La dysphorie du genre

Auteur
Marie-Ève Laforte

Qu'est réellement la dysphorie de genre? Est-ce la même chose qu'être transgenre? Comment les personnes affectées vivent cette différence? On vous explique tout.

 

Qu’est-ce que la dysphorie du genre?

Cela signifie qu’une personne éprouve, en tout temps et souvent depuis le plus jeune âge, un très grand inconfort à la fois physique et mental par rapport à son genre assigné. Alors que son corps est celui d’un garçon par exemple, sa tête et son cœur affirment plutôt le contraire. C’est comme si son corps et son cerveau lui envoyaient constamment des messages contradictoires et difficiles à réconcilier.

Certaines personnes transgenres se souviennent d’avoir eu, très jeune déjà, l’impression de ne pas appartenir au « bon » genre pour eux. Pour d’autres, le processus est plus confus et ces gens vont passer beaucoup d’années à chercher ce qui ne va pas avant de comprendre et d’entreprendre une démarche.

Certaines personnes ont décrit cet état comme l’équivalent de « se retrouver dans un endroit où l’on sait qu’on n’est vraiment pas à notre place et que notre seule pensée est d’en sortir au plus vite. Sauf qu’il n’y a pas d’autre endroit où aller; ni porte, ni sortie, ni refuge. »

Ce malaise permanent cause non seulement une grande souffrance, mais peut également affecter le fonctionnement de la personne à tous les niveaux : personnel, social et professionnel.

 

Définitions et information de base

Cisgenre désigne une personne qui est à l’aise avec son sexe biologique et son genre. 

Transgenre correspond plutôt à la démarche (transition) qu’effectue une personne qui souffre de dysphorie du genre. La dysphorie serait donc la cause et devenir transgenre devient à la fois la solution et le résultat. Les deux termes sont assez reliés, avec leurs subtilités propres. Une personne transgenre qui est bien avec son corps peut ne plus éprouver de dysphorie du genre, mais ce n’est pas toujours le cas.

Transsexuel réfère plutôt à quelqu’un qui a subi une chirurgie de réaffectation du sexe, ce qui n’est pas le cas de toutes les personnes transgenres. De nombreux transgenres n’apprécient pas ce terme, qui fait directement référence à la sexualité alors que le genre est beaucoup plus large et plus « construit » que ça. En général, transgenre, qui est plus large et multi-facettes, est le terme à privilégier.

La dysphorie du genre est distincte de l’orientation sexuelle. 

Ce trouble affecterait environ 0,5 % de la population. Aux États-Unis, il y aurait en ce moment environ 1,4 millions de personnes transgenres.

 

Les étapes de la transition

Chez l’enfant, avant la puberté, les interventions seront plutôt de l’ordre de l’accompagnement, médical mais aussi auprès de professionnels tels que des psychologues, psycho-éducateurs, etc. 

Avant la majorité, le seul traitement possible est la prise d’hormones, qui permet de retarder la puberté dans le sexe non-désiré et ainsi de gagner du temps. 

Chez les adultes, il existe différents traitements qui allient la psychothérapie à la prise d’hormones ainsi que des chirurgies, à la fois primaire (de réattribution du sexe) et secondaires (modification du visage, implants ou ablation mammaire, etc.) 

Chez les plus jeunes comme les plus vieux, la transition se vit à un rythme qui est propre à chacun et qui respecte différentes étapes. Cette transition comporte plusieurs aspects physiques, légaux, psychologiques et médicaux, qui peuvent différer d’une personne à l’autre. S’habiller ou se présenter physiquement comme une personne du genre souhaité devant les autres est une étape majeure, qui peut se faire doucement au fil du temps ou encore d’un seul coup. Changer de nom et de pronom est une autre étape importante.

Ce ne sont pas toutes les personnes transgenres qui subissent une thérapie de réaffectation du sexe, c’est-à-dire qui passent à travers le processus médical et chirurgical relié. 

 

Un risque accru de maladie mentale

De par leur souffrance ainsi qu’à cause de l’isolement et du regard des autres, les personnes qui présentent une dysphorie du genre sont plus à risque que la population générale d’éprouver des troubles mentaux : anxiété, dépression, mutilation, détresse psychologique… Le tiers des jeunes transgenres ont déjà fait une tentative de suicide. Il est donc primordial de les soutenir et de les comprendre.

 

Le suivi médical

Il existe à Montréal une clinique spécialisée pour les personnes (adultes) transgenres : la clinique OPUS.

Il y a de plus une clinique pédiatrique, le Centre de santé Meraki, qui prend en charge les enfants avec une variance du genre ainsi que les jeunes adultes trans.

Au Canada, 5 hôpitaux pour enfants traitent les problématiques de genre, incluant l’Hôpital de Montréal pour enfants. Le Dr. Shuvo Ghosh est le seul pédiatre spécialiste de ces questions au Québec.

L’organisme Enfants Transgenres Canada peut également procurer des ressources. 

 

Ce qu’il faut faire en cas de dysphorie du genre

La clé pour mieux comprendre les personnes différentes demeure toujours l’empathie. Ceux qui côtoient un enfant ou une personne vivant avec une dysphorie du genre ou en transition peuvent choisir d’être des allié(e)s, en traitant ces personnes exactement comme les autres, en expliquant simplement aux enfants ce qui se passe afin de dédramatiser la situation, en prônant au quotidien le respect et la diversité, etc. Ce que les personnes affectées par ce trouble souhaitent, c’est simplement de pouvoir être elles-mêmes; plus leur expérience à l’école, avec les pairs, au travail et dans la communauté leur permettra de le faire et moins leur parcours sera difficile.

Comme parent ou comme proche d’un enfant qui exprime de manière constante et répétée son inconfort avec son sexe biologique, il est très important de ne pas lui faire sentir que ce qu’il vit (et qui est ancré au plus profond de lui) est honteux! Le mieux est de consulter le plus rapidement possible afin d’obtenir un suivi, du support et de mieux voir venir les prochaines étapes. 

 

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