La résistance aux antibiotiques

Depuis plusieurs dizaines d’années, un grand nombre de maladies et d’infections d’origines bactériennes sont traitées à l’aide d’antibiotiques. Toutefois, il est de plus en plus fréquent d’entendre parler de « résistance aux antibiotiques », au point que, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plusieurs des médicaments les plus courants pourraient être totalement inefficaces d’ici 10 à 20 ans.

Mais en quoi consiste la résistance aux antibiotiques exactement? Comment ce phénomène s'est-il développé avec les années? Et surtout, pourquoi est-ce aujourd’hui un enjeu de santé publique?

Que sont les antibiotiques?

Le terme est devenu tellement courant que l’on ne sait pas toujours en quoi consiste ce type de médicament, et surtout, contre quelle maladie il est efficace. Depuis leur découverte au début du 20e siècle, les antibiotiques ont permis de sauver des milliers de vie,  de traiter des maladies autrefois fatales, et d’améliorer l’espérance de vie d’environ une dizaine d’années dans de nombreux pays.

Ce sont en fait des médicaments « vivants », composés de molécules naturelles, semi-synthétiques ou synthétiques, créées afin de lutter contre des bactéries ou groupes de bactéries qui causent une maladie particulière.

Toutefois, ils sont inefficaces contre les troubles causés par un virus (grippe, rhume, etc.) ou par un champignon.

La résistance aux antibiotiques 

Les bactéries à l’origine des maladies sont, elles aussi, des organismes vivants, et elles évoluent avec le temps, au fur et à mesure qu’elles sont confrontées à des molécules externes. Ainsi, certaines bactéries mutent progressivement, et deviennent résistantes : les médicaments qui devraient normalement les exterminer n’ont plus aucun effet. De nombreuses raisons font qu’une grande partie de la population développe désormais une résistance à ces médicaments.

La résistance aux antibiotiques peut se manifester de plusieurs façons :

  • Une infection bactérienne peut devenir plus difficile à soigner, les symptômes sont plus sérieux, et nécessitent parfois une hospitalisation et un temps de convalescence plus long.
  • Les antibiotiques habituellement utilisés pour traiter une certaine maladie deviennent inefficaces.
  • La personne malade peut contracter une superbactérie comme le SARM, l’ERV ou le C. difficile (pas seulement en milieu hospitalier).
  • La personne malade peut contracter une autre forme de bactérie qui est résistante à toutes les sortes d’antibiotiques qui existent.

Pourquoi devient-on résistant aux antibiotiques?

Plusieurs recherches ont démontré que la résistance aux antibiotiques est inévitable. Elle est causée principalement par la surexposition aux organismes antibiotiques :

  • Dans les médicaments : trop d’antibiotiques sont prescrits (ou parfois exigés par les patients) pour des maladies non bactériennes ou des maladies bactériennes mineures qui pourraient être traitées plus simplement.
  • Dans la nourriture que nous mangeons : les animaux, tout comme les produits d’origine végétale, sont souvent traités avec des antibiotiques.
  • Dans certains produits d’usage ménager qui sont remplis de molécules antibactériennes.

De plus, il arrive aussi que des médicaments antibiotiques mal utilisés soient à l’origine d’une résistance : par exemple, lorsqu’on cesse un traitement trop rapidement, quand on le prolonge plus longtemps que prévu, quand on se débarrasse des médicaments d’une mauvaise façon (dans l’évier ou les toilettes), quand on conserve des restes d’antibiotiques pour une utilisation ultérieure, etc.

La résistance aux antibiotiques est-elle dangereuse?

On enregistre désormais des taux grandissants de résistance aux antibiotiques sur toute la planète, avec des pics dans les pays dont les conditions générales d’hygiène sont les plus faibles. Un rapport de l’OMS publié récemment (avril 2014) affirme qu’on se dirige vers une ère postantibiotique, et que des maladies qui étaient considérées comme bénignes depuis plusieurs dizaines d’années pourraient à nouveau se propager et redevenir mortelles.

Certains chercheurs et firmes pharmacologiques pensent qu’il faudrait créer de nouveaux antibiotiques capables de combattre les mégabactéries résistantes, alors que d’autres préfèrent promouvoir un retour à l’utilisation éclairée et très occasionnelle des antibiotiques. En effet, si les bactéries ont réussi à muter une première fois, elles peuvent le faire encore. Et le problème reviendrait de manière encore plus virulente dans quelques dizaines d’années.

Comment éviter de développer une résistance aux antibiotiques?

Il est impossible de donner une solution miracle contre la résistance aux antibiotiques. La population est toutefois invitée à revoir ses habitudes de consommation d’antibiotiques au moyen de campagnes de sensibilisation qui se développent un peu partout sur la planète. Au Québec, vous avez surement vu des affiches à ce sujet dans les cliniques, hôpitaux et CLSC : « Les antibiotiques : en faire bon usage, c’est sage! » 

Cette campagne aurait d’ores et déjà permis à la province de diminuer de manière notable sa consommation d’antibiotiques par rapport aux autres provinces. Mais la lutte est loin d’être gagnée, et certaines actions permettent de diminuer les risques de développer une résistance :

  • Lorsque vous êtes malade, dites à votre médecin que vous aimeriez mieux une option sans antibiotiques.
  • Lorsque la prescription d’antibiotiques est la seule option possible contre votre maladie, suivez bien toutes les recommandations du médecin : heures et doses, nombres de jours exacts de traitement, etc.
  • Ne jamais garder et réutiliser des antibiotiques.
  • Rapporter les antibiotiques non utilisés à la pharmacie.
  • En cas de maladie, restez à la maison, et lavez-vous les mains fréquemment afin d’éviter de partager vos microbes.

Cécile Moreschi, rédactrice Canal Vie

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