Votre conjoint(e) vous a trompé?

L'infidélité est sûrement l'une des épreuves les plus difficiles à surmonter dans la vie d'un couple. Nous avons demandé au psychologue François St-Père, également auteur du livre L'infidélité : mythe, réalité et conseils pour y survivre, de nous donner quelques conseils pour réussir à la traverser.

Q : Monsieur St Père, à quelle réaction peut-on s'attendre lorsqu'on apprend qu'on s'est fait tromper par la personne qu'on aime?

FSP : Le choc est généralement brutal, et la surprise, parfois totale. Découvrir l'infidélité ou réaliser qu'on a été trahi a souvent l'effet d'une bombe. C'est pourquoi on parle de traumatisme tellement cette catastrophe ébranle les personnes concernées. On peut balancer entre la peur de perdre l'autre, le désir de se venger, la détermination de mettre fin à la relation, l'espoir de l'améliorer, la négation de ce qui nous arrive et la crainte de ne jamais pouvoir réparer les pots cassés. Bref, nous ne sommes plus nous-mêmes.

Q : Que faut-il faire pour gérer ces émotions?

FSP : Premièrement, je dirais qu'il ne faut pas agir sous l'effet de l'émotion. Il ne faut surtout pas prendre de décisions hâtives sur l'avenir de votre relation.

Accepter nos émotions

Une des premières étapes importantes vers le mieux-être est de reconnaître, sans se culpabiliser, les émotions qui nous habitent et les verbaliser. On se doit cependant d'éviter de laisser exploser sa colère et de la transposer sur son partenaire. Il faut accepter les émotions qu'on vit, puis tenter de les dominer. Surtout la rage et la colère, sans quoi la discussion avec notre conjoint sera impossible.

Tenter de comprendre

Il faut demeurer ouvert à l'autre pour tenter de savoir ce qui s'est passé. Vous savez, 80 % des personnes infidèles le sont à la suite d'une insatisfaction en relation. L'autre 20% y deviennent vulnérables à cause de difficultés personnelles (crise de milieu de vie, peur de l'engagement, baisse d'estime de soi, désir de plaire...) Ça vaut donc la peine de comprendre pourquoi l'autre personne vous a trompé, ce qui s'est passé. Il n'y a que 2 % des gens qui sont des infidèles chroniques et de ceux-là, la presque totalité sont des hommes. En général, donc, il y a des raisons relationnelles et personnelles précises qui ont conduit à l'adultère.

Dans la discussion, il faut éviter les détails

En général, les gens s'attardent sur des questions précises comme « Combien de fois vous vous êtes vu? Comment elle est physiquement? Qu'est-ce qu'elle fait de plus que moi au lit? À quels endroits vous êtes-vous rencontrés?... » Ce genre de détails apaise rarement la personne trompée. Au contraire! Les images s'incrustent dans notre tête et alimentent l'imaginaire. Ça prend des mois ensuite pour les faire disparaître et elles apparaissent sans qu'on le veuille, à tout moment.

Essayer de changer les choses

Si on veut apporter les correctifs nécessaires pour éviter de revivre à nouveau une telle expérience, il faut arriver à se concentrer sur les raisons qui ont motivé le passage à l'action. ll faut faire attention de ne pas accuser, juger, critiquer ou faire de reproches, sans quoi l'autre se fermera et vous n'en apprendrez pas davantage sur lui, sur ce qu'il a vécu. Il faut apprendre à parler de soi en disant ce qu'on ressent, sans attaquer.

Ne pas en parler tout le temps

En général, la personne qui a été trompée a vraiment besoin d'en parler. Elle souffre. Pour cela, elle pourrait en parler toute la journée et en toutes occasions, ce qui peut avoir comme effet de refermer le conjoint et d'envenimer la situation. Il est bon de déterminer ensemble des temps fixes pour en parler. Entre telle heure et telle heure, tel jour. Ça demande une certaine retenue et beaucoup de contrôle, mais les résultats sont plus probants puisque les discussions se font moins sous le coup de l'émotion.

Y réfléchir au bon moment

Il faut aussi s'accorder à soi des moments pour y penser. Au travail, ce n'est pas le temps. Il faut stopper ces pensées qui reviennent souvent en leur accordant une place, par exemple, à la fin de la journée. 80 % des gens obsèdent sur la situation qu'ils vivent et ça peut devenir très épuisant.

