Le jour où j’ai arrêté d’être grosse

Peut-être faites-vous partie des quelque 20 000 personnes qui suivent déjà l’aventure de Valérie Fraser sur sa page Facebook. Et sinon, cette histoire encourageante et touchante pourra vous prouver qu’avec assez de volonté et de persévérance, il est toujours possible de se reprendre en main, de prendre soin de soi et d’atteindre nos objectifs, quelles que soient les difficultés rencontrées.

Valérie est une jeune femme qui a un jour décidé de se battre contre l’obésité afin d’effectuer des changements durables dans sa vie quotidienne et son état de santé. Elle a généreusement accepté de répondre à nos questions.

Pouvez-nous nous parler d’abord brièvement de votre vie avant la page FB. Qu’est-ce qui a mené à cet évènement qui allait changer votre vie?

J’ai toujours été une petite fille et une adolescente avec des problèmes de poids et j’ai forgé mon caractère, ma personnalité autour de ça. C’est lorsque je me suis retrouvée en appartement que j’ai réalisé que j’avais un problème face à l’alimentation. Je ne me nourrissais que dans les fast-foods, je ne préparais jamais à manger, je ne prenais plus les transports en commun pour éviter les regards et le jugement des autres, je ne marchais plus et ne faisais pas de sport.

Comme on peut s’y attendre, j’ai aussi commencé à avoir des problèmes de santé et dû subir des opérations chirurgicales. Alors que je n’avais que 23 ans, les médecins pensaient que je ne pourrais pas passer le cap de la trentaine. Malgré tout, cette révélation n’a pas été comme une alarme pour moi et j’ai simplement continué à vivre ma vie et manger comme je l’avais toujours fait.

Est-ce que c’est un évènement en particulier qui vous a poussé à prendre cette décision de prendre soin de vous, ou le résultat d’une remise en question progressive?

Depuis toujours, je voyais simplement mon surplus de poids comme un trait physique sans le relier à mon état de santé. Je faisais beaucoup d’autodérision et m’appelait moi-même « la grosse » avant que les autres ne le fassent. Petit à petit, je trouvais cela moins drôle, je voulais faire les mêmes activités que mes amis.

À un moment donné, j’ai commencé à comprendre que je perdais du temps et que ma vie passait, que mon bonheur et ma santé étaient liés à mon surplus de poids. Presque inconsciemment, j’en suis venue à la conclusion que quelque chose devait changer et j’ai donc décidé, du jour au lendemain, d’effectuer les changements nécessaires.

C’est le 26 avril 2012 que j’ai décidé, en mon for intérieur, que tout devait changer. Personne n’était au courant de ma décision. J’ai posté sur Facebook une vidéo pour avertir tous mes proches de ma décision de « virer de bord » et tout le monde l’a appris en même temps.

Au début, vous avez choisi de créer la page pour recevoir l’encouragement de vos proches, ou pour être certaine de ne pas abandonner en chemin, ou un peu des deux?

Au début, j’ai créé cette page pour ne pas mélanger mon Facebook personnel avec mon aventure de remise en santé, sans jamais penser qu’elle deviendrait aussi populaire. Je n’avais pas l’intention de devenir une personnalité publique et je n’étais même pas certaine au début d’être capable de réussir mon combat.

Vous avez en ce moment près de 20 000 personnes qui vous suivent. C’est énorme! Vous attendiez-vous à ce que tellement de personnes vous encouragent? Et pensez-vous que les résultats auraient été différents si vous n’aviez pas eu la communauté FB à vos côtés?

Il faut comprendre que changer mon alimentation ou aller au gym reste avant tout une décision personnelle. Je suis la seule responsable de ce qui entre dans ma bouche ou de mes activités sportives quotidiennes. Mais effectivement, voir toutes ces personnes qui suivaient mes progrès, m’encourageaient et me trouvaient inspirante m’a aidée à avoir confiance en moi.

Je ne suis plus la même personne aujourd’hui, grâce à toutes ces personnes qui m’ont aidée à prendre confiance, je suis devenue plus forte. Et c’est une relation à double sens, parce que plus le monde m’encourage, plus je leur donne aussi de moi-même.

Pourriez-vous nous dire à quoi ressemblait votre alimentation quotidienne avant d’entamer votre démarche? C’était quoi, une journée type?

D’abord, je ne déjeunais jamais. Je commençais vers midi avec un grand cappuccino glacé, des toasts, un beigne ou une danoise…

Ensuite, en après-midi, je mangeais un trio dans un fast-food, accompagné de deux autres sandwichs en extra.

Mon repas du soir ressemblait à celui de midi. J’ajoutais même parfois un 2e trio, ou des croquettes, je prenais les plus gros formats de frites et de liqueurs.

Le soir, en arrivant à la maison, je prenais des biscuits, du lait, du fromage, du chocolat, un peu de tout… Il y avait toujours chez moi quelque chose pour pallier à mon manque de nourriture.

Et aujourd’hui, qu’est-ce qu’on peut trouver dans votre réfrigérateur et votre garde-manger?

