Ce que j’ai appris sur mes enfants en confinement

Auteur
Marie-Ève Laforte
5 juin 2020

J’ai réalisé quelque chose l’autre jour… Alors que ça fera bientôt 3 mois que toute la famille est ensemble à la maison. Que jamais, depuis mes congés de maternité, je n’avais passé autant de temps avec mes enfants!

C’est fou hein? 

Comme je travaille à la maison en permanence avec un horaire flexible, je me considère très chanceuse, dans le sens où j’ai toujours pu, quand même, être là dans la vie de mes enfants. Mais ces derniers mois, j’ai commencé à voir différentes choses que ne comprenais pas bien sur eux. Voici quelques exemples.

 

À quel point ils manquent de sommeil dans la vie habituelle

Ma fille de 9 ans n’a jamais été une lève-tôt, comme nous, les parents. Lorsqu’elle va à l’école, elle se lève entre 7 heures et 7 heures 15. Sauf exception, c’est toujours très, très difficile pour elle.

Depuis le début du confinement, elle ne s’est jamais levée avant 9 heures. Et souvent c’est plutôt 9 :30, 10 :00, même 10 :45 une journée! Elle ne semble jamais être capable de dormir assez. Ça me fait beaucoup de peine de réaliser à quel point elle est, d’habitude, en déficit permanent de sommeil. Et c’est un vrai bonheur de voir comment elle est lorsqu’elle respecte son rythme naturel : beaucoup plus enjouée et la tête légère!

Quant à mon fils de 13 ans, il se lève présentement vers 9 :30 et il lui arrive même de faire des siestes dans l’après-midi! Ça ne s’était pas produit depuis qu’il était tout petit.

Mais pensez-y, comment ce serait fantastique de retour dans la vie «normale» si tout le monde pouvait vivre en accord avec son propre rythme de sommeil! (Depuis le confinement ça donne une drôle de situation dans la maison, où comme leur père et moi on se réveille souvent avant 6 :00, on a déjà une demie-journée de faite avant que les enfants se lèvent).

 

Ils sont beaucoup plus sociaux que moi

Je suis loin d’être une personne asociale, mais je me suis toujours bien accommodée de mon petit monde, à la maison. C’est certain que la distanciation sociale des derniers mois était plutôt extrême et que certains contacts me manquent. Mais en général, pendant les 3 derniers mois, je n’ai pas été non plus si pressée que tout recommence. Je suis plutôt bien dans notre bulle avec les 4 à la maison –c’est une situation qui ne se reproduira peut-être plus jamais! Je nous trouve en sécurité et je n’ai pas à m’inquiéter pour eux.

Mais je vois bien que mes enfants, eux, souffrent beaucoup du confinement et des restrictions sur leur vie habituelle. Les deux me l’expriment souvent, comment leurs amis, l’école et tout le reste leur manque, comment cette période les rend triste. Ça me fait drôle de réaliser que j’ai pu donner naissance à deux personnes qui maîtrisent beaucoup mieux cet aspect que moi!

 

Ils peuvent effectivement passer des journées entières sur des écrans

Ça, c’est une réalisation très triste, mais qui fait tout de même partie de la vraie vie! Avant le confinement, d’une manière un peu théorique, je me demandais ce qui arriverait si on les laissait faire une journée entière devant un écran; est-ce qu’ils se lasseraient d’eux-mêmes et feraient autre chose? Ça va beaucoup mieux maintenant, mais au début du confinement, alors que mon conjoint et moi étions sous le choc, à essayer de se refaire une routine et à travailler des heures de fou tous les deux, ils ont été un peu laissés à eux-mêmes. En me rappelant que c’était temporaire et que je devais faire ce qu’il fallait pour passer à travers #àmafaçon, j’ai décidé de ne pas me culpabiliser pour ça outre mesure. 

Et bien la réponse à ma question était non, ils ne se sont pas tannés d’eux-mêmes. Il y a eu quelques journées où ils n’ont à peu près rien fait sauf être devant des écrans. Sans grande surprise, pendant cette période, le moral dans la maison était plutôt bas et les enfants n’étaient certainement pas en top forme physique et mentale.

 

Passer du temps ensemble ne bénéficie pas à leur relation

Mes enfants ont presque 4 ans de différence, donc bien sûr qu’ils n’ont jamais été au même stade. Mais quand ils étaient plus petits, ils s’entendaient quand même bien. Leur seule année ensemble à la garderie, ils étaient mignons à voir. Et la prof de maternelle de ma fille m’avait déjà fait remarquer à quel point la relation entre les deux était belle, en me parlant du fait que le grand frère venait souvent voir sa petite sœur qui commençait l’école et qu’il en prenait bien soin.

J’ai les larmes aux yeux en me rappelant ceci parce que maintenant… La situation est explosive. Depuis le début du confinement, ils ont beaucoup de mal à être dans la même pièce sans se chicaner. Tout, tout, tout est propice à faire éclater un conflit et ça devient souvent carrément désagréable! Je croyais à tort que passer du temps ensemble allait les rapprocher et leur faire réaliser la valeur de s’avoir, l’un et l’autre. 

Il n’en est rien. Ils mènent carrément des vies parallèles et dès qu’ils ont le malheur de se croiser, il y a des étincelles. Ça me rend infiniment triste.

 

La vraie persévérance n’est pas toujours celle qui paraît

Mon fils termine son secondaire 1 au PEI; en lisant ceci, vous pensez peut-être que tout lui réussit. Il n’en est rien. C’est un enfant brillant, mais avec des défis et des difficultés qui se sont accentuées avec le confinement et l’école à distance. Problèmes d’organisation, travaux manquants, reprises, besoin de suivis : c’est incroyable de voir à quel point c’est ardu pour lui sans la structure de l’école. Dès la première semaine de confinement, il a eu des devoirs et travaux à remettre; la charge s’est accentuée avec le temps pour devenir très, très lourde.

Il a bien hâte à la fin de l’année; je ne le sens pas bien dans cette situation. Tout ce qu’il croit, c’est que malgré ses efforts, il n’est pas à la hauteur. Mais il n’a jamais lâché. Il a recommencé chaque fois qu’il fallait, il a pris le temps de remettre chaque travail. Il n’a jamais perdu sa motivation, ne s’est jamais découragé. 

Bien sûr, il ne se retrouve jamais dans les « Top 3 » (ni même les « Top 10 ») travaux de la classe pour lesquels il doit voter. Il n’aura jamais de mention au Gala des Prix d’Excellence. Personne de l’école ne va lui donner de tape dans le dos pour lui dire : « On les voit, tes efforts, même si ça ne donne pas les résultats escomptés ». Mais une chose est sûre, c’est que moi je les vois.

 

Marie-Ève Laforte

 

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