C'est le carême... Et si la privation vous faisait savourer la vie?

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Dans une société où l'opulence est une marque de succès, de plus en plus de femmes, d'hommes, s'imposent des privations qui, en fin de compte, sont sources de fierté. Simplicité volontaire, jeûnes, sont souvent porteurs de succès qui marquent une étape de vie.

Le jeûne, style de vie

Le jeûne gagne en popularité, notamment chez les adeptes des médecines douces. Ils y voient un moyen de soulager certains maux tels la constipation, les troubles digestifs, les maladies du foie, voire l'eczéma et la migraine. Il débute seize heures après la prise du dernier repas et peut se prolonger durant quelques heures ou quelques jours.

Dans les 40 premières heures du jeûne, l'organisme consomme les excédents en glucose et glycogène. La sensation de faim disparaît pour laisser place à un bien-être, affirment ses défenseurs. Puis, le jeûne provoque un phénomène de « digestion interne » de nombreux éléments cellulaires.

Le jeûne est également utilisé, par certains, comme régime plus ou moins drastique. Il permet de perdre, en moyenne, quelque cinq kilos par semaine. Toutefois, la consommation de bouillon et de jus de fruits est nécessaire pour maintenir un apport calorique minimal, mais ce type de jeûne n'est pas recommandé par les médecins. En plus d'entraîner des carences multiples et d'être incompatible avec les activités sociales et professionnelles, il diminue les défenses immunitaires naturelles et accroît les risques de troubles digestifs et cardio-vasculaires.

Jeûne et performance

Chez certains athlètes, le jeûne fait partie des éléments préparatoires à une performance sportive ou physique. Les guides de haute montagne, les fondeurs, les cyclistes qui participent à des épreuves d'endurance appliquent souvent des jeûnes de quelques heures, ou de quelques jours, avant l'épreuve. Parmi les adeptes de ce type de préparation, le tennisman Yannick Noah, # 3 mondial en 1986, est l'un des plus connus.

Jeûne et grossesse

Certaines femmes pratiquent le jeûne pour favoriser la grossesse. Au cours du week-end précédant la conception, elles s'imposent un jeûne pour dépolluer leur corps, ce qui serait favorable à la santé de leur futur bébé.

Les privations

Dans notre société qui favorise la consommation, se priver va nettement à contresens. Chez certains, cette privation est imposée en raison du manque de ressources financières. Nous connaissons tous des familles qui vivent sous le seuil de la pauvreté et qui, pour des raisons évidentes, doivent se priver de biens parfois essentiels, parfois « luxueux ».

D'autres, et ils sont nombreux, choisissent de se priver d'un bien superflu, à seule fin de remporter une victoire sur eux-mêmes. Vous avez envie de cette paire de souliers, de ce nouvel écran plat, qui trône dans la vitrine d'un commerce? En rongeant sur certaines dépenses (quelques repas au restaurant le midi, par exemple), vous pourriez vous l'offrir sans trop hypothéquer votre budget. Mais vous faites le choix de ne pas l'acheter, ou d'en reporter l'acquisition. Chaque geste équivaut à une petite victoire sur vous-même, sur la course effrénée à la consommation. Vous en tirerez sûrement une certaine satisfaction, plus ou moins grande, selon l'effort consenti.

Victoire après victoire

Il en va de même pour ceux et celles qui, pour des raisons personnelles, choisissent de se départir de certains biens, de certaines habitudes, voire de cesser, durant quelques jours de consommer cette petite gâterie qui fait tant plaisir. Imaginez un beignet qui vous met l'eau à la bouche. En choisissant de ne pas en manger durant cinq ou sept jours, vous en apprécierez davantage le goût lorsque viendra le temps de vous récompenser.

Pour d'autres, l'automobile, prisée par les Nord-américains, devient un bien superflu. Ils éviteront de se présenter chez un concessionnaire automobile ou se départiront même du leur, pour privilégier le transport en commun.

Pour un athlète, chaque petite victoire, chaque amélioration de ses performances, constitue un nouveau palier vers le but ultime : la médaille d'or, le trophée convoité de tous. Il en va de même pour chaque privation qui vous mène vers la plus grande satisfaction : celle de gagner des points qui augmenteront vous propre estime.

La simplicité volontaire

Courant social, art de vivre ou philosophie personnelle, la simplicité volontaire touche plusieurs aspects de votre vie. Ce courant, implanté au Québec à la fin des années 90, s'appuie sur une réduction de la consommation en vue de mener une vie plus axée sur des valeurs essentielles. L'adepte privilégie l'être, le partage et les relations humaines, plutôt que l'argent et la possession. Il fuit l'endettement excessif, la consommation effrénée, les agendas chargés et l'épuisement professionnel.

Vers le plaisir...

Quels que soient le jeûne, la privation, le choix de vie qu'une personne s'impose, elle en retire toujours une certaine fierté. La perte de poids, des gains au chapitre de l'état de santé physique et mental, l'équilibre financier, valent certainement quelques efforts. Chaque étape augmentera votre fierté personnelle. Au surplus, cette démarche peut, et doit, se traduire par de petites gâteries qui augmenteront votre plaisir et... votre fierté. À vous de déterminer lesquelles.

Puisez dans vos souvenirs, vous retrouverez sans doute un ou plusieurs choix qui, s'ils s'avéraient difficiles au départ, vous ont rempli d'aise. Rappelez-vous cette paire de souliers convoitée et que vous avez laissée dans l'étalage du marchand. Quelques semaines ou quelques mois plus tard, vous avez sans doute trouvé une paire encore plus belle, au même prix ou moins onéreuse, qui s'agençait parfaitement avec plusieurs éléments de votre garde-robe. Oui, les privations procurent des plaisirs!

Jeûne et privations font également partie des dogmes religieux depuis des centaines d'années, voire des millénaires. Le Christianisme, l'Islam, l'Hindouisme, le Bahaïsme et la tradition juive imposent ce mode de vie, sur quelques heures ou quelques jours, pour purifier le corps et l'âme avant une fête religieuse importante. Depuis le début du 20e siècle, la « grève de la faim » est utilisée à des fins politiques et/ou de revendications. Mais, quelle que soit votre motivation, vous en retirerez sûrement quelque chose.

Henri Michaud, rédacteur Canal Vie

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