Être enceinte durant la pandémie : des femmes témoignent

Auteur
Marie-Ève Laforte
17 avril 2020

Que l’on soit jeune ou plus vieux, au travail ou en arrêt, seul ou en famille, cette pandémie de COVID-19 cause beaucoup de stress généralisé. Mais imaginez un peu être enceinte en ces temps particulièrement incertains et anxiogènes... C’est le cas de nombreuses Québécoises en ce moment! Voici le témoignage de quelques-unes d'entre elles.

 

La question du travail

Esther et son mari

 

Pouvoir travailler de la maison durant cette période, c’est un grand soulagement. Esther, qui a 30 ans, vit à Montréal et attend son premier enfant en septembre : «Je pense que je prends ça relativement zen parce que je suis en télétravail depuis l’annonce du gouvernement, donc je suis en sécurité. J’ai la chance d’être dans un pays avec énormément de ressources, d’avoir une grossesse sans risque, un conjoint qui est aussi à la maison et qui me soutient beaucoup, ma famille – quoiqu’au front puisqu’ils sont infirmiers, est aussi en santé pour le moment. Je sais que je suis assez privilégiée même si c’est plus dur alors j’essaie de relativiser.»

Mariepièr, 30 ans, de Prévost, qui attend aussi son premier enfant en juillet, une petite fille : «J'ai eu la chance de garder mon emploi en faisant du télétravail. C'est un stress en moins et avec les petits maux de la grossesse, je suis très contente de pouvoir rester à la maison.»

Le télétravail n’est pourtant pas toujours la solution magique, surtout pour celles qui sont déjà mamans. Mélissa, 28 ans, de Ste-Marthe-sur-le-Lac, est enceinte de 20 semaines avec une petite fille de 2 ans et demi. Elle se sent surtout «surmenée depuis le début du confinement. Ma blonde et moi travaillons de la maison 40 h par semaine. J’ai même plus de travail que d’habitude car 10 % de mes collègues ont été licenciés temporairement! Je ne sais plus où donner de la tête et je dois compléter mon travail le soir. J’ai l’impression de travailler tout le temps et que nous sommes toutes les deux moins patientes avec notre fille! Elle ne joue pas longtemps toute seule car elle est très jeune. Donc il faut constamment se relayer le jour pour la divertir. J’ai beaucoup de difficulté à me concentrer longtemps, ce qui rend mon travail difficile à bien faire.»

Johana, 35 ans, qui habite à Mille-Iles, est présentement enceinte de 17 semaines, avec un bébé de seulement 10 mois à la maison! Travailleuse de la santé présentement en congé de maternité, elle doit en principe retourner au boulot dans un mois. Mais «avec la pandémie, rien n’est certain… Travail, télétravail, pas de travail? Garderie, commencer ma fille dans une garderie d’urgence, pas de garderie?» 

Audrey, 33 ans, de St-Hyacinthe, vient juste d'apprendre qu'elle est enceinte pour la première fois. «Comme je suis en réflexion quant à mon travail actuel, ça me cause beaucoup de stress. J'ai peur de ne pas pouvoir me trouver autre chose après le confinement. Qui voudra engager une femme enceinte? Je n'ai pas envie de retourner au travail et d'infliger cette source de stress à mon bébé. Présentement, ce n'est aucunement un bon temps pour se trouver un emploi. Alors j'essaie de ne pas trop penser à l'après confinement.»

 

Les deuils à faire

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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L'annonce de grossesse de Valérie

 

Plusieurs femmes ont parlé des deuils à faire, puisque leurs grossesses sont différentes de ce qu’elles avaient imaginé.

 

Esther : «Je suis quand même passée par une petite période de deuil si on peut dire, en regardant la liste banale de choses que je voulais pour ma grossesse dans les prochaines semaines. Magasiner un soutien-gorge qui me fait, marcher dans un magasin d’articles pour bébé et dénicher des items, penser à mon baby shower et mes photos de grossesse, faire un mini-voyage avec mon mari avant bébé… Mon excitation pour ces choses a disparue et ça a été dur de me dire que ça ne se fera peut-être – sans doute- pas.»

Mariepièr : «Avec la pandémie, on vit de petits deuils face à notre grossesse et aux premiers jours de vie de notre enfant. J'ai passé une bonne partie de ma grossesse très anxieuse même avant la pandémie puisque ce bébé arrive suite à une fausse couche. Évidemment, suite à ma fausse couche, j'avais vraiment très hâte de vivre une grossesse super normale, avec un shower, des photos de grossesse dans mes nouvelles robes de maternité et de pouvoir me promener un peu partout avec ma belle bédaine. Une fausse couche, c'est un énorme deuil de toutes ces petites choses-là. Et avec la pandémie, j'ai l'impression de revivre tous ces petits deuils.»