Il n’y a pas grand-chose, à vrai dire, on dirait que je suis pauvre! Je me conditionne à ne rien avoir chez moi qui me donnerait envie de manger, qui provoquerait une « rage de nourriture. » Je consomme beaucoup de poisson et fruits de mer, je garde des potages, des fruits et légumes dans mon congélateur. Le seul produit un peu plus calorique dans mon frigo, c’est du fromage à la crème réduit en gras, parce qu’il faut bien se gâter de temps en temps!

Maintenant, je fais mon épicerie dans des fruiteries pour éviter de passer dans des allées remplies de croustilles ou de crème glacée, pas parce que cela me donnerait envie d’en acheter, mais parce que je n’ai plus besoin de voir ces aliments dans ma vie, de les associer à des émotions ou des souvenirs. Je préfère associer mon bonheur aux fruits et légumes que je vois dans une fruiterie que me sentir triste parce que je ne peux pas m’acheter un aliment en particulier dans une épicerie.

Vous avez aussi commencé à vous entrainer…

Ce n’était pas facile au début, mais maintenant, je m’entraine entre 4 et 5 fois par semaine par séances de 1 h 30 à 2 h. Je marche tous les jours et je pratique de temps en temps d’autres activités sportives en plus.

Quels résultats avez-vous obtenus depuis le début de votre démarche?

J’en suis à 130 lb de perdues… Mais je ne me pèse qu’une seule fois par 2 mois. Je ne considère pas le poids comme autre chose que des chiffres. Je ne compte pas les calories. Je vois les choses à long terme…

Depuis le début de cette aventure, vous êtes devenue un modèle pour de nombreuses personnes : vous participez à des émissions de télé et de radio, des entrevues, même une séance photo… Comment vivez-vous cette célébrité?

Au début, on m’a souvent demandé pourquoi je faisais tout ça, puisque j’affirmais que je n’étais pas en recherche de popularité. Aujourd’hui, je pense que Facebook peut atteindre ses limites et que si j’ai la possibilité d’encourager quelqu’un à me prendre pour modèle pour changer sa vie en m’entendant à la radio ou la télévision, cela en vaut la peine. Ce sont tout le temps les gens qui m’approchent pour les projets auxquels j’ai participé et je réfléchis toujours avant de m’engager parce que je ne souhaite pas tomber dans ce piège de la « vedette instantanée d’Internet. »

En même temps, j’ai toujours adoré le monde des médias alors tout ce qui m’arrive en ce moment, c’est comme un rêve qui se réalise. Je vois aussi tout ça comme une sorte de « rémunération » pour toutes les heures de travail que j’ai faites sur moi, pour le temps que je prends à répondre aux courriels. Enfin, je crois que mon discours est encore plus efficace que ma page Facebook et je souhaite en faire profiter le plus de personnes possible.

Et vous avez aussi écrit un livre… Parlez-nous-en un peu…

L’ouvrage sortira au mois de février prochain. Je l’écris en collaboration avec mon amie Marianne Prairie (qui était avant dans les Moquettes coquettes.) Nous en sommes actuellement aux dernières corrections et à la finalisation du projet. C’est un gros livre qui surprendra sûrement les lecteurs. Ils s’attendent peut-être à une sorte de guide pour savoir comment perdre du poids, mais c’est vraiment plus personnel que ça.

Je souhaite montrer aux gens comment être ou se sentir gros est avant tout dans notre tête. J’y dévoile beaucoup de choses très personnelles et je souhaite aider les lecteurs à valoriser leur estime personnelle et leur confiance en eux. Je pense rejoindre un autre public avec ce livre et je crois être assez forte pour devenir la voix de ceux qui ne parlent pas. J’ai vraiment hâte que le livre sorte et je pense qu’il sera une grosse bible de l’estime de soi pour les 18-40 ans.

Pour finir, quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui n’ose pas faire le premier pas pour se reprendre en main?

Mon premier conseil, c’est qu’il faut arrêter de penser à peut-être faire quelque chose, mais vivre le moment présent et s’ouvrir l’esprit à vouloir vraiment changer. Et pour cela, la première chose nécessaire c’est d’être bien dans sa peau. Une fois qu’on est bien dans sa peau, comme on est, on peut penser à changer pour améliorer sa santé. Une fois que l’on réussit à s’accepter et s’aimer comme on est, c’est la moitié du chemin qui est fait et le reste suit sans qu’on ait besoin de se forcer. Avant toute chose, il faut arrêter de se sentir lâche, arrêter de culpabiliser parce qu’on est gros…

Ensuite, une fois que le processus est enclenché, c’est pas toujours évident de poursuivre nos résolutions. Par exemple, il arrive qu’on n’ait pas envie d’aller au gym ou qu’on pense que c’est une perte de temps, mais dans ce cas, il faut se poser la question suivante « Qu'est-ce qui pourrait exister au monde qui soit mieux que prendre soin de soi et de sa santé? » Une fois cela en tête, on peut trouver des moyens de rendre tout plus amusant…

Enfin, il faut s’ouvrir aux gens autour de nous, parler à ceux qui nous entourent et trouver des bonnes oreilles qui vont nous écouter et nous encourager dans notre démarche.

Merci infiniment à Valérie Fraser pour son temps, son ouverture et sa grande générosité…


Propos recueillis par Cécile Moreschi, rédactrice Canal Vie

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