Quand on est victime de fraude et qu’on a tout perdu

Cette entrevue a été réalisée dans le cadre de la série Cris du cœur : « Affronter la justice des puissants »

Alors qu’ils pensent avoir fait de bons choix pour leur planification de retraire, Michel et Lise Vézina apprennent un jour qu’ils ont perdu toutes leurs économies dans la fameuse affaire Norbourg. Pourtant, au lieu de baisser les bras, ils engagent un combat sans merci afin de récupérer leur dû et d’aider les autres personnes dans la même situation.

 M. Vézina, un homme pourtant assez réservé, devient le porte-parole des floués, pendant que son épouse l’assiste et le soutient à l’arrière-plan. Parce que, comme le dit le proverbe, derrière chaque grand homme, il y a une grande femme. D’ordinaire très secrète, Mme Lise Vézina n’a accordé que très peu d’entrevues durant toute l’histoire, mais elle a accepté de répondre aux questions de Canal Vie.

Quelle a été votre première réaction lorsque vous avez appris que vous aviez probablement perdu toutes vos économies?

En fait, mon mari avait appris la mauvaise nouvelle par téléphone, mais il ne m’en a pas parlé tout de suite…  Il n’a pas osé, car il avait peur de me décevoir. Ensuite, le courtier a rappelé dans le courant de la journée pour savoir comment nous nous sentions, mais mon conjoint était absent. Je n’étais au courant de rien et c’est notre courtier qui m’a appris ce qui se passait!

Au début, on ne savait pas si c’était seulement une partie ou la totalité de nos économies qui étaient perdues, mais la confirmation est venue quelques jours plus tard : il ne restait rien du tout! Moi, je ne recevais pas de pension et celle de mon mari n’était pas très élevée. On s’est donc retrouvés avec un compte en banque vide. On avait l’espoir que les choses finiraient par s’arranger, mais en attendant, il fallait retrousser nos manches et continuer à vivre…

Est-ce que les changements d’humeur, de vous-même ou de votre conjoint, ont créé des tensions qui n’existaient pas auparavant dans votre couple?

Non, pas du tout. On est mariés depuis 52 ans. On a appris à gérer les situations difficiles de la vie. C’était une épreuve de plus.

Pendant tout le processus, nous avons eu un seul accrochage en lien avec l’affaire Norbourg, parce qu’un journaliste souhaitait organiser une réunion à notre domicile et je n’ai pas accepté.

Avez-vous vous souffert physiquement de tout ce stress?

En effet, avant toute cette histoire, mon mari avait un peu de haute pression, mais tout était bien contrôlé. Sa santé s’est détériorée à la suite de l’annonce et il a dû subir de nombreux tests. D’ailleurs, il est encore régulièrement  suivi à l’hôpital maintenant. En ce qui me concerne, j’ai aussi des problèmes de haute pression, mais ça ne s’est pas aggravé.

Est-ce que toute la pression et l’inquiétude liées à l’affaire Norbourg vous ont isolées de vos proches, vos amis?

Exactement. Nous nous sommes sentis très isolés. Plusieurs amis nous ont dit par la suite qu’ils n’osaient pas nous visiter ou nous téléphoner, car ils ne savaient pas comment réagir ou quoi dire pour nous réconforter.

Moi, je faisais du bénévolat à l’école de mon petit-fils et à un moment donné, j’ai décidé d’arrêter parce qu’on ne me disait même plus bonjour. Les gens me voyaient et ne parlaient plus que de l’affaire Norbourg. J’en entendais assez parler entre la télévision, les journaux et la radio. Je ne voulais pas en plus en entendre parler à l’école.

J’ai aussi arrêté d’aller faire l’épicerie avec mon mari parce que je ne supportais plus de me faire arrêter sans cesse dans la rue par des gens qui reconnaissaient mon mari.

Quand votre conjoint était au cœur des médias, vous étiez généralement en retrait, mais vous l’avez soutenu en tout temps. Y-a-t-il eu des moments pendant lesquels vous auriez voulu tout abandonner, retrouver une vie normale, même si cela voulait dire une vie sans argent ou presque?

Moi, j’aurais laissé tomber… Mais mon mari a vécu tout ça comme une thérapie. Le fait de passer à la télévision et de parler de l’affaire aux médias l’aidait à passer par-dessus. Dans mon cas, j’avais besoin de tranquillité. J’ai accepté d’aider mon conjoint dans ses recherches, de le soutenir à l’arrière-plan, mais pas devant les médias.

Vous êtes-vous parfois demandé si vous alliez vraiment vous en sortir? Est-ce qu’il y a des jours où vous vous êtes sentie désespérée face à l’impuissance?

Non. Nous avons toujours gardé confiance. Nous avions un bon avocat spécialisé dans les recours collectifs et un courtier exemplaire. Même lorsque les gens autour de nous semblaient incertains, nous avons gardé l’espoir de voir les choses s’arranger.

Aujourd’hui, vous avez obtenu réparation, au moins en partie… Est-ce qu’il vous arrive encore fréquemment de penser à toute l’histoire, ou est-ce que c’est enterré dans le passé?

Depuis que c’est réglé, je ne veux plus rien dans la maison qui me fait penser à cette affaire. Nous nous sommes débarrassés de toutes les coupures de journaux, de tout ce qui est en lien avec cette histoire. Nous n’en parlons plus jamais. Nous sommes passés à autre chose.

Pensez-vous que cette épreuve que vous avez surmontée ensemble a soudé encore plus votre relation, vous a rapproché?

Pour être honnête, notre relation est restée pareil. Les circonstances extérieures n’ont pas changé la relation que nous avons depuis 52 ans.

Quels sont vos sentiments aujourd’hui face à toute cette bataille? Êtes-vous simplement soulagée, épuisée… fière de ce que vous avez accompli ensemble?

On est effectivement fiers d’être allés jusqu’au bout. Évidemment, on aurait préféré recevoir une indemnisation pour les 100 % de l’argent perdu, mais on se dit qu’on a fait un bon travail, pour nous et aussi pour toutes les autres personnes flouées. Mon mari était devant les caméras et moi à l’arrière, mais il avait besoin de ce soutien. On a travaillé en équipe!

Quel est le premier conseil que vous donneriez à quelqu’un qui craint d’avoir perdu les économies de toute une vie?

C’est difficile de donner des conseils, parce que toutes les situations sont différentes. Mais avant tout, je dirais surtout aux personnes âgées de faire attention à ne pas se faire arnaquer. Il est préférable de chercher la sécurité plutôt que les gros rendements.

Aujourd’hui, vous profitez de la vie et de votre retraite…

Oui. Nous avons toujours voulu voyager et maintenant, nous pouvons le faire. Nous sommes déjà partis en Allemagne et nous y retournerons l’automne prochain parce que nous avons trouvé ce pays magnifique. Et puis nous partons aussi dans le Sud dans quelques semaines pour échapper à l’hiver. Ces voyages nous permettent d’oublier tout le stress des dernières années et créent de merveilleux souvenirs…

Propos recueillis par Cécile Moreschi, rédactrice Canal Vie

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