Valérie, 28 ans, de Québec, vit sa première grossesse et accouchera cet été. «J’ai la chance d’avoir une grossesse magnifique et je croyais que ce serait sans embuche jusqu’à la fin, mais la fameuse COVID-19 est arrivé dans nos vies. J’essaie du mieux que je peux d’être positive au maximum face à la situation, mais il faut se rendre à l’évidence que certaines choses changent et que je ne vais pas pouvoir vivre cette fin de grossesse normalement.»

Mélissa : «Cette grossesse est différente de la première parce que j’ai l’impression que j’ai très peu de temps pour penser à mon bébé. Et personne ne me parle de ma grossesse. Normalement tu côtoies des gens qui voient ton ventre grossir et qui prennent des nouvelles de ta grossesse. Mais là personne ne m’en parle ou presque parce que les gens n’y pensent pas. J’ai l’impression de vraiment vivre plus ma grossesse toute seule de mon bord au lieu que tout le monde s’y intéresse comme c’était le cas pour ma première.»

Stéphanie, 31 ans, de Pointe-Claire, est à 23 semaines de grossesse avec un garçon de 17 mois à la maison. Tout est beaucoup moins facile que lors de sa première grossesse : «Le quotidien prend toute la place et je n'ai pas l'impression que ma grossesse est réelle. Je n’ai simplement pas le temps de visualiser l’arrivée de bébé. Gérer mon garçon, en plus de travailler à distance alors que mon conjoint travaille à l'extérieur tous les jours, c’est un défi. Par ailleurs, le stress, mais surtout la fatigue, fait que je suis beaucoup moins en forme qu'à ma première grossesse, j'ai beaucoup plus mal au dos, j'ai pris plus de poids, mes symptômes sont complètement différents. Bref, ce n'est pas aussi simple que je l'imaginais!»

Magali, 33 ans, habite à Trois-Rivières et attend bientôt son 3 enfant. «Je dois faire le deuil du fait que je ne pourrais pas présenter mon enfant à ma famille et mes amis, qu'on ne peut pas compter sur le support d'autrui. La naissance d'un enfant demande un village, c'est encore vrai maintenant, mais on est privé de ce support. Les bébés restent bébé si peu longtemps, c'est une période qui sera volée à nos amis et familles. Je sais que les grands-parents aiment les bébés et ça me brise le coeur de ne pas pouvoir leur offrir la chance de vivre un peu cette période avec nous. Je sais que ma famille trouve ça difficile, d'être éloigné de force, de ne pas pouvoir aider et nous supporter, d'être impuissants quand je les appelle et que je fais de l'anxiété.» 

 

Pour tout lire sur la COVID-19, c'est ici.

 

Les visites médicales

Mélissa et sa famille

 

Mélissa : «J’aurai bientôt mon échographie durant laquelle on devrait apprendre le sexe et je suis déçue de devoir y aller seule. Je me rappelle que pour ma première grossesse c’était un très beau moment que nous avons vécu à deux; nous étions très émues. Cette fois j’ai l’impression que le rendez-vous sera un peu expéditif et je serai en FaceTime avec ma femme, ce qui sera étrange un peu.»

Esther se désole que son mari n’ait pas le droit d’assister à ses rendez-vous de suivi. La dernière fois, elle a eu une bonne frousse : «On m’a rappelé 2 jours après pour m’annoncer que j’avais été à proximité d’une personne testée positive à la COVID-19… Donc… quelques moments d’angoisse ont suivi. Même en faisant attention, ça me rappelle que le risque zéro n’existe pas».

Mariepièr s’est fait demander si elle acceptait d’espacer ses visites médicales, ce qu’elle a accepté. À la clinique, le poste de secrétariat est maintenant fermé avec une vitre et plusieurs chaises sont condamnées, afin que tout le monde respecte bien la distanciation. Ceci rassure la future maman.

Marie-Josée, 29 ans, de Montréal, est enceinte de 38 semaines de son premier enfant : «La dernière fois que je suis allée à mon rendez-vous de suivi, j'avais une impression de fin du monde. Dans la clinique, les corridors sont barricadés, il n'y avait personne sauf moi et une autre chaise à l'autre bout du monde dans la salle d'attente. On m'a posé des questions pour savoir si j'avais des symptômes de la COVID-19 aussi. On sent l'atmosphère chargée mais en même temps c'est rassurant.» 

Pour Valérie, «les rendez-vous de suivi à ma clinique habituelle sont plutôt changés pour des rendez-vous téléphoniques. Ma dernière échographie sera fort probablement annulée ou si je peux toujours l’avoir je vais devoir y aller seule sans mon conjoint, le papa de cet enfant qui se verra retirer ce beau moment.» 

