Rencontre avec une ancienne escorte

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Chaque semaine, notre sexologue Véronique Larivière propose un billet sur des sujets et des problématiques reliés à la sexualité dont vous n'avez jamais osé discuter. N'hésitez pas à commenter les billets et participer à la conversation.
3 avril 2011

Le métier d’escorte suscite énormément de curiosité. Comme c’est un milieu tabou et très effacé, ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance d’avoir les bonnes réponses à nos questions. Cette semaine, nous avons de la chance! Christine, une femme ayant déjà fait ce métier, nous raconte son histoire.

Le commencement

Christine est d’une générosité incroyable et avant de commencer l’entrevue, je la remercie d’avoir accepté de nous raconter son histoire.

« Ça me fait plaisir... Si ça peut aider des personnes a comprendre ce qu'est le métier d'escorte et à faire tomber les préjugés qu’ils entretiennent face à celles qui ont choisi de faire ce métier à un moment ou un autre de leur vie, ce sera ça d'accompli. »

Christine ne s’est pas levée un matin en se disant qu’elle voulait devenir escorte. Il a fallu que la vie la mette au pied du mur pour qu’elle prenne des informations sur le métier.

« J’étais séparée depuis quelques mois. Une séparation qui avait été très difficile puisque j'y avais laissé tous les biens que je possédais. Je venais de perdre un emploi et j’avais du mal à me trouver un emploi dans mon domaine. J'avais des enfants qui comptaient sur moi, un appartement à payer et un propriétaire pas très compréhensif bien que je payais toujours dans les temps. Je me voyais dans une impasse, je ne dormais plus, ne savais plus quoi faire alors, non sans crainte, j'ai pris le journal et je suis entrée en contact avec une agence d'escortes. »

L’agence qu’elle a contactée l’a tout de suite mise en confiance. Bien qu’elle était très craintive, elle a accepté de la visiter afin d’avoir quelques explications sur leur fonctionnement.

« J'étais effectivement confiante, mais lorsque j'y repense aujourd'hui je crois que c'était tout de même risqué de procéder de cette façon. Vais-je pouvoir sortir de ce milieu lorsque j'en aurai envie? Vais-je être violentée? Vais-je me faire enlever ? On fait rapidement le lien avec des documentaires et des films qu'on a déjà vu et qui étaient loin de mettre le métier tout de rose! »

Aménagé dans un local contenant quatre chambres, Christine a été agréablement surprise de l’ambiance des lieux. Les filles attendaient leurs clients dans un salon décoré avec goût où elles pouvaient lire, étudier ou regarder la télé. Aucune consommation n’était permise, les filles qui ne respectaient pas ce règlement se voyaient remerciée de l’agence.  

« Certains clients venaient directement sur place car ils connaissaient l'endroit. D'autres téléphonaient et demandaient si leur préférées étaient disponibles et quelques-uns téléphonaient pour un déplacement à domicile ou dans un hôtel de la ville. Pour les déplacements, lorsque le client n'avait pas sa régulière, le téléphoniste, donnait une description des filles aux clients et ce dernier choisissait simplement la fille qu'il voulait. »

La rencontre des clients

Vient alors le moment fatidique : un client la choisi pour la première fois! Comment s’est-elle sentie ?

« En fait, j'étais stressée. C'était un client régulier de l'agence et ce qu'il voulait, c'était une soirée au resto en charmante compagnie pour terminer à sa chambre d'hôtel. D'une certaine façon, la glace se cassait plus doucement pour moi. C'était un homme d'affaire vers la fin quarantaine, encore très beau monsieur. Il avait aimé le fait que je me démarquais des autres par mon attitude plus de femme d'affaire; tailleur sexy sans blouse afin de laisser voir mon soutient gorge. […]  Je savais me présenter. Je serrais toujours la main des potentiels clients d'une bonne poignée en les regardant dans les yeux et je leur servais mon plus beau sourire.»

Avant de débuter la soirée, Christine est passée chez elle pour se changer. Accompagnée d’un chauffeur, elle rejoint son client qui l’attendait déjà au restaurant.

« Ce qui est surprenant, c'est que j'ai passé une agréable soirée, bien qu'un peu stressée pour la suite. Mais comme nous avons beaucoup parlé pendant le repas le reste s'est très bien passé. Je ne me suis ni sentie forcée ou pas respectée. Le tout s'est fait tellement naturellement. Ce client est d'ailleurs devenu un régulier par la suite. Je le voyais de cette façon presque toutes les semaines. Parfois nous avions des relations sexuelles et d'autres fois non. »

Que recherchait-il exactement?
 
