Ce qu'il me reste de ma séparation

Auteur
Migaëlle Geoffrion
Migaelle Geoffrion (mauve)

Aujourd'hui, j'aurais aimé écrire sur un autre sujet. Une histoire ludique, cocasse ou bien quelque chose de léger. La vie ce n'est pas toujours un conte de fée. Parfois il y a des bouttes laids et aujourd'hui, c'est de ça que je te parle. Tu te reconnaîtras peut-être dans mon histoire. Si c'est le cas, prends une petite pause. Fais un refill à ton café frette, trouve-toi une bonne couverture chaude et emmitoufles un peu ton cœur.

En 2017, pour toutes sortes de raisons que je préfère ne pas expliquer, j'ai pris un virage ben sec qui a changé le cours de ma vie. Je me suis séparée de Maman2. Cette journée-là, nous avons pris chacune la moitié de la vie de nos enfants et mis aux vidanges le concept de la famille nucléaire. Sur le moment, je n'ai pas compris l'impact gigantesque que cela aurait sur ma vie. J'ai regardé silencieusement le camion de poubelles s'éloigner avec nos rêves et nos projets.

Quelques temps après, j'ai reçu une livraison express. Le genre de colis Prime accéléré que personne n'a envie de voler sur le bord de ta porte. Je ne l'ai pas ouvert toute de suite, ma boite. Honnêtement, j'avais un peu peur de ce qu'il y avait dedans. J'ai attendu le départ de Maman2, six mois plus tard pour regarder à l'intérieur.

Ce que j'ai trouvé là-dedans, c'était laid. Si tu as déjà reçu une boite comme la mienne, tu sais de quoi je parle. De la peine, de la culpabilité, de la souffrance et des regrets. Tout le nécessaire pour m’abonner aux antidépresseurs. J'ai essayé de me débarrasser de la boite. Je l'ai refoulée. Je l'ai donné à des amis. Je l'ai laissée dans le bureau d'une thérapeute. Je l'ai enterré dans mon jardin secret. Je l'ai remplacée par une nouvelle. Rien à faire. Je dois avoir le livreur Prime le plus efficace en ville parce que dès lendemain, elle était de retour sur le pas de ma porte.

Partout où je suis allée, j'ai traîné ma boite avec moi. Comme un boulet accroché à mon pied. J'ai eu honte de l'avoir dans mes mains. Comme s'il fallait que je passe à autre chose. Comme si on se lassait de me voir la trimbaler partout. À certains moments, je me suis détesté. Je me suis laissé convaincre par bouttes, que j’avais fichu ma vie en l’air et gâché celles de mes enfants. Que cette fichue boite me pèserait pour le restant de mes jours.

Au fil du temps, j'ai appris à accepter que cette boite ferait toujours partie de moi. La peine, la culpabilité, la souffrance et les regrets seront toujours présents quoi que je fasse. J'ai compris que je devais les accueillir et les accepter. Comme la visite du samedi soir qui colle un peu trop longtemps. Je me suis assise avec eux et j’ai attendu que ça fasse moins mal. J'ai laissé les larmes couler et les remords m'habiter. Puis, je me suis entourée et j'ai accepté l'aide qui m'a été proposée.

Aujourd’hui, si tu me croises dans la rue, tu me verras marcher avec ma boite. Elle ne m’a jamais vraiment quitté. Elle est juste devenue moins lourde à porter. Si tu passes par-là en ce moment et que le livreur Prime passe par chez vous à chaque matin, prends une petite pause. Fais un refill à ton café frette, trouve-toi une bonne couverture chaude et emmitoufles un peu ton cœur. Il y a bien plus en avant de toi que cette fichue boite. Promis juré.

Migaelle Geoffrion (mauve)

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