Une chanson d’amour et de violence

Auteur
Migaëlle Geoffrion
5 novembre 2020
Fille qui écoute la radio

Je t’ai aimé comme on aime une chanson. Le genre de chanson qui reste coincée dans la tête à 2h du matin en pleine insomnie. Des paroles qui sont si belles, mais qui font mal en même temps. Des couplets durs, tranchants et un refrain doux, presque idyllique. Une cohabitation savamment dosée de beauté et de souffrance. J’ai chanté chacune de tes paroles avec la conviction d’une fidèle. J’ai mis ma vie sur pause, le temps de t’écouter sur repeat.

La musique a été au cœur de notre idylle. Des chansons, judicieusement choisies, pour remplacer des mots que nous n’étions pas capables de prononcer. Après chaque violence, tu faisais apparaître une nouvelle chanson dans ma tête en guise d’excuses. Des chansons douces, pleines de promesses soufflées du bout des lèvres, pour créer chez moi cette envie de te pardonner. Cette envie de te reprendre. Une musique que je ne suis plus capable d’écouter aujourd’hui.

Je ne sais pas pourquoi je ressens le besoin de t’écrire aujourd’hui. Cela fait maintenant plus d’un an que je n’ai pas entendu ta voix. Si tu savais comme la route a été difficile. J’ai eu la chance d’avoir le support de belles personnes sur ma route. Des personnes qui m’ont crue, écoutée et rassurée. Des personnes qui m’ont laissé chanter ta chanson, en attendant que j’aie envie de fredonner autre chose. Une histoire de violence commence toujours par une histoire d’amour. C’est cette partie qui a été difficile à oublier.

J’ai été longtemps hantée par les notes de tes chansons. J’ai même cru impossible de me sevrer de tes paroles. J’ai eu peur d’en écouter de nouvelles, peur de rester prise avec la mélodie envahissante d’une autre. Une part de ma naïveté est restée dans ta musique. J’apprends à faire la paix avec cela aujourd’hui et à faire confiance à nouveau.

Je sais qu’aujourd’hui, tu chantes pour une autre. Tu lui joues probablement tes partitions adroitement composées pour te faire pardonner. C’est grâce à cette musique que tu as pu vivre et survivre à travers ta propre histoire de violence, celle qui explique pourquoi tu blesses quand tu as peur d’être abandonnée. J’espère un jour que tu réussiras à apaiser cette cacophonie dans ta tête. Si tu savais comme la vie est douce, quand on y fait jouer la bonne playlist.

Après tout ce temps, j’ai envie de te dire que je vais bien. La colère n’habite plus les refrains de ma vie. La souffrance non plus. J’ai compris que le silence est la plus belle de tes chansons. Te garder loin de moi aura été le meilleur remède pour oublier ta musique. Je choisis maintenant de composer la mienne. Elle n’est pas toujours parfaite et certaines de tes notes se glissent encore dans mes partitions. Mais c’est, de loin, la plus belle chanson, car c’est la mienne.

 

Migaelle Geoffrion (mauve)

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