Apprendre à dire non

La voisine vient de vous demander de garder son chien pendant ses vacances. Bien sûr, vous avez dit oui, même si au fond de vous, vous pensiez non. C'est aussi à vous que votre mère demande pour l'accompagner à ses rendez-vous chez le médecin. Elle ne demande jamais à vos soeurs. Peut-être parce que vous dites toujours oui? Ah oui! Il y a aussi le comité de parents de l'école qui accapare votre précieux temps. Cela fait deux ans que vous désirez vous retirer, mais vous êtes incapable de le faire le temps venu. On compte tellement sur vous...

Vous reconnaissez-vous dans ces exemples? Êtes-vous de celles sur qui on peut toujours compter, de celles qui ne disent jamais non? Pas évident d'admettre que votre générosité puisse être un « problème ». C'est une belle qualité qui devient un défaut lorsqu'on accorde plus d'attention aux besoins des autres qu'aux nôtres. Dans ce contexte, rendre service à tout le monde c'est, au bout du compte, rendre service à personne. Le temps est venu d'apprendre à dire non aux autres et de dire oui à nos aspirations profondes. Loin d'être négatifs, nos « non » indiquent aux autres quelles sont nos limites, nos frontières. C'est par eux bien souvent qu'on s'affirme. Alors pourquoi avons-nous tant de difficulté à les assumer?

Pourquoi dit-on oui à tout?

On peut penser que c'est par souci de plaire que certaines personnes sont incapables de dire non. Et c'est en partie vrai. On apprend jeune qu'il faut être gentil si on veut se faire des amis. Mais dire oui, c'est aussi éviter la confrontation. Et comme confrontation sous-entend « agressivité », il n'est pas étonnant de constater que les femmes sont plus souvent aux prises avec ce genre de problème.

Habituellement, notre incapacité à dire non ne touche pas toutes les sphères de nos vies. On peut, par exemple, très bien réussir à s'affirmer à la maison, mais être incapable de dire non aux demandes de nos collègues ou de notre patron. Cependant, les gens qui ont été victimes de mauvais traitement dans leur enfance et qui ont associé « non » à « danger » sont incapables de dire non, peu importe la situation.

D'où vient cette manie?

On l'a dit plus haut, on nous a tous inculqué plus ou moins les mêmes notions de civisme. Si on est gentil, qu'on prête nos jouets, qu'on dit oui, nos parents sont contents et on se fait des amis. Mais avant d'en arriver là, l'enfant aura passé par la redoutable et redoutée phase du « non ». Les parents, avec beaucoup de patience, réussissent habituellement à enseigner à l'enfant qu'il peut s'affirmer tout en restant poli et agréable. Cependant, si les parents ont été trop rigides ou autoritaires et ont passé le message que s'affirmer était mal, il sera difficile pour l'enfant de prendre sa place. Il deviendra un bon enfant « obéissant » qui, plus tard, conservera une relation infantile à l'autorité.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, cette incapacité à dire non peut, dans certains cas, être un moyen maladroit de consolider une estime de soi défaillante. Chez certaines personnes, les demandes qui fusent de toute part procurent un sentiment de toute puissance. Elles se sentent indispensables, irremplaçables. Dans d'autres cas, on dit oui à tout, car on veut prouver aux autres et à soi qu'on peut tout faire. Dire non serait un signe de faiblesse.

Conséquences à long terme

Alors, êtes-vous simplement généreux ou êtes-vous incapables de vous affirmer?

Certains signes ne mentent pas. Si les demandes de vos proches, de vos collègues, sont devenues une source de frustration et que vous accumuler du ressentiment, il est temps de jouer franc jeu avec votre entourage. Avec le temps, la colère accumulée risque d'éclater pour la moindre broutille et vous engager dans des confrontations autrement plus compromettantes que celles que vous tentez tant d'éviter. Vous risquez également de passer votre temps à vous en vouloir d'avoir dit oui alors que vous pensiez non, à vous trouver lâche et sans courage, bref à empirer l'état déjà précaire de l'estime que vous vous portez.

Il se peut aussi que vous perdiez de la crédibilité auprès des gens qui vous entourent. Loin d'être dupes, ils sentent bien que vous acceptez parfois leurs demandes à contrecoeur. Ils ressentent votre malaise. Avec le temps, ils en viendront à douter de votre sincérité et se demanderont s'il s'agissait là d'un oui sincère ou d'un non caché.

Apprendre à formuler nos refus

Avant toute chose, si on veut être en mesure d'exprimer ce qu'on ne veut pas, il faut savoir ce qu'on veut. Cela peut paraître simpliste, mais après des années à répondre aux besoins des autres, il est parfois difficile d'identifier nos propres désirs et goûts. Donc, comme pour toute démarche de croissance, on commence par un peu d'introspection. Quelles sont nos envies? Nos limites? On essaie de voir si nos activités, nos obligations, notre vie cadrent bien avec ce à quoi on aspire profondément.

On fait aussi un inventaire de nos « oui ». Quelles sont les circonstances pour lesquelles on a dit oui? Sommes-nous à l'aise avec cette réponse? Notre emploi du temps est-il monopolisé pas le même type de demande ou par la même personne?

Le plus difficile est bien sûr de refuser les demandes. Et pour cela, il n'y a pas de trucs infaillibles. C'est avec de la pratique qu'on arrivera à bien formuler nos refus. Voici quelques conseils :

Vous n'êtes pas obligé de donner une réponse immédiatement

Demandez du temps pour réfléchir. Vous pourrez ainsi bien formuler votre réponse.

Soyez ferme

Une fois votre décision prise et votre réponse donnée, ne vous laissez pas influencer par la déception de l'autre.

Vous n'êtes pas responsable des émotions des autres

Vous avez dit oui dans le passé pour ménager les susceptibilités, mais cela n'est pas votre responsabilité. Concentrez-vous sur ce qui vous appartient : votre bien-être et vos désirs.

Donnez-vous le droit de revenir sur votre décision

Vous avez dit oui, mais garder le chien de la voisine est une tâche qui ne peut cadrer dans le calendrier familial sans mettre l'horaire de toute la maisonnée sens dessus dessous. Vous avez le droit de revenir sur cette décision. Soyez franc et expliquez pourquoi clairement.

Pour poursuivre sa réflexion :

  • Cessez d'être gentil soyez vrai! Être avec les autres en restant soi-même, de Thomas d'Ansembourg. Éditions de l'Homme.
  • Comment dire non : savoir refuser sans offenser, de William Ury. Éditions du Seuil

Henri Michaud, rédacteur Canal Vie

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