Agression sexuelle et dénonciation : quels sont les impacts sur la santé mentale?

Auteur
Cynthia Brunet
5 août 2020
Agression sexuelle et dénonciation : quels sont les impacts sur la santé mentale

Une agression sexuelle laisse des traces, ou non, sur le plan physique. Mais dans tous les cas, elle a un impact sur la santé mentale de la personne qui a été victime d’un crime à caractère sexuel. La dénonciation engendre aussi son lot de conséquences psychologiques, alors que le dévoilement ravive les souvenirs. Ce n’est pas sans raison que des victimes préfèrent conserver le silence et tentent d’enfouir à jamais ce moment du passé.

Des séquelles physiques, des répercussions sur la santé mentale

Les crimes à caractère sexuel sont nombreux et diffèrent grandement les uns des autres. La violence utilisée varie, tout comme les rapports de force.

Une infraction à caractère sexuel peut donc laisser des séquelles physiques telles des blessures, une infection transmise sexuellement (ITS), ou même une grossesse, mais elle laisse souvent des traces moins visibles, beaucoup plus sournoises.

À la suite de l’agression, des problèmes d’ordre psychologique peuvent survenir comme de la tristesse, de la culpabilité, des sentiments de colère et de rage, de la peur, de la honte, une faible estime de soi, du découragement, une dépression, des idées suicidaires et de l’automutilation. Dans certains cas, les symptômes s’apparentent à ceux d’un choc post-traumatique.

À ces nombreuses répercussions possibles s’ajoutent également des problèmes d’ordre relationnel soit avec le conjoint, la conjointe, la famille et les amis; et aussi des difficultés sexuelles telles que des douleurs lors des relations sexuelles, du dégoût, une baisse du désir ou à l’inverse une hypersexualité. Les réactions peuvent tout autant se transformer en problèmes de dépendance à l’alcool, aux drogues, au jeu et aux médicaments ou encore en trouble de l’alimentation comme l’anorexie et la boulimie.

Des conséquences différentes en fonction de la nature du crime et du bagage de chacun

Évidemment, comme le souligne Mme Annie Fournier, sexologue et Directrice clinique du CAVAC de la Montérégie, les personnes victimes d’un crime sexuel ne réagissent pas toutes de la même façon; ne vivent pas avec les mêmes séquelles, que ce soit du côté physique ou psychologique. Chaque histoire est unique, chaque personne affronte un crime sexuel avec son propre bagage et ses propres ressources.   

De plus, différents facteurs viennent influencer les conséquences d’une agression. Entre autres :

  • L’âge de la victime
  • La répétition des gestes
  • La violence utilisée

Les conséquences varient alors selon l’âge de la victime et son degré de maturité, le lien qui existe entre celle-ci et son agresseur, la nature des gestes posés, la durée et les fréquences des agressions sexuelles subies, ainsi que le degré de violence utilisé au moment de l’agression.  

La nature même de l’agression peut avoir des répercussions différentes. Par exemple, un jeune homme qui a subi une agression sexuelle par un autre homme peut remettre en question sa propre orientation sexuelle. Dans tous les cas, l'accès rapide à une aide spécialisée viendra amoindrir les conséquences possibles.

Des répercussions différentes selon la réaction des proches lors du dévoilement

L’entourage joue également un rôle crucial. L’individu qui se sent en confiance et qui ose s’ouvrir à ses proches ne vivra pas les répercussions de l’agression de la même façon. Les milieux où la sexualité n’est pas un tabou seront aussi favorables à un dévoilement.

La réaction lors d’une dénonciation s’avère toutefois capitale. Si la victime est écoutée et crue, ou à l’inverse, si les gestes sont banalisés, les conséquences sur la santé mentale différeront.

Il est, cependant, normal que l’entourage ne soit pas outillé pour recevoir une telle confidence. Pour cette raison, il est impératif de diriger la personne vers les bonnes ressources. D’ailleurs, celles-ci sont présentes autant pour l’accompagnement de la victime que pour l’entourage.

Le silence

De nombreuses victimes préfèrent garder le silence à la suite d’une agression. Plusieurs raisons se cachent derrière ce comportement. Il semble parfois plus facile d’enfouir ces souvenirs que de les affronter. On pense que l’on est responsable, que personne ne nous croira; on ne veut pas briser la vie de l’autre et de toutes les personnes qui l’entourent ou encore on craint des représailles.