Marie-Ève, 34 ans, de Joliette, est quelques jours d’accoucher de son 3e enfant : «J'ai eu mon premier rendez-vous de précaution pandémique à la fin du mois de mars, à la clinique ou je suis suivie. Tout le personnel porte un masque, les secrétaires sont protégées par un plexiglas et ne nous demandent plus notre carte de RAMQ. Dans la salle d'attente, au lieu d'avoir 20 chaises, il n'y en a que 6, avec plusieurs mètres de distance entre chaque. Les vieux magazines ont disparu. Comme ça faisait 15 jours que je n’étais pas sortie de la maison, c'est comme si j'atterrissais dans un film de science-fiction!»

Magali: «Je suis suivie par des sages-femmes incroyables, disponibles, à l'écoute et raisonnables. Elles réussissent à calmer un peu mes appréhensions. Ma sage-femme m'a d'ailleurs dit que chaque naissance a son histoire, que ça fait simplement un moment plus mémorable. Ça m'a aidé à voir les choses différemments, parce que tous nos plans initiales doivent être repensés. Dans les circonstances, je considère que c'est une chance incroyable de pouvoir avoir un suivi par une sage-femme, qui n'a d'ailleurs pas beaucoup changé. Les rendez-vous sont à la même fréquence et ont lieu à la maison de naissance.»

 

L’accouchement

Jenifer et sa famille

 

Toutes les futures mères ont souligné la peur de ne pas pouvoir avoir l’autre parent auprès d’elles pour accoucher. Au Québec, l’Hôpital Juif, qui comporte un nombre important de cas de COVID-19, a retiré le droit d’avoir un accompagnateur, ce qui a soulevé un tollé parmi la population. Finalement, le gouvernement a permis à toutes celles qui le désiraient de changer d’hôpital et il ne semble pas que d’autres hôpitaux emboîteront le pas.

 

Jenifer, 34 ans, qui habite à Gatineau et accouchera dans les prochaines semaines, s’inquiète surtout pour son petit garçon de 3 ans pendant ce temps. «La logistique entourant la garde de notre fils durant l’accouchement est plus complexe. Il faut trouver la bonne personne et s’assurer qu’elle respecte à la lettre les mesures de confinement. Il faut aussi penser à un Plan B si jamais cette personne tombe malade…»

Marie-Ève, en toute fin de grossesse, a connu des complications mineures qui l’ont rendue sur le qui-vive : au moment d’écrire cet article, elle se rendait à l’hôpital pour une prise de sang et un monitoring du bébé, qui selon les résultats, pourrait mener à la provocation de l’accouchement sur-le-champ! Donc son conjoint l’attend dans l’auto avec les valises car il peut uniquement assister si l’accouchement a lieu. Beaucoup d’émotions pour la petite famille, qui au moins, peut compter sur sa belle-mère qui vit avec eux pour garder les enfants.

Mariepièr : «Normalement dans la vie, j'adore tout planifier, je me fais quand même facilement un scénario. Pour mon accouchement, c'est tellement inconnu que je n'avais pas vraiment de plan d'accouchement précis, contrairement à beaucoup de femmes je crois. Dans le contexte actuel, c'est une bonne chose je dirais. On ne peut rien prendre pour acquis.»

Marie-Josée : «J'avais comme vision un accouchement doux, accompagnée de ma grande sœur (ma doula) et mon chum, où je pourrai au besoin aller prendre une marche dehors, où je prendrai des longs bains à l'hôpital pour soulager ma douleur, où ma sœur m'aiderait pour l'allaitement. Tout ça ne sera pas possible, du moins, pas comme je l'imaginais.»

 

La peur constante du virus

Marie-Josée : «Mes plus grosses craintes présentement sont que mon chum ait des symptômes de la COVID-19 et qu'il ne puisse pas assister à mon accouchement ou encore, que mon bébé naissant attrape le virus, ou que le confinement dure jusqu'à l'automne. Car si le confinement dure plus longtemps, ça signifie donc d'autres deuils à venir pour mon congé de maternité. Mais évidemment, si c'est ce qu'il faut, je ne serai jamais contre la vertu.»

Johana : «Je crains beaucoup la contamination, car vu que les recherches sont peu évoluées pour les femmes enceintes : échantillonnage de recherche faible et résultats non concluants à ce jour. Nous ne connaissons pas encore les dangers réels de la COVID-19 sur la santé des fœtus. Et nous savons que les risques de complications dû au virus peuvent affecter les femmes enceintes. En plus, je suis à risque de fausse couche.» 

Stéphanie : «Mon conjoint travaille à l'extérieur tous les jours avec le public, alors évidemment, c'est un peu inquiétant!»

