassées de lavage. Point bonus si ça se passe dans la salle de bain ; tu peux programmer ton cycle de séchage en même temps.

Avant d’être maman, tu cuisinais des plats de tous les horizons. Tu parfumais ton assiette d’herbes de ton jardin ou bien d’épices raffinées. Tu achetais tes aliments dans des marchés locaux et tu ne manquais jamais une occasion d’essayer de nouvelles recettes. Tu accompagnais tes repas d’une bonne coupe de vin ou d’un cocktail judicieusement assorti.

Maintenant, trouver un menu qui fait l’unanimité est aussi peu probable que de le servir dans une assiette de la bonne couleur. Les herbes du jardin ont laissé place au persil séché quand tu feel fancy. Tes nouvelles recettes se résument à 5 menus en rotation, chialage inclus, accompagné de l’éternel verre de lait 3,25%.

Avant d’être maman, ta maison était décorée avec attention. Le mobilier était agencé à la couleur de la pièce, le plancher toujours propre reluisait sous les rayons du soleil. Ta cuisine était dotée de magnifiques électroménagers en stainless. Tes vêtements étaient toujours propres et soigneusement rangés.

Maintenant, ta maison est décorée aux crayons de cire et à la pâte à modeler. Des traces de dents, d’ustensiles ou bien de jouets de bois lancés viennent embellir de poques ton mobilier. Ton plancher est dorénavant mis en valeur par les rayons du soleil glissant sur les rayures. Le stainless de tes électroménagers comporte plus d’empreintes qu’un département d’identification judiciaire et, entre toi et moi, tu commences à douter de l’existence du fond de ton panier de linge sale.

Avant d’être maman, tu sortais à tous les soirs avec tes amis. Le plus clair de ton temps, tu le passais au travail à faire progresser ta carrière ou bien dans les transports. Tu mangeais régulièrement au restaurant. Tu voyageais où tu en avais envie. Tu achetais tout ce dont tu pouvais rêver.

Maintenant, tu sors une fois de temps en temps et quand ça arrive, tu t’ennuies de tes enfants. Tu passes le plus clair de ton temps à jouer à la cachette et à inventer des histoires mettant en vedette des figurines de la Pat’Patrouille. Tu as maintenant un emploi plus proche, duquel tu as réduit les heures de travail. Tu le quittes avec hâte, à tous les jours, pour te rendre à la garderie ou à l’école chercher tes petits amours. Tu manges des repas maison, parfois faits par de petites mains collantes et tu esquisses un sourire même quand ce n’est pas mangeable. Tu voyages dorénavant au zoo, aux jeux d’eau et au parc. Tu dépenses moins, mais tu gères mieux.

La vie de maman change certainement beaucoup de choses. Elle nous fait découvrir des niveaux d’épuisement et d’écoeurantite dont on ne soupçonne pas l’existence. Elle sème le bordel dans nos vies et blanchit très certainement nos nuits. Elle nous apprend aussi à chérir les petits moments de joie et à donner un sens à ceux plus difficiles. Avec elle, nous apprenons, à chaque jour, le sens des mots amour et patience. C’est tout ce dont nous avons besoin que nos petites chenilles se transforment en superbes papillons.

Ce n’est certainement pas un long fleuve tranquille, être parent. Ça n’a rien à voir avec l’idéal qu’on se faisait de la parentalité. C’est surtout très loin des grands principes qui commencent par «Moi, quand je serai parent…». C’est plutôt un vertigineux parcours en montagnes russes parsemé de hauts et de bas, de crises de nerfs et de pur bonheur. C’est tout un manège, mais c’est de loin la plus belle des aventures.

Migaelle Geoffrion (mauve)

 

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