La fois où je n’ai pas eu besoin de serpillère...

Quelques mois avant mon entrée à l’École Nationale de l’humour, j’ai travaillé comme serveuse au restaurant St-Hubert du Complexe Desjardins, pour son ouverture. Je faisais donc partie de la toute première équipe de service de l’établissement; j’ai donc eu droit à une formation plus que complète : 4 jours de cours pratiques et théoriques pour apprendre par cœur les 24 étapes de service, la philosophie de l’entreprise et bien sûr, comment transporter 5 assiettes à la fois. Une technique que je maîtrise encore aujourd’hui et qui fait toujours sensation quand je reçois des convives chez moi pour souper.

Situé au cœur du Quartier des spