Écoles fermées dans la CMM : disparités entre Montréal et le Québec?

Auteur
Cynthia Brunet
18 mai 2020
enfant joue à la marelle

Les écoles n’ouvriront pas avant septembre dans la communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Bien que les émotions soient partagées, déception pour certains, soulagement pour d'autres, un aspect indéniable ressort de cette réalité. Un fossé se creuse entre Montréal et les régions; entre Montréal et l’entièreté du Québec. Pourtant, peu importe où nous habitons, nous, les Québécois, nous ne sommes pas si différents les uns des autres.

Des parents et des enfants déçus

L’ouverture des écoles dans la CMM était prévue pour le 19 mai. Ensuite, elle a été repoussée au 25, pour finalement être reportée en septembre. Plusieurs parents avaient reçu la nouvelle d’une rentrée en mai, comme une bouffée d’air essentielle pour continuer. Bien sûr, une réflexion, parfois angoissante, y était directement associée. Est-ce que je retourne mon enfant à l’école ou non? Quels sont les risques, les avantages? Comme partout au Québec, les parents montréalais, et ceux des villes avoisinantes, se sont questionnés jour et nuit, ont discuté avec leurs enfants et ont finalement tranché.

Alors, lorsqu’est tombée l’annonce que les écoles n’ouvriraient pas, c’est un peu comme si on venait de les priver d’oxygène, les parents, comme les enfants. Un peu comme s’il n’y avait plus d’espoir. Septembre, c’est si loin… et en septembre, ce sera-t-il différent? Mais, ça, il ne faut pas trop y penser, mieux vaut demeurer dans le moment présent.

Pour Alexandra, maman monoparentale, qui travaille jusqu’à 50 heures par semaine, le coup a été difficile à encaisser. Ses filles de 4 et 6 ans ne reprendront pas le chemin de l’école ni de la garderie, pas tout de suite. Elle devra continuer avec des horaires impossibles, comme elle le fait depuis 2 mois. Comment va-t-elle réussir? Elle ne le sait pas. Pour l’instant, il fait beau et il y a une flaque d’eau qui offre bien des fous rires à ses enfants. C’est ce qui compte là, maintenant.

Julie, quant à elle, avait dû affronter les nombreuses crises d’anxiété de sa fille, Noémie, lors de la fermeture des écoles à la mi-mars, et, ensuite à de nouvelles crises, en pensant à un retour à l’école, même si elle avait vraiment envie d’y retourner pour y retrouver son enseignante et ses amies. Maintenant que sa fille était prête, elle a dû lui annoncer qu’elle ne retournerait pas en 1ere année. Évidemment, elle s’est effondrée en larmes. Son enseignante a pleuré tout autant, lors de son appel hebdomadaire. Pas avec Noémie, bien sûr, mais avec Julie. Jouer au yoyo devient épuisant émotionnellement. Un jour à la fois. Pour le moment, Julie a décrété une seconde semaine de relâche, tout le monde en a bien besoin.

Des enseignants soulagés, mais…

De nombreux enseignants remettaient en question la réouverture des écoles dans la CMM, étant donné le nombre élevé de nouveaux cas testés positifs au quotidien. Malgré tout, ils se sont livrés à une course folle pour transformer leur classe, leur école. Ils ont fait des choix déchirants par rapport aux élèves qui demeureraient avec eux, ceux qui devraient aller avec un autre titulaire. Ils ont vécu des montagnes d’émotions, mais ils étaient enfin prêts. Toutefois, contrairement à leurs collègues à travers le Québec, ils n’accueilleront pas leurs élèves pour terminer l’année. Ils leur remettront leur effet scolaire dans un sac de plastique, alors que ceux-ci défileront dans leur voiture. Des au revoir déchirants, une fin d’année anormale.

Ces enseignants ne vivront pas l’épuisement et le stress que connaissent leurs collègues à l’extérieur de la CMM, ils pourront s’inspirer de leurs apprentissages pour l’accueil des élèves en septembre. Les avantages sont nombreux et indéniables. Malgré tout, leur réalité n’est pas pour autant enviable. Ce sont des enseignants, former pour enseigner qui ont à cœur le bien-être de leurs élèves. Effectivement, ils portent plusieurs chapeaux. Mais actuellement, ils se retrouvent trop souvent impuissants. Dans bien des cas, l’enseignement à distance s’avère difficile; apporter de l’aide à un enfant à travers un écran, c’est complexe... et à ceux qui sont absents, impossible. D’autres iront prêter main-forte dans des écoles à l’extérieur de la CMM, la vie continue d’être une véritable montagne russe. L’incertitude demeure omniprésente.

 

Pour tout lire sur la COVID-19, c'est ici.

 

Des enfants qui ont besoin de reprendre un semblant de vie

Chose certaine, autant dans la grande région de Montréal qu’à l’extérieur, les enfants ont besoin de sortir de la maison, de voir d’autres enfants. Même si l’on parle de zone chaude et de zone froide, la réalité ne diffère pas pour les parents, comme pour les enfants à travers le Québec. On a tous besoin de sortir prendre l’air, on a tous besoin de voir des amis… voir d’autres êtres humains. Les Montréalais qui abondent dans les parcs sont montrés du doigt... Ils le sont tout autant lorsqu’ils sortent de leur région pour trouver des espaces verts où la distanciation physique s’avère plus facile à respecter que sur l’île. Alors, quelle est la solution?

À travers cette crise de la COVID-19, il ne faut pas oublier que l’on est tous humains. Personne ne peut demeurer enfermer dans son logement. Aucun enfant ne peut être laissé dans un coin durant des semaines et des semaines. Il en va de même pour les adultes, qui doivent continuer à travailler, tout en s’occupant de leurs enfants 24 h sur 24. Psychologiquement, ça devient suffocant.

Néanmoins, alors que le quotidien diffère d’un enfant à l’autre à travers le Québec : ceux de la CMM qui demeurent confinés, ceux qui peuvent retrouver un semblant de vie en région; ceux en milieu défavorisé, par rapport à ceux qui vivent dans des milieux aisés, il ne sert à rien de porter des jugements envers qui que ce soit. Les Montréalais ne sont pas différents des autres. Nombreux sont les enfants qui ont besoin du système scolaire : pour diminuer le clivage, les aider à avancer sûrement, pour leur permettre de vivre tout simplement… Plutôt que d’avoir peur de l’autre, peut-être faut-il trouver une façon de s’entraider? Ouvrir les régions procure des inquiétudes, voire même des peurs, à plusieurs. Pourtant, on a tous besoin de grands airs, on a tous besoin de vivre. Le Québec est grand, immense, les Québécois sont reconnus pour être inclusifs, faut-il se le rappeler? Il faut avoir confiance en l’humain, en ses voisins, en ses enfants, sinon que reste-t-il?

 

Les prénoms des personnes citées ont été modifiés.

 

Coronavirus - Bannière 400x200 standard image

Sur le même sujet

Les plus populaires

Les plus récents

Ailleurs sur le web