« Simplement de passer un bon moment en bonne compagnie. Il n'était pas en couple (généralement lorsqu'ils le sont, ils le disent) mais ne voulait pas d'une relation durable et n'avait pas le gout de sortir draguer. Il avait les moyens alors pour lui c'était la chose facile à faire. Il s'assurait que la relation se limitait à une relation "d'affaire" agréable. »

Christine avait ses clients réguliers, surtout des hommes d’affaires. Certains avaient simplement besoin de compagnie et ne lui donnaient rendez-vous que pour discuter. Elle se considère chanceuse malgré une fois où elle est tombée sur un client…acharné!

« Lorsque ça reste une relation d'affaire pour les deux parties ça va très bien mais lorsqu'un s’éprend de toi, ça complique beaucoup les choses. Ça peut même faire peur. Le propriétaire a du s'en mêler une fois. Cet homme voulait me sortir de ce monde et faire sa vie avec moi. Le sexe et l'amour c'est deux choses. […] Les histoires à la Pretty Woman, j'en ai vu et c'est vrai que ça arrive.»

Un boulot payant !

Par curiosité, je demande à Christine le fonctionnement du salaire. Est-ce par contribution volontaire ou par salaire fixe ?

« J’avais un tarif de base. 200$ la première heure car je devais payer mon chauffeur et la téléphoniste et c'était 160$ pour les heures suivantes. Je donnais également un pourcentage à l'agence qui servait à payer le local, la publicité etc. […] Le problème, c'est que bien que sur le coup, on ne fait pas ce métier par choix, on fini par prendre l'habitude de ce dernier et on prend surtout goût à l'argent que ça apporte parce qu'une bonne escorte gagne beaucoup de sous. »

Être escorte, c’est payant mais beaucoup de dépenses sont nécessaires pour garder la « tête de l’emploi ». Les nouveaux vêtements, les dessous, le maquillage, Christine devait continuellement se renouveler. Elle l’a fait pendant un an et demi. Elle a meublé son appartement, s’est acheté une voiture et s’est mis des sous de côté pour sa famille. Ses clients l’ont gâté : fleurs, chocolats, lingeries, soupers dans les meilleurs restos, les plus belles chambres d’hôtel, etc. Alors pourquoi a-t-elle cessé d’exercer ce métier ? 

« L'épuisement psychologique je dirais. Je ne crois pas que c'est un métier que tu peux pratiquer longtemps en restant saine d'esprit. C'est très demandant. Tu dois être l'amie, l'amante et parfois même la psychologue. À un certain moment je rentrais chez moi complètement vidée, je me sentais seule et je me suis rendue compte que je voulais plus. J'avais besoin d'être aimé, de recevoir et de ne pas simplement donner.»

Le mot d’ordre : Prudence!

Travailler comme escorte a permis à Christine de reprendre confiance en elle. Suite à une relation teintée de violence psychologique qui lui avait enlevée son estime de soi, elle s’est rendue compte qu’elle était une femme belle et attirante. De plus, grâce à son ouverture d’esprit, elle juge beaucoup moins rapidement les gens. Elle a tout de même un message à transmettre à celles qui voudraient exercer le métier d’escorte.

« Prudence... Ce que j'ai vécu n'est pas nécessairement ce que toutes pourraient vivre. J'ai eu la chance de tomber sur deux très bonnes agences ce qui n'est peut-être pas toujours le cas. Les gains sont très alléchants, mais on court toujours un risque. J'espère simplement faire tomber un peu les jugements que l'on peut porter sur les escortes. Je ne suis pas une mauvaise fille, ni une droguée ou un déchet de la société. Je suis une femme comme beaucoup d'autres, qui s'est retrouvée dans une situation qui n’était pas évidente à un certain moment. Je pourrais être votre sœur, votre voisine, votre camarade d'étude universitaire ou votre amie. Je ne suis pas différente des autres femmes. J'ai juste un petit jardin secret. »

Merci beaucoup d’avoir partagé votre histoire avec nous!

Véronique Larivière, sexologue


Commentaires
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wow
par zelda911 le 28/05/2011 à 12h29
Je suis un peu en retard sur ma lecture, mais WOw quelle belle entrevue! J'adore.

c'est pas tous les jours qu'on a la chance d'entendre les histoires de filles comme Christine, qui de plus est, semble très ouverte.

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