Consulter

Il serait souhaitable d'obtenir de l'aide de l'extérieur, d'un ami ou d'un intervenant. En ce qui concerne la famille, ce n'est pas l'idéal puisque ça risque de contaminer la relation. Un père, une mère qui nous aiment profondément prendront assurément pour nous, sans objectivité, et ne comprendront peut-être pas que vous choisissiez de demeurer avec cette personne qui vous a tant blessé.

Tenir les enfants loin du conflit

Il faut, à tout prix, éviter d'impliquer nos enfants là-dedans, peu importe la force de notre douleur. Ils n'ont pas à prendre parti, ni connaître les raisons de nos conflits ou, s'il y a lieu, de notre séparation. Qu'ils apprennent que papa ou maman ait trompé l'autre ne leur ferait que du tort. À moins, bien sûr, qu'ils en aient été témoins ou qu'on soit convaincu qu'ils l'apprendront éventuellement d'une tierce personne.

Q : Est-ce que c'est mieux de demeurer avec la personne ou de la quitter?

FSP : C'est seulement après avoir pris un temps de réflexion qu'on peut prendre une bonne décision, une fois la crise passée. Et ça peut prendre deux, trois, quatre mois. On doit se laisser du temps, on ne peut pas pardonner tout de suite. Lorsqu'on ne vit pas de réactions au début, elles reviendront plus tard.

Savoir si on reste ou si on part est un choix personnel, mais il y a des pistes qui peuvent enligner notre choix. Si notre partenaire refuse de comprendre et d'expliquer les raisons de son infidélité, qu'il nous rend responsable de son inconduite, qu'il n'exprime aucun remords, qu'il est insensible à ce qu'on vit et qu'il ne nous démontre pas qu'il tient à nous, la décision de le laisser pourrait s'avérer judicieuse. Il arrive parfois aussi que malgré tous nos efforts, la blessure soit trop profonde et que la seule solution demeure la séparation.

Par contre, la plupart du temps, la personne qui trompe ne soupçonnait pas à quel point son geste, son action pouvait être traumatisant pour l'autre. En le constatant, il éprouve souvent beaucoup de culpabilité et de honte.

Q : Comment arrive-t-on à refaire confiance quand on a été à ce point blessé?

FSP : Ça demande de bonnes heures de discussion et du temps. Puis, l'infidèle doit faire ses preuves. Dans la discussion après la crise, il faut s'entendre sur quelques points :

Qu'est-ce que tromper?

Il faut d'abord déterminer ensemble ce qu'est l'exclusivité : complimenter est-il tromper? Et se confier à une personne de l'autre sexe? Sortir avec un(e) ami(e)? Offrir de la tendresse à un autre? On doit jauger les limites de l'un et l'autre pour avoir la même définition de l'exclusivité. Il ne doit plus y avoir d'ambiguïté.

Limiter les situations menaçantes

En général, l'infidèle va éviter les sorties qui ne sont pas nécessaires, compromettantes, toutes les activités qui s'avèrent menaçantes pour l'autre.

Se rendre exclusif

Évidemment, il faudra qu'il mette un terme à sa relation parallèle, qu'il fasse ses preuves. Il faut comprendre que ça peut prendre un bout de temps, surtout s'il avait des sentiments amoureux à l'égard de sa maîtresse, de son amant. La personne trompée devra comprendre qu'il lui arrivera de le trouver dans la lune, distrait, plus distant. Il a un deuil à faire.

Cultiver la franchise

La confiance va se bâtir grâce à une totale transparence. L'infidèle devra dévoiler sa vulnérabilité, ses hésitations, ses doutes, sa reprise de contact avec sa maîtresse ou son ami, s'il y a lieu, pourvu que la personne trompée soit réceptive, sans quoi, la confiance ne pourra se faire.

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On s'attendra à ce que l'infidèle fasse un cheminement personnel, qu'il prouve à son conjoint qu'il (elle) est maintenant exclusif (ve).

Investir

Enfin, il faut s'appliquer à relancer la relation en fonction des critiques, des manquements de la relation, des sentiments des deux parties. Mais ça demande de l'amour, du temps, de la confiance, beaucoup de dialogue et de la persévérance. Sans souhaiter que ça se produise ou sans provoquer la situation, on se rend compte que souvent, cette épreuve peut amener les gens à questionner leur relation pour la bonifier.

Merci à François St Père, psychologue et médiateur familial, pour cette entrevue.

Violaine Dompierre, éditrice Canal Vie

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