Quand l'infertilité nuit à la sexualité

Auteur
Véronique Larivière, sexologue

Pour plusieurs, avoir des enfants est la chose la plus naturelle qui soit. Il suffit d'avoir l'accord du partenaire pour que quelques mois plus tard, il y ait un petit nouveau dans la famille. Malheureusement, ce n'est pas aussi simple pour tout le monde. Quand le diagnostic de l'infertilité frappe, c'est tout un monde qui s'écroule.

Un long processus

Avant de conclure qu'il y bel et bien une infertilité d'un ou des partenaires, il faut faire face à une multitude de tests médicaux. Les médecins s'entendent pour définir l'infertilité comme étant l'incapacité à concevoir ou à mener à terme une grossesse après douze mois d'essais.

Les statistiques démontrent que 60 % des couples parviendront à une grossesse dans les six mois, 80 % dans les douze mois et 90 % après 18 mois. Lorsqu'une année d'espoir et de désespoir s'est écoulée sans résultat, les couples multiplient alors les rendez-vous à la clinique de fertilité.

L'infertilité masculine

Les spécialistes examineront d'abord les spermatozoïdes de monsieur afin d'évaluer leur nombre et leur mobilité. Si 80 % d'entre eux sont mobiles et sans anomalie, tout est normal. Dans le cas contraire, nous parlerons d'hypofertilité, et les causes peuvent en être multiples.

Le stress, la consommation d'alcool et de drogue, le tabagisme, certaines maladies et médicaments peuvent augmenter le risque d'infertilité chez l'homme. Il est tout à fait possible aussi que la cause se situe au niveau génétique. Malheureusement, ce n'est pas réversible...

L'infertilité féminine

Lorsqu'un couple entreprend une démarche en clinique de fertilité, les médecins conseilleront à la femme d'effectuer une courbe de température dans le but de percevoir s'il y a bel et bien une ovulation qui se produit.

Le trouble de l'ovulation chez la femme est la cause principale des cas d'infertilité. Des cycles longs avec des températures anarchiques sont le résultat de cycles sans ovulation. Pour plusieurs, la prescription d'hormones sera suffisante pour que le corps reçoive le signal de libérer un ovule chaque mois. Il suffira alors d'une relation sexuelle bien placée dans le cycle pour enfin avoir une chance de voir apparaître un résultat positif sur le test de grossesse.

Parmi les examens nécessaires, la femme devra subir une hystérosalpingographie (HSG) qui permettra de voir si les trompes de Fallope sont bouchées. De plus, le gynécologue vérifiera la qualité de l'endomètre afin de déterminer si l'implantation de l'embryon est possible. Finalement, il se peut qu'il jette un oeil à la glaire cervicale pour y évaluer le taux de viabilité des spermatozoïdes lors de leur passage.

Quand la magie du moment disparaît

Toute cette démarche médicale a un impact majeur sur la relation et la sexualité du couple qui désire avoir un enfant. Évidemment, les difficultés sexuelles n'ont aucun lien avec la fertilité, mais il est démontré qu'elles peuvent survenir suite à l'échec de conception.

Le long processus parsemé d'espoir et de désespoir au gré des ovulations et de menstruations peut grandement nuire à la solidité du couple. Il faut être conscient des conséquences que peuvent avoir ces montagnes russes d'émotions sur la relation amoureuse.

Une sexualité programmée

Lorsque le plaisir des relations sexuelles laisse place au désir absolu de concevoir, la sexualité prend un tout autre sens. Les rapprochements sont dictés par les signes d'ovulation et la magie de la spontanéité disparaît petit à petit. Pour plusieurs, c'est alors que les dysfonctions sexuelles apparaissent. La baisse du désir sexuel, la difficulté à atteindre l'orgasme et les troubles érectiles peuvent être le résultat d'une sexualité trop programmée.

Pour bien des couples qui essaient d'avoir un enfant, les relations sexuelles ne se produisent que quelques jours par mois, les plus fertiles chez la femme. Autrement, les rapprochements sont quasi nuls, faute de désir et d'énergie. Le milieu du cycle de la femme devient particulièrement difficile, car tous les espoirs sont permis, mais les déceptions déjà vécues ne sont jamais bien loin.

Les amoureux passent par toutes les gammes d'émotions et le reste du cycle est consacré à l'attente du résultat escompté. Toutes ces démarches affectent l'équilibre du couple et les problèmes conjugaux peuvent se faire sentir lorsque les deux partenaires deviennent à fleur de peau. La tension monte et ce qui s'annonçait comme une aventure heureuse devient vite un cauchemar.

Prévenir le pire

Évidemment, le portrait amoureux plutôt décevant décrit plus haut ne représente pas tous les couples qui essaient d'avoir des enfants. Plusieurs s'en sortent indemnes, voire plus forts, malgré les embûches en cours de route. Cependant, il faut savoir qu'il y a tout de même un risque et si on y est préparé, ce sera beaucoup plus facile.

Quelques conseils pour garder l'équilibre du couple face à l'infertilité

Laissez tomber la pression sociale

Vous êtes en essais? Ne le dites pas à votre entourage. Si les démarches ne se déroulent pas comme prévu, vous n'aurez pas à faire face aux commentaires du genre « Et puis? Ça vient la petite famille? » Vous vous mettez déjà assez de pression comme ça, vous n'avez pas besoin des autres pour vous en mettre davantage.

Encourager la discussion

Gardez en tête que les échecs sont aussi difficiles pour vous que pour votre partenaire. Votre tristesse et votre déception encouragent votre désir de solitude, mais il faut mettre l'effort pour entretenir la communication dans le couple. Partagez vos sentiments et encouragez la discussion avec votre partenaire.

Retrouvez le plaisir de la sexualité

Le désir sexuel est tout, sauf programmé. Il déteste la routine et adore la spontanéité. Si c'est possible, laissez tomber la courbe de température qui vous rappelle constamment votre désir de procréer. Il faut dissocier la sexualité de la reproduction pour ainsi retrouver l'envie de faire l'amour. Le sexe est un plaisir, pas un devoir.

Faire son deuil

Lorsque le diagnostic est tombé, il y a un deuil à faire. Il existe peut-être d'autres solutions possibles (fécondation in vitro, adoption, etc.), mais il est important d'accepter la situation pour ainsi avancer vers d'autres issues. Chacun doit respecter son rythme.

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