Acheter local? Oui, mais…

Auteur
David Descôteaux
16 juillet 2020
Panier d'épicerie d'achat local du Québecavec plusieurs couleurs

C’est le temps des vacances et plusieurs d’entre vous irez parcourir les régions du Québec. Ce sera aussi l’occasion de découvrir des produits et des services d’artisans et d’entrepreneurs locaux, ce qui est souvent une facette appréciée desdites vacances.

L’achat local est souvent un « buzzword » utilisé à gauche et à droite pour inciter les consommateurs à dépenser leur argent chez un commerçant plutôt qu’un autre. Bien sûr, nous sommes tous pour la vertu. Et l’achat local semble, à première vue, une façon simple d’enrichir les gens d’ici. Et la pandémie actuelle semble avoir renforcé ce discours. Mais tout n’est pas si simple.

Les vertus de l’achat local sont plus limitées que l’on pense. Des aliments frais? Oui. Des vêtements de création québécoise, un vélo québécois? Pourquoi pas. Du moment que ces produits rivalisent en prix et en qualité. Mais payer plus cher pour « encourager l’économie locale »? Est-ce vraiment une bonne idée?

D’abord, en payant plus (trop) cher votre article, il vous reste moins d’argent à dépenser chez les autres commerçants locaux. Mais surtout, nous sommes riches parce que nous échangeons. 

Le producteur chinois, allemand, ontarien ou québécois se spécialise là où il excelle. En échangeant nos talents et ressources, nous accédons à un plus grand choix de produits. De meilleure qualité, et à meilleur prix. Plus nombreux sont les êtres humains qui apportent leur talent et créativité à la table, plus notre société prospère. Acheter local, c’est réduire le nombre de participants. C’est se priver de talent. 

D’ailleurs, déterminer si un produit ou un service est « québécois » est un exercice complexe. Comme l’expliquait Henri Paul Rousseau dans une lettre à La Presse récemment, « un bien ou un service offert sur le marché québécois peut à toutes les étapes intermédiaires de sa production et de sa distribution contenir tantôt des intrants locaux, tantôt des intrants importés. Par exemple, est-ce qu’un vêtement dessiné par un créateur québécois, mais cousu au Viêtnam se qualifierait ? Et un robot sophistiqué conçu au Québec, mais assemblé au Mexique ? »

jeune femme faisant ses courses dans une épicerie en vrac

Jack Frog/Shutterstock

Petit exercice

Imaginez que les citoyens de votre ville adhèrent à l’achat local pendant 10 ans. Imaginez-vous ensuite franchir la porte de votre magasin favori. Que voyez-vous sur les tablettes? Presque rien. Normal. Dans une économie «locale», nous devons tout produire nous-mêmes. Comme nous possédons des talents limités, les iPod, les livres d’Harry Potter ou les vins d’Espagne, ça n’existe pas.

Et où tracer la frontière?

Si acheter québécois profite au Québec, acheter strictement sur l’île de Montréal est forcément mieux pour l’économie montréalaise. Si j’habite Rosemont, dois-je m’assurer que l’argent «reste» dans Rosemont? Si les citoyens de Côte-des-Neiges commencent à acheter local, doivent-ils cesser d’acheter à Outremont?

Enfin, l’achat local ne doit pas servir de prétexte aux politiciens pour imposer des mesures protectionnistes – comme des frais de douane ou des taxes supplémentaires sur des produits étrangers qui entrent au pays. Car à ce jeu, tout le monde y perd. Si un politicien américain, par exemple, impose une clause «achetez local», pour des contrats de constructions de routes ou d’usines, des centaines de fournisseurs canadiens et québécois y perdent au change.

Or, comme le soulignaient les économistes de Desjardins dans une note récente, on peut se demander si l’accroissement du protectionnisme dans les relations commerciales viendra aiguiser les réflexes d’achat local un peu partout dans le monde. 

Acheter local a ses avantages, et ça demeure un choix personnel. Mais gardons en tête qu’on enrichit une économie et ses participants en trouvant des façons moins chères de produire des biens. Et non l’inverse. Dire non au talent des autres, c’est aussi une façon de s’appauvrir.


David Descôteaux David Descôteaux est chroniqueur et journaliste économique depuis plusieurs   années. Il est aussi l'auteur du best-seller en finances  personnelles "D'endetté  à millionnaire" et d'une série de livres pour enfants sur l'économie et la finance

 

 

 

 

 

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