Les complications post-accouchement : les fissures anales

Accoucher n’est certes pas une chose facile. Cependant, dans les pays industrialisés, il est devenu beaucoup moins dangereux de le faire qu’auparavant. Or, malgré le fait d’avoir accouché sans trop de difficultés et de tenir un petit bébé tout rose dans les bras, il se peut que vous soyez aux prises avec des complications post-accouchement. Une d’entre elles : les fissures anales.

Ce que c’est

La fissure anale est une lésion superficielle de la paroi du canal anal (à la base du rectum). Plusieurs facteurs peuvent en être la cause, dont la grossesse et l’accouchement. Ainsi, si vous souffrez de douleurs vives et de saignements lorsque vous allez à la selle, vous êtes probablement aux prises avec une ou plusieurs fissures anales. Ces dernières sont beaucoup plus pénibles que les hémorroïdes et souvent plus longues à guérir. Généralement, si elle est soignée rapidement, une fissure anale disparaît au bout de 24 à 48 heures. Cependant, si elle persiste, elle peut devenir chronique.

Les symptômes

Les fissures anales sont souvent très douloureuses. Elles provoquent une douleur aigüe lors de la défécation (sensation de brûlure). Or, lorsqu’il y a douleur au niveau du rectum, ce dernier se contracte, provoquant une seconde douleur, plus sourde, et qui peut durer plusieurs heures suite à l’évacuation des selles. La plupart du temps, la fissure est accompagnée de saignements légers que l’on peut observer à la surface des selles ou sur le papier hygiénique. Elle peut aussi être la cause de démangeaisons de l’anus (prurit anal).

Les causes

Les fissures anales sont courantes chez les adultes touchés par des crises de constipation répétées; forcer pour évacuer des selles dures et volumineuses est dommageable pour la paroi du canal anal.  Or, c’est souvent le cas lors d’une grossesse et à la suite de l’accouchement. Effectivement, les femmes enceintes (tout comme les personnes âgées) sont souvent aux prises avec ce problème puisque le flux sanguin irriguant la paroi de leur canal anal est restreint ou ralenti. L’accouchement peut aussi prédisposer le canal anal aux fissures puisque les fortes poussées fragilisent non seulement le périnée, mais aussi l’anus. De plus, la prise de certains médicaments recommandés pour soulager la douleur après l’accouchement (les anti-inflammatoires de style Naprosyn, notamment) ont comme effet secondaire d’occasionner de la constipation.

Les complications

Lorsqu’elle n’est pas guérie adéquatement la fissure anale peut devenir chronique, ce qui risque d’entraîner davantage de constipation, celle-ci étant une réaction « réflexe » en réponse à la douleur éprouvée au moment de l’expulsion des selles. Cette complication aggrave la fissure anale. Ainsi s’amorce un cercle vicieux : plus l’appréhension d’aller à la selle est importante, plus les risques de constipation réflexe sont élevés et plus l’évacuation des selles sera douloureuse.

Par ailleurs, le sang présent dans les selles (souvent lié à la fissure elle-même) pourrait aussi être la cause de problèmes plus graves. Si c’est le cas, consultez votre médecin sans tarder.

Le traitement maison

Puisqu’elles sont extrêmement douloureuses, il est conseillé de traiter rapidement les fissures anales pour éviter qu’elles ne deviennent chroniques. Afin de soulager la douleur et de guérir rapidement, il est recommandé de :

  • faire des bains de siège d’eau chaude de 10 à 15 minutes, 2 à 3 fois par jour (afin de détendre l’anus);
  • appliquer de la vaseline sur l’anus avant la selle, ce qui favorisera son passage;
  • ajouter des fibres de psyllium à votre alimentation (de style Métamucil);
  • prendre des émollients pour ramollir les selles (docusate de sodium (de style Colace) ou poudre d’orme rouge);
  • boire beaucoup d’eau (surtout si vous prenez du Métamucil ou du Colace parce que ces produits peuvent causer l’effet inverse en cas d’hydratation inadéquate);
  • prendre de l’ibuprofène (style Advil) si la douleur est trop présente.

Puisque la récidive des fissures anales n’est pas rare, il est recommandé, afin de les prévenir, de modifier quelques habitudes de vie telles que :

  • privilégier les aliments riches en fibres;
  • éviter les aliments qui ont la propriété de constiper ou de déshydrater;
  • boire beaucoup d’eau;
  • faire de l’exercice physique régulièrement;
  • aller à la selle dès que le besoin se fait sentir;
  • éviter de forcer pour évacuer les selles.

Faites également attention à certains facteurs qui pourraient nuire à leur guérison, tels que :

  • porter des vêtements, ceintures, porte-bébé trop serrés à la taille;
  • être en position assise trop longtemps;
  • s’asseoir sur un beigne (contrairement à ce qu’on peut penser, le beigne nuit à la guérison des fissures anales puisqu’il coupe la circulation autour du périnée).

Le traitement médical

Bien que, dans la majorité des cas, les fissures anales se traitent sans avoir recours à la chirurgie, des médicaments peuvent cependant être prescrits afin d’accélérer la guérison (tels qu’une crème ou des suppositoires à base d’hydrocortisone (par exemple Cortaid - ou d’autres stéroïdes). Ces derniers aident à réduire l’inflammation des tissus, mais ils sont peu utiles pour la guérison de la fissure.

Une pommade de nifédipine ou de nitroglycérine peut aussi être prescrite par le médecin. Elle aide à dilater les vaisseaux sanguins autour de la lésion et accélère ainsi la cicatrisation. Ces pommades favorisent aussi la relaxation des spasmes musculaires du sphincter. La crème à base de nitroglycérine risque toutefois de déclencher des maux de tête parfois sérieux. Si cette crème est utilisée, un suivi médical est nécessaire.

Si vous allaitez, informez-vous toujours auprès de votre médecin, ainsi que de votre pharmacien, avant de prendre des médicaments. Certains ne sont pas compatibles avec l’allaitement.

Une autre approche thérapeutique consiste à injecter de la toxine botulique (Botox) au sphincter. En effet, en paralysant les muscles, la toxine calme les spasmes et favorise la guérison. Cependant, puisque ce traitement coûte cher, il est donc peu utilisé.
Enfin, des laxatifs plus puissants que ceux trouvés en pharmacie peuvent être prescrits durant le traitement pour éliminer ou réduire les problèmes de constipation et laisser à la lésion le temps de guérir.

La chirurgie

Si les symptômes ne sont pas disparus après 6 à 8 semaines de traitement, une chirurgie pourrait être envisagée par votre médecin. L’intervention consiste à couper et retirer une partie des muscles du sphincter pour enrayer les spasmes et favoriser la guérison. Il faut toutefois savoir que, bien qu’ils soient minimes, les risques d’une incontinence anale permanente postopératoire sont possibles.


Catherine Darlington, rédactrice Canal Vie
 

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