 

Les points positifs

Marie-Ève essaie de voir ce temps comme «des vacances» malgré les difficultés, puisqu’elle est en retrait préventif de son travail : «Mon conjoint est à la maison avec moi. Et j'ai la chance de passer plus de temps avec ma grande de 9 ans que j'ai une semaine sur deux, puisque les écoles sont fermées. Ma deuxième fille, qui aura deux ans aussi est en congé à la maison! On passe du bon temps en famille… On se lève plus tard et on se couche plus tard.»

Quand elle «stresse avec ça», Stéphanie se concentre sur les points suivants : «J’ai encore un travail et mon conjoint également. J’ai la chance de voir mon garçon apprendre et se développer chaque jour. C’est fatigant, mais c’est magique – une chance unique. On s’amuse tellement! Mes proches sont en santé. J’ai un emploi du temps assez flexible qui me permet de tout gérer. Les deux enfants sont en pleine forme et se développent bien. On a une salle de jeux et une cour – ça fait toute une différence!»

 

Une fois que bébé sera là

Magali avec ses enfants

 

Ça devient de plus en plus clair : cette crise sera un marathon, pas un sprint. Ce qui signifie que pour ces femmes, en l’absence d’un vaccin, les premiers mois de la vie de bébé seront probablement tout aussi stressants que peut l’être la grossesse. Et que les premières présentations avec les proches devront probablement être retardées.

 

Magali: «Je ne pourrais pas avoir autant de repos que je souhaitais avec ma fille, si les enfants ne retournent pas à l'école. Je souhaitais pouvoir regarder mon enfant dormir, émerveillé par sa beauté. Profiter de cette dernière grossesse et naissance pour bien m'imprégner de ces moments d'émerveillements. Et je rêvais de pouvoir aller au parc, passer nos journées à profiter du soleil, de la piscine et des modules, mais tout ça risque de ne pas se produire. Ça me met en colère de ne pas pouvoir offrir cet été là à mes enfants... L'un des seuls étés qui étaient prévus sans camp de jour.»

Mariepièr : «Déjà qu'un bébé naissant n'a pas vraiment de système immunitaire, je sais que je vais être craintive la première année. Que je vais regarder du coin de l'œil chaque personne qui s'approchera de mon bébé en me demandant : «Est-ce qu'elle a bien lavé ses mains? Est-ce qu'elle donne vraiment un bec à mon enfant, franchement?» Je sens que je vais être ce genre de mère un peu trop protectrice… Mais comment m'en vouloir avec ce qu'on vit tous présentement?» 

Marie-Ève : «Évidemment, personne ne verra mon bébé, tant que les mesures de confinement ne seront pas levées. Je n'ai pas envie de prendre de chance et la famille comprend tout cela. Oui ça fait de la peine, mais en même temps, il y a les réseaux sociaux qui peuvent faire un petit baume en attendant!»

Jenifer : «Notre premier enfant est né prématuré. Nous avons donc passé beaucoup de temps à l’hôpital loin de nos proches, sans que personne ne puisse voir notre fils. Tout au long de cette seconde grossesse, nous avons espéré vivre ce que je définis comme une «naissance» normale c’est-à-dire un court séjour à l’hôpital suivi de la visite de nos proches à la maison. Bref, c’est un petit deuil à faire, car nous devrons une fois de plus être patient pour présenter ce bébé et rester en isolement.»

Marie-Josée, elle par contre, se sent «très insultée» lorsqu’on lui propose de présenter son futur enfant à distance. «J'avais l'impression qu'on m'avait arraché ma grossesse. Qu'on m'interdisait le droit d'avoir des beaux souvenirs touchants comme toutes les nouvelles mamans de ce monde. Un ordi ne remplacera JAMAIS la chaleur et le contact humain d'un nouveau-né. C'est ça mon plus gros deuil, de ne pas pouvoir présenter notre petit miracle à nos amis et notre famille en chair et en os. J'imaginais déjà nos proches venir nous visiter à l'hôpital et leur raconter comment s'est passé l'accouchement. Ma mère qui me dirait combien j'ai été bonne en passant sa main rassurante dans mes cheveux. Les photos de mon bébé à quelques heures de vie dans les bras de ses grands-parents. Expliquer à nos amis comment prendre un bébé naissant (car ce sera le premier dans notre petite gang). L'aide des premiers jours à la maison que nous n'aurons pas».

 

 

Des histoires à raconter… plus tard

Plusieurs femmes songent déjà qu’au moins, avec un peu de recul, cette crise sera l’occasion de raconter à leur enfant à quel point leur arrivée au monde a été particulière. 

 

Valérie : «Ce sera étrange de raconter à Zack lorsqu’il sera plus grand qu’on n’a pas pu vivre cette fin de grossesse comme on l’avait prévu à cause d’un virus invisible qui a envahi notre planète». 

Esther : «Ça me fera quelque chose à raconter au petit, j’imagine!»

 

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