COVID-19 : comment les aînés se sentent-ils?

Auteur
Marie-Ève Laforte
19 mai 2020

Il est difficile d’établir un âge précis à partir duquel on devient réellement une «personne âgée»… Mais en général, on considère que ce 3e âge commence à 65 ans. Au Québec, environ 20 % de la population est âgée de 65 ans et plus, soit autour de 1 680 000 personnes[1].

Ces «ainés» sont, également, le groupe de personnes le plus vulnérable par rapport à la situation de la COVID-19. Selon l’Institut National de la Santé Publique du Québec, les personnes de 60 ans et plus représentent 86,6 % des hospitalisations liées à la COVID-19, ainsi que 97,8 % des décès[2].

C’est pourquoi le gouvernement Legault a urgé les personnes de 70 ans et plus à rester à la maison et à limiter au maximum leurs contacts avec les autres personnes. Il y a eu un certain flottement autour des sexagénaires, ces «jeunes aînés» qui en bonne proportion font toujours partie de la population active : pouvaient-ils oui ou non retourner au travail, par exemple? Alors qu’au Québec on leur a plutôt répondu par l’affirmative (à moins d’avoir des facteurs de risque), c’est intéressant de réaliser que ça n’a pas été le cas partout… Et que dans nombre de pays, la ligne des personnes hautement vulnérables a plutôt été tranchée à 60 ans. 

Tandis que le déconfinement se met en place (très) graduellement au Québec, les aînés risquent d’être les grands laissés pour compte de cette pandémie. Pour ces personnes encore plus que les autres, avant l’arrivée d’un vaccin, aucun déconfinement complet n’est probablement envisageable…

Comment les personnes âgées au Québec vivent cette situation? Voici quelques témoignages.

 

La «rebelle»

D., 68 ans. Travaillait toujours à temps plein avant le confinement mais en arrêt depuis.

Doit déménager dans quelques jours, donc malgré le confinement a effectué de nombreux déplacements et par conséquent des contacts sociaux en lien avec cette étape de vie (quitter une grande maison pour un petit appartement) : entreposage et distribution de biens, vente à des particuliers, visite des magasins, notaire, etc. Elle a également reçu quelques personnes à la maison, fait faire sa teinture par son coiffeur à domicile et ne s’est certainement pas empêchée d’aller chercher son crabe et son homard chaque semaine.

 

«Je ne suis pas certaine d’être un bon exemple, j’ai toujours été indisciplinée. À date je ne me suis pas empêchée de faire quoi que ce soit! Au début c’était stressant, parce que il y avait un climat de peur, mais je me suis vite rendue compte que toutes les dispositions étaient prises pour que ce soit sécuritaire. J’ai toujours fait toutes mes courses sans me limiter et sans masque.»

«Le pire étant la famille, c’est très difficile de ne pouvoir se rencontrer en personne, heureusement qu’on a la technologie pour se voir en virtuel. J’espère ne pas devoir attendre 1 an ou même plus avant de revoir mes proches. Jusqu’à maintenant c’est comme si on vivait ça au jour le jour, mais après 10 semaines, si on n’a pas de chance de retour à la normale sous peu ça deviendra difficile!»

«Quoique plus rien de sera comme avant : porter un masque dans les endroits publics, se rencontrer mais sans contact… Les endroits où il y a de grosses foules ne me manquent pas, mais les réunions de famille et les rencontres avec les amis oui! J’ai peur que les contacts ne soient plus jamais les mêmes, et j’espère que ça ne durera pas de façon aussi drastique.»

«Malgré tout, je crois que la distanciation sociale a du bon, je pense même que ça fera moins de grippe et de rhume à l’automne et l’hiver prochain! Et maintenant je vois les familles qui sortent dehors les fins de semaine au lieu d’être dans les centres commerciaux, j’espère que ça va durer, mais j’en doute.»

 

Pour tout lire sur la COVID-19, c'est ici.

 

Le bon vivant

J., 70 ans. Diagnostiqué d’un cancer du poumon quelques mois avant la pandémie.