Néanmoins, selon le Guide d’information à l’intention des victimes d’agression sexuelle «choisir de parler de l’agression sexuelle peut aider à surmonter la honte reliée au secret qui isole la personne victime d’un crime sexuel. Le dévoilement permet d’avancer et de traverser l’étape du déni de l’agression. Il contribue à reconnaitre la réalité et être en contact avec ses émotions; à trouver de l’aide et à avoir des outils pour réduire les conséquences de l’agression sexuelle.»

Les impacts du dévoilement

Bien que le dévoilement puisse avoir un effet libérateur, il fait également ressurgir le passé. Des victimes peuvent avoir l’impression de revenir au moment même de l’agression et aux journées qui ont suivi, c’est-à-dire à la phase d’état de choc. Des cauchemars surviennent et la peur réapparait.

En fait, le dévoilement constitue uniquement la première étape d’un long processus. Mme Annie Fournier du CAVAC rappelle l’importance d’être accompagnée sur ce long chemin et, surtout, de ne pas demeurer au point de départ.

L’impact d’un dévoilement sur les médias sociaux

C’est pourquoi les dévoilements sur les médias sociaux peuvent avoir deux facettes. Celles qui y rencontrent d’autres personnes avec qui échanger, qui y trouvent de l’aide, pourront mieux vivre avec le dévoilement. Même si se remémorer une agression a un impact sur la santé mentale, les conséquences seront moindres si l’on trouve du réconfort, de la solidarité.

D’un autre côté, celles qui dénoncent, mais qui demeurent seules avec leur histoire, peuvent vivre davantage d’impacts négatifs.

Les dénonciations sur les réseaux sociaux ont donc du bon, car on peut y trouver du support, mais si on dénonce et que l’on reste seule avec nos aveux, l’évolution ne sera pas possible, tout comme les effets libérateurs.

L’impact d’une dénonciation à la police

Les victimes qui décident de porter plainte à la police entrent dans un très long processus, qui ne s’avère pas toujours facile à tous les niveaux, mais particulièrement éprouvant du point de vue psychologique. Effectivement, il faut être en mesure d’expliquer l’agression dans les moindres détails et de répondre aux questions, d’abord des enquêteurs et, plus tard s’il y a un procès, des avocats. Il faut toutefois savoir que tout au long du processus, un accompagnement personnalisé est fait afin de diminuer les répercussions négatives. Le processus peut être libérateur pour certaines personnes, et ce, peu importe l’issu du procès, alors que pour d’autres il est trop difficile à affronter. Mme Annie Fournier, sexologue, le répète, « cela est propre à chacun ». Une personne n’est jamais obligée de porter plainte à la police et elle peut aussi, à tout moment, changer d’idée. Le plus important est d’aller chercher de l’aide.

En aucun cas, il ne faut minimiser les répercussions d’un dévoilement, peu importe la manière dont il est fait, et être à l’écoute des personnes qui osent s’ouvrir. Sinon, elles retourneront dans le silence aussitôt, avec les mêmes impacts sur la santé mentale que ceux qui ont suivi l’agression.

Des répercussions à ne pas sous-estimer, de nombreuses ressources à la portée de tous

Les répercussions sur la santé psychologique d’un crime à caractère sexuel sont nombreuses et ne doivent pas être sous-estimées, même si elles ne sont pas toujours visibles à première vue. Que vous souhaitiez dénoncer, ou non, ou que vous souhaitiez aider un proche, il est possible d’obtenir de l’aide et un accompagnement personnalisé, et ce, tout à fait gratuitement.

Téléphonez à la ligne sans frais (24/7) du gouvernement du Québec au 1 -888-933‑9007 pour discuter avec un intervenant qui saura vous conseiller et vous diriger vers les bonnes ressources.

Communiquez avec l’un des CALACS ou l’un des CAVAC de votre région.

D’autres ressources sont à votre disposition selon votre situation précise. Consultez la liste émise par le Centre d’aide aux Victimes d’actes criminels (CAVAC).

 

Sources : Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC)Guide d’information à l’intention des victimes d’agression sexuelle, Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel.

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