La conciliation travail-famille

Peut-on être à la fois un parent présent, un employé performant, un ami disponible sans sacrifier quelque chose? Sans avoir l'impression qu'on fait tout à la course et de travers? Peut-on occuper tous nos rôles en simultané de façon satisfaisante? Nous sommes de plus en plus nombreux à en douter et à remettre en question l'organisation de nos vies.

Au Canada, un demi-million de travailleurs s'absentent temporairement chaque semaine pour des raisons reliées au surmenage. On évalue que trois millions de Canadiens souffriront d'un burn-out au cours de leur vie. Au Québec, on évalue que 30 à 50 % des absences de longue durée sont causées par des problèmes de santé mentale tels que l'épuisement, l'anxiété et la dépression.

Pourquoi sommes-nous tous essoufflés?

Que se passe-t-il? Plusieurs raisons peuvent expliquer cette tendance.

Femmes au travail

Premièrement, la proportion de femmes qui occupent un emploi ne cesse d'augmenter. En 1970, 30 % des mères d'enfants de moins de 6 ans étaient sur le marché de l'emploi. Selon Statistique Canada, cette proportion est passée à 78 %. Donc dans la majorité des familles, les deux parents travaillent à l'extérieur du foyer, ce qui entraîne un stress important. On connaît tous la course garderie-boulot-garderie-maison-souper-devoirs-bain-dodo. Ouf! Et malgré tous les progrès faits en matière d'équité et d'égalité, ce sont encore les femmes qui accomplissent la majorité des tâches ménagères et qui prennent soin des enfants.

Licenciements fréquents

Les vagues de coupures massives des dernières années peuvent aussi expliquer ce désir d'équilibre qu'éprouvent beaucoup de travailleurs. De nos jours, personne ne s'illusionne : ce n'est pas parce qu'on a sué sang et eau et qu'on a sacrifié soirs et week-ends pour notre employeur qu'on est à l'abri du licenciement. Il semble que personne ne soit irremplaçable et la terre n'arrête pas de tourner pendant notre absence. Dur constat pour ceux et celles qui avaient misé sur le travail pour se bâtir une identité et pour qui la performance était le moteur de leur vie.

Le besoin de loisirs plus important

On assiste à une désacralisation du travail. Alors que pendant des générations, on mettait sur un piédestal les bourreaux travail et les superwoman et qu'on scandait que le travail « c'est la santé », on voit maintenant arriver une génération de travailleurs jaloux de leur qualité de vie et peu enclins à tout sacrifier pour gravir les échelons. Ils aspirent à un équilibre et leurs attentes semblent de plus en plus légitimes pour la majorité d'entre nous.

La difficulté à faire des choix

Les femmes d'aujourd'hui ont beaucoup de difficulté à faire des choix dans leur vie. Et on les comprend! Ainsi, elles veulent être une bonne mère (jouer avec les enfants, cuisiner santé et maison, faire des sorties éducatives...) une bonne épouse, une bonne employée, une bonne amie, une bonne ménagère... Elles n'acceptent pas de laisser tomber certains aspects de leur vie, pour arriver à vivre calmement. Résultat : elles courent tout le temps... et s'épuisent. Par exemple, à l'époque, les mamans ne jouaient pour la plupart pas avec leurs enfants! Ça ne faisait pas partie de leur rôle de maman. Maintenant, quand on ne consacre pas une partie de sa journée à passer du temps de qualité avec eux, on se sent coupable. Pour palier à ça, on en fait plus que ce que notre corps est capable de supporter.

Comment reprendre son souffle?

Vous êtes essoufflés, au bout du rouleau? Le simple fait d'admettre qu'on en a assez et qu'on a besoin d'un changement est un premier pas important. Il faut ensuite tenter d'identifier la sphère de votre vie qui vous pèse le plus.

Est-ce la course du matin et du soir qui vous essouffle? Ou c'est la culpabilité que vous éprouvez à confier votre enfant à un service de garde qui vous ronge? Il se peut que vous vous rendiez compte que vous avez tous mis vos oeufs dans le même panier en vous dévouant à votre travail. Ou bien que vous vous être éparpillé dans de multiples rôles et que vous avez l'impression de n'obtenir de succès nulle part. Il se peut également que ce soit la nature même de votre travail qui vous déplaise.

Quelle que soit votre décision, elle doit être en accord avec vos valeurs et vos aspirations. Si c'est le cas, vous serez en mesure de faire fi des commentaires déplaisants des uns qui ne comprennent pas votre désir de rester à la maison, ou des autres qui vous trouvent sans-coeur de faire garder votre enfant.