En arrêt de travail depuis le début de ses traitements, immunosupprimé à cause de la chimiothérapie. Hospitalisé deux fois depuis le début du confinement (2 tests de COVID négatifs), mais a rebondi et garde somme toute la forme. Correspond exactement à la personne type de ceux que l’on veut protéger de cette foutue maladie… Mais encore faudrait-il que lui-même le voit ainsi!

 

«Je ne me suis pas empêché de visiter des commerces (sans masque), ni de prendre à l’occasion un verre avec mes amis. En ce moment, pandémie ou pas, je célèbre la vie et le temps qu’il me reste. Sortir un peu me permet de m’occuper et de m’accrocher. Peu importe ce qui arrive, rendu à ce point-ci, vivre mes derniers mois ou mes dernières années confiné à la maison, ça ne m’intéresse absolument pas!»

 

Les retraités actifs

S. et Y., 80 et 83 ans, retraités de la fonction publique fédérale depuis plus de 25 ans.

Maintenaient jusqu’à la pandémie une vie très active, avec de nombreux contacts sociaux. Vivent avec leur fils sexagénaire, qui occupe un emploi essentiel.

 

«La situation nous fait vraiment peur. Au moins, on s’alimente bien grâce à notre fils qui fait nos courses, on fait notre exercice et on peut prendre des marches à l’extérieur. Ce qui nous manque le plus, ce sont les rencontres avec les membres de la famille, le magasinage et simplement le fait de pouvoir se rendre là où on en a envie… Nous avons l’impression d’être confinés à vie à cause de notre âge et de soudainement devenir «vieux» avant le temps. On souhaite qu’un vaccin contre la COVID-19 soit trouvé le plus vite possible!»

«On pense aussi à nous un jour, avec une telle négligence du gouvernement face à ses préposés aux bénéficiaires sous-payés. Pour le futur, nous espérons que les CHLSD soient mieux organisés et fonctionnels pour accueillir les personnes en perte d’autonomie. C’est ce que cette crise nous révèle et nous expose le plus…»

 

Les philosophes

L. et J., 78 ans et 77 ans, retraités du domaine financier et des médias. Vivent avec leur fille adulte handicapée.

 

«Ça va bien aujourd’hui et c’est ainsi qu’on vit depuis que ce virus nous côtoie… Dans le quotidien. Il est là et il occupe nos pensées dans tout ce que l’on veut faire: l’épicerie et la pharmacie sont nos seules préoccupations pour le moment. Depuis le début du confinement on faisait livrer. Maintenant, je regarde sur Google pour voir l’achalandage des épiceries aux alentours et je suis allée deux fois avec masque, gants et distanciation.»

«Par contre un gros changement est survenu depuis que le beau temps est revenu et que l’on peut sortir à l’extérieur… La porte ouverte, le grand terrain, le soleil, s’asseoir dehors, marcher et lire: tellement moins pénible que le confinement à l’intérieur et écouter tous les bulletins d’information. Hier, ma sœur et mon beau-frère sont venus faire un petit tour dehors avec distanciation et masque… C’était si agréable de se côtoyer à nouveau en personne, après plus de deux mois sans vraiment voir d’autres gens! »

«Mais on est quand même limité et le problème est toujours là, omniprésent. Pas d’escapades, pas de projets, pas de voyages pas de visites, pas d’évasion dans les librairies. Oui, les magasins sont maintenant ouverts… mais pour nous, DANGER!!! On demeure dans le groupe d’âge critique et je ne veux pas de cette « merde » pour aucun de nous. Personne à la maison ne déprime et je cuisine beaucoup. Je fais aussi des masques.»

«C’est presque OK! Mais non… Parce que la spontanéité n’a plus sa place. On va au resto? On part à quelque part? On va voir les enfants les petits enfants? Non, on oublie ça. C’est ça qui est plate mais on est en vie, c’est temporaire et on n’y peut rien. J’ai confiance en la science… On trouvera un remède, j’en suis sûre.»

 

[2] Source

 

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