Le métier de thanatopracteur (embaumeur)

Auteur
David Nathan
Le métier de thanatopracteur (embaumeur)

S'il existe un métier qui suscite autant la crainte que l'incompréhension, c'est bien celui de thanatopracteur, ou embaumeur. Pour en savoir plus sur cette profession très mal connue, nous avons rencontré Isabelle Lavoie, thanatopractrice depuis 17 ans chez Alfred Dallaire Memoria.

Pour faire simple, on peut dire que son travail consiste à rendre présentable le défunt pour qu'il puisse être exposé dans les meilleures conditions possible. Ce travail doit s’effectuer le plus tôt possible après le décès et comprend plusieurs phases. « On commence par le nettoyage du défunt, puis on procède à l'embaumement qui consiste à retirer le sang et à le remplacer par des fluides de conservation qui sont un mélange de formaldéhyde, d'eau et d'autres produits chimiques qu'une machine envoie dans le corps, explique Isabelle Lavoie. Une fois cette opération terminée, il faut traiter les viscères en pratiquant une sorte de liposuccion pour aspirer notamment les matières fécales, l'urine et différents liquides ». Il est important de préciser que tous les organes restent à l'intérieur du corps. Le thanatopracteur lavera à nouveau le défunt, l'habillera, le peignera et le maquillera.

Trois heures de soin par corps

Si le temps moyen que passe un thanatopracteur à l'embaumement est de 3h, ce chiffre peut évidemment varier en fonction de l'état du corps. Si, par exemple, c’est celui d'un accidenté de la route ou d'une personne qui s'est jetée sous un train, un travail de reconstruction sera vraisemblablement nécessaire et entrainera des heures de travail supplémentaires. Parmi les défis auxquels le thanatopracteur doit faire face, il y a celui de rendre le corps du défunt au plus proche de son apparence avant le décès. Pour y parvenir, il travaille à partir de photos que la famille lui donne. « Quand le défunt est mort de maladie, souvent il y a beaucoup de maigreur; dans ce cas-là, on utilise un liquide sous-cutané qui va gonfler les tissus et redonner du volume, continue Isabelle Lavoie.

Dans le cas d'un corps trop gonflé, qui présente des formes d'œdème, il va falloir plus de temps, et l’utilisation d’une solution à base de sel pour et permettre à l'eau de s'évacuer par gravité ». Tout thanatopracteur qui se respecte doit savoir également jouer du pinceau. « Le maquillage est à la fois utilisé sur le corps des femmes, de façon esthétique, idéalement la plus proche de la façon dont elle se maquillait, mais aussi pour créer des formes, dit la thanatopractrice. En jouant avec les points chauds et froids, les teintes de blanc, de rose, on va pouvoir amplifier ou au contraire creuser les traits du visage en fonction de ce qu'on recherche ».

La mort au quotidien

Pour la plupart d'entre nous, la mort reste un tabou et la côtoyer de si près au quotidien peut sembler effrayant. Pas pour Isabelle Lavoie. « La mort des autres ne me gêne pas du tout, la mienne en revanche oui! Plaisante la thanatopractrice. Je n'ai aucun problème à exercer ce métier, car j'ai un très grand détachement par rapport à ça. Je passe des heures chaque jour avec les corps, mais quand je rentre à la maison, j'oublie tout », explique-t-elle. Isabelle Lavoie nous confie que son détachement est tel qu'elle peut embaumer le corps d'un enfant qui a l'âge d'un des siens sans en être affectée pour autant. Un thanatopracteur embaumera chaque mois de 30 à 40 corps. Pour ceux que le métier intéresse, le collège Rosemont de Montréal est l'unique cégep au Québec à offrir une formation en thanatologie.

Source : l'Art de l'embaumement, une introduction à la Thanatopraxie, Éric Bourgeois, Éditions Berger.

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