Quand on a des doutes sur les soins prodigués à un proche dans un centre hospitalier

Entrevue de Mme Jacqueline Rioux – Épisode « Maltraité en fin de vie »

Lorsque son conjoint doit être placé en CHSLD - sa santé ne lui permettant plus de rester à la maison - Mme Rioux pense faire le meilleur choix pour leur qualité de vie à tous les deux. Mais au fil du temps surviennent des doutes quant à la manière dont son conjoint est traité. Elle décide d’en avoir le cœur net et prend les grands moyens pour faire la preuve qu’il subit régulièrement de mauvais traitements de la part du personnel de l’établissement.

Combien de temps après que votre conjoint ait été placé avez-vous commencé à avoir des doutes sur la manière dont il était traité?

Il a emménagé dans le CHSLD en juin 2010 et c’est vers la fin de cette même année que j’ai eu mes premiers doutes.

Quel a été l’élément déclencheur qui vous a poussé à entreprendre toute cette démarche de mise en lumière?

Je voyais des blessures. Je demandais ce qui était arrivé, mais je n’avais pas de réponses. On ne me donnait pas l’heure juste. À partir de là, j’ai décidé de mettre une caméra dans sa chambre afin d’en avoir le cœur net.

Comment étiez-vous capable d’aller le voir chaque jour et de lui dire d'attendre « encore un peu »?

Ce n’était pas facile de le voir souffrir… Mais je l’ai assuré que j’allais m’occuper de son problème, que j’allais trouver une solution et mettre fin à tout ça. Je lui ai parlé de mon plan de mettre une caméra. Je lui ai dit que tous les actes de maltraitance allaient cesser. Et j’ai vu dans son regard et son sourire qu’il était content.

Avez-vous déjà eu peur que toute votre action ne serve à rien si votre conjoint décédait subitement, ou des suites de mauvais traitements?

Je ne pense pas que la nature des traitements aurait pu le faire partir plus tôt. Malgré tout, je me suis posé plusieurs fois des questions sur la qualité des soins qu’il recevait, surtout à la fin.

Dans la même veine, vous est-il arrivé de penser qu’on le maltraiterait encore plus si on venait à apprendre que des actions avaient été prises pour prendre les coupables sur le fait?

Je pense qu’une telle action aurait été impossible. Ça ne m’est même pas venu à l’idée, en fait. J’étais sûre que cette action aurait pour conséquence de meilleurs traitements.

Par contre, je me suis rendu compte quelques jours après la conférence de presse que sa chambre avait été fouillée de fond en comble parce que des câbles auxquels personne ne devait toucher étaient débranchés. Je pense que certaines personnes ont essayé de trouver où était cachée la caméra. Mais bien sûr, nous l’avions enlevée avant la conférence.

Est-ce qu’il vous est arrivé de ne plus supporter la situation et de vous dire « on arrête tout, on lui trouve un autre endroit pour finir sa vie? »

Non. Je me suis dit que ce qui s’était passé ici devait se régler ici. Mon mari aurait été perturbé et mêlé si on l’avait changé d’endroit. Et puis, c’est un peu la même chose partout. Il y a toujours des personnes qui ne sont pas à leur place. On ne pouvait pas savoir si les choses se passeraient mieux ailleurs.

Malgré votre prise de position publique, il y a encore fréquemment des cas de maltraitance dans les CHSLD. Selon vous, quel serait le moyen de régler ça une fois pour toutes?

Il faudrait que les gens n’aient pas peur de dénoncer lorsqu’ils ont des doutes. Il faudrait aussi une meilleure administration, malgré le manque de moyens et de personnel qualifié, parce que la formation que reçoivent les employés est souvent trop rapide et ils n’ont pas toujours le temps d’apprendre à bien prendre soin des patients.

Et puis, surtout, ce n’est pas toujours leur vocation. Seulement ceux et celles qui aiment les personnes âgées devraient être autorisés à prendre soin d’eux, pas seulement pour leur chèque de paye, mais par amour. Travailler avec les personnes âgées et malades, ça doit être une vocation. Ce n’est pas tout le monde qui est capable de le faire, c’est un don.

Aujourd’hui, avez-vous des craintes lorsque vous pensez au jour où vous devrez peut-être vous aussi entrer dans un CHSLD?

Oh oui! Mais j’ai gardé ma caméra! Et j’ai demandé à mes filles de l’installer dans ma chambre, le jour venu, si elles ont le moindre doute sur les traitements que je reçois, même si je ne suis pas en mesure de leur parler. Honnêtement, j’espère ne pas avoir à finir mes jours dans un CHSLD.

Je suis certaine qu’une grande partie des suicides de personnes âgées aujourd’hui sont liés à la crainte de devoir finir leur vie dans un centre. Moi, je ne pense pas que j’en arriverais là, mais je peux comprendre.

Et pour finir, avec tout ce que vous savez aujourd'hui, quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui doit choisir un CHSLD pour un proche?

On ne sait jamais à l’avance. Ce ne sont pas les centres en eux-mêmes qui sont bons ou mauvais, ce sont les personnes qui y travaillent. Malheureusement, c’est juste une fois sur place que l’on peut savoir si le centre est « bien » ou non. Et d’ailleurs, la plupart d’entre eux sont bien, mais on ne sait malheureusement pas qui va s’occuper de nous…

Et puis, pour éviter des situations de maltraitance, il faut parler autour de soi des problèmes qui pourraient survenir et rester vigilant. On ne peut pas toujours se fier à ce que racontent les intervenants. Il faut observer et être à l’écoute de nos proches malades.

Propos recueillis par Cécile Moreschi, rédactrice Canal Vie

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