Des pistes de solutions au travail

Bien des solutions s'offrent à vous et de plus en plus d'employeurs sont ouverts à la conciliation travail-famille. Il vous faudra peut-être créer un précédent en proposant une façon de travailler nouvelle dans votre entreprise. Il n'en coûte rien de demander. L'important est d'arriver préparée. Quelle que soit la solution proposée, faites vos devoirs. Pensez aux pour et aux contres pour vous et votre employeur et proposez des solutions. Montrez que vous avez pensé à votre affaire et que votre demande est sérieuse.

Les horaires flexibles

De plus en plus d'entreprises acceptent que les employés commencent à travailler plus tôt pour finir plus tôt. Il est ainsi possible de partager entre les parents la tâche d'aller reconduire et chercher les enfants à la garderie ou à l'école

La semaine de quatre jours

On peut aussi proposer cette solution à notre employeur. Faites vos devoirs et assurez-vous d'être en mesure d'éponger la perte de revenus de 20 %. Et prenez bien garde de ne pas vous épuiser en faisant cinq jours de travail en quatre. Votre charge de travail devrait également être réduite de 20 %.

L'allégement des tâches

Si c'est la solution qui vous semble la plus réaliste dans votre situation, assurez-vous d'arriver avec un plan clair des tâches qui devraient être déléguées.

Le télétravail

Si le télétravail n'est pas courant dans votre entreprise, c'est la solution qui vous demandera le plus de préparation avant de la présenter à votre patron. Proposez un horaire type en incluant des journées fixes où vous serez au bureau. Montrez-vous flexible en identifiant les périodes de l'année où votre présence est préférable. Le télétravail n'est pas une panacée. Il demande de la discipline et de l'organisation. Et il est parfois difficile de mettre le travail de côté quand l'ordinateur trône sur la table de cuisine.

Démissionner et rester à la maison

C'est de loin la décision qui vous demandera le plus de réflexion. Avant de se lancer, il faut prendre le temps de penser à l'impact que ce retrait du marché du travail aura sur votre carrière. Il est également sage de réfléchir à votre éventuel retour au travail. Bien sûr, l'impact financier de cette décision n'est pas à négliger.

Malgré votre préparation et votre détermination, votre patron refuse votre offre? Si vous éprouvez une très grande déception, c'est signe qu'un changement est nécessaire à votre santé et à votre bien-être. Il vous faudra peut-être changer d'emploi et trouver une entreprise dont les valeurs se rapprochent plus des vôtres.

Des pistes de solutions à la maison

Si c'est les matins et les soirs qui sapent votre énergie, il suffit peut-être de repenser l'organisation des horaires et des tâches de la maisonnée.

Un partage plus équitable des tâches

Si vous êtes responsable de conduire les enfants à l'école et à la garderie, de planifier et de préparer les repas, de l'épicerie, du ménage... il n'est pas étonnant que vous soyez épuisé. Et vous êtes en droit de demander de l'aide. On s'assoit, on dresse la liste des tâches à faire. On évalue ensuite si tout ce qui se trouve sur cette liste est vital. On s'en met souvent beaucoup trop sur les épaules. Il est peut-être temps d'arrêter de repasser vos linges à vaisselle! Ensuite, on délègue. Vos enfants les plus vieux peuvent aussi être mis à contribution. On met le tout par écrit et on l'affiche sur le frigo.

Faites appel à votre réseau

Vos parents, vos amis et vos voisins peuvent vous aider à alléger votre horaire en partageant avec vous le voiturage des enfants, par exemple. Il suffit de demander. On peut aussi se regrouper entre amis et faire de la cuisine collective.

Faites appel à des ressources externes

Si votre budget vous le permet, l'embauche d'une femme de ménage peut alléger grandement votre horaire des week-ends. Il existe également des ressources gratuites pour vous aider à planifier vos menus. Par exemple, le site SOS Cuisine fournit menus et liste d'épicerie pour les cinq soupers de la semaine selon des critères que vous établissez vous-même (nombre de personnes, préférences alimentaires, allergies). De plus, les menus sont bâtis en fonction des promotions de la semaine dans les épiceries.

Faites du ménage!

Au sens propre comme au figuré. Désencombrez votre maison, votre garage, votre sous-sol et votre calendrier. Débarrassez-vous ce que vous n'utilisez plus et laissez tomber les activités qui ne procurent pas de plaisir à personne dans la maison. Le fouillis dans nos garde-robes et nos agendas nous épuise souvent mentalement.

Pour poursuivre sa réflexion :

  • La section Conciliation travail-famille du site du ministère de la Famille et des aînés du Québec. On y présente les programmes gouvernementaux en plus de proposer divers liens et ressources.
  • Y a-t-il un parent dans la salle? Réflexions pas banales et solutions originales pour une conciliation travail-famille optimale de Martyne Huot. Éditions Transcontinental.

Henri Michaud, rédacteur Canal Vie

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