Est-ce que la COVID signifie la fin du bureau tel qu'on le connaît? 

Auteur
Marie-Ève Laforte
24 septembre 2020

À la mi-mars, mon conjoint qui travaille habituellement dans une grande tour du centre-ville s’est installé à la maison. «Pour quelques semaines, peut-être un mois…» était alors l’état d’esprit de la compagnie. 

Plus de six mois plus tard, non seulement il n'y est pas retourné, mais l’horizon du moment où cela va se produire n’est pas encore défini… Même si rien de tel n’a clairement été établi, ce qui semble de plus en plus probable, c’est qu’il n’y aura pas de retour avant que tout le monde soit vacciné et même encore, le retour sera probablement partiel et progressif. 

Pendant ce temps, la compagnie continue bien sûr de payer un loyer pour tous les employés –comme bien d’autres en ce moment! Mais après six mois, un an, un an et demi ou même plus, des questions plus fondamentales sur les manières de faire pourront naturellement émerger… Si le télétravail fonctionne bien, que les employés sont heureux et profitent des avantages (comme d’éliminer le temps de transport chaque jour), sera-t-il encore nécessaire de payer un local aussi grand dans l’avenir? Ou que même dans le monde d’après COVID, il pourrait y avoir un fonctionnement hybride, comme des locaux plus petits où les employés viennent à temps partiel et en rotation?

 

La COVID amène des grands changements dans le monde du travail

Il s’agit d’un cas isolé, mais qui illustre bien une tendance de fond : avec la COVID, quelque chose est en train de se passer dans le monde du travail. Le virage vers le télétravail, prédit depuis de nombreuses années, s’est mis en place à la vitesse Grand V et... n’est peut-être pas près de s’en aller. 

Beaucoup de grosses compagnies de ce monde ont déjà pris des décisions qui auraient été très surprenantes il y a quelques années à peine : Pinterest a décidé de payer 90 millions $ pour se défaire de baux locatifs, signifiant donc que ses employés vont demeurer en télétravail indéfiniment. Netflix a également annoncé que ses employés demeureraient à la maison jusqu’à une vaccination «majoritaire» de la population et Google tout comme Facebook ne prévoient pas de retour au bureau avant l’été 2021, «au plus tôt». Twitter a même abandonné l’idée d’établir une date : ses employés peuvent tout simplement «travailler à la maison pour toujours»!

On voit le même phénomène au Québec : Desjardins, qui compte 47 000 employés, maintient tous ceux qui peuvent travailler à distance en télétravail «jusqu’à nouvel ordre», avec un horizon clairement à plus long terme. 

Pour le président de chez Microsoft, Brad Smith, ne pas forcer de retour hâtif est une question de «responsabilité sociale», a-t-il expliqué au Washington Post. «Ce que l’on reconnaît, c’est que non seulement il est important d’adhérer aux mesures prônées par la santé publique, mais aussi qu’on doit le faire beaucoup plus lentement que d’autres [secteurs], simplement parce qu’on peut le faire.» 

C’est d’abord la clé de ce mouvement : les travailleurs de bureau, contrairement à ceux œuvrant dans les services, les transports ou les secteurs industriels et manufacturiers, sont majoritairement capables d’effectuer leur travail à distance… Et par conséquent ils devraient le faire, dans un but de limiter l’ensemble des contacts de la population et de compenser pour ceux qui n’en ont pas la possibilité.

Mais c’est également un message incroyablement différent de celui véhiculé auparavant par tous ces géants en technologie… Qui on se le rappelle avaient plutôt tendance à prendre n’importe quel moyen pour garder leurs employés au bureau le plus longtemps possible par le biais de nombreuses mesures incitatives, allant de super cafétérias gratuites aux lounges et salles de jeux sur place et même à la prise en charge de différents besoins comme le nettoyage à sec et le gardiennage… d’enfants comme de chiens! 

 

Pour tout lire sur la COVID-19, c'est ici.

 

La pandémie procure la démonstration de faisabilité que tout le monde attendait

Le passage au télé-travail, tout précipité et imprévu qu’il a été, a somme toute prouvé que pour bien des gens et des secteurs, le travail à la maison peut très bien marcher! Et même si beaucoup d’employés ou d’équipes individuelles le savaient ou le prônaient déjà depuis longtemps, c’est toute une autre étape cruciale que les entreprises elles-mêmes le réalisent et le formulent ainsi. Il s’agit véritablement d’une brèche vers un nouveau paradigme, où le retour en arrière devient de moins envisageable à mesure que le temps passe.

Les employés, pour la plupart en tout cas, sont en faveur de demeurer en télétravail le plus longtemps possible : une étude menée en 2017 aux États-Unis a en effet révélé que les employés étaient prêts à accepter une baisse de salaire de 8 % pour avoir l’avantage de travailler à la maison. Ce que ce chiffre (tout de même significatif) suggère, c’est que ce mode de vie leur procure des avantages, voire même une qualité de vie, plus importants que ceux liés à la rémunération.

Même après la COVID, le bureau ne va jamais complètement disparaître… Et même en temps de pandémie, ce ne sont pas toutes les compagnies qui ont suivi le mouvement du télétravail ou qui y sont très ouvertes : Bloomberg entre autres songeait à offrir une prime d’environ 100 $ par jour à ceux qui étaient prêts à revenir au bureau en «présentiel». Mais ce qui est certain, c’est que maintenant, le débat est commencé et que le travail ne sera peut-être plus jamais complètement le même. 

Un retour massif aux immenses tours à bureaux regroupant des centaines, voire des milliers de gens, entassés dans des cubicules et se partageant les mêmes ascenseurs et le même système de ventilation, semble pour l’instant assez incongru même une fois que la crise de la COVID sera passée… Et ce sont tous ces centres-villes, ces édifices et autres lieux de travail similaires qui devront peut-être se réinventer.

 

Le travail à la maison remet bien plus en question

En dehors des implications évidentes de l’augmentation du travail à la maison, comme par exemple le fait que les gens voudront peut-être réaménager ou agrandir leur espace pour s’installer de manière plus permanente, il y a bien d’autres conséquences insoupçonnées…

Par exemple, dans les dernières années, la ville de banlieue où j’habite a énormément investi dans une stratégie de développement axée sur les transports en commun; une approche appelée TOD en anglais, pour Transit-Oriented Development. L’idée étant de concentrer tous les nouveaux développements ainsi que les services près des pôles de transport (dans notre cas, le terminus d’autobus et la gare de train), afin d’inciter les citoyens à utiliser le transport en commun.

Ces projets majeurs se déroulent bien sûr sur plusieurs années et ne seront sans doute pas complètement terminés avant la fin de la décennie. Mais cela soulève tout de même des questions : en ce moment, l’achalandage à la fois pour les autobus express vers le centre-ville et pour le train est en chute libre par rapport aux années précédentes, et ce malgré l’augmentation graduelle de la population.

En ce moment, c’est bien normal : une bonne proportion des gens travaille toujours à la maison –et peut-être que bien d’autres ont plus peur que d’habitude des transports en commun et se sont tournés vers leur voiture! Mais si cet état s’éternise et que la tendance du télé-travail s’installe pour rester, est-ce que cette stratégie de développement, souhaitant organiser toute la vie des gens autour de leur transport vers le centre-ville, demeurera pertinente? Ça reste à voir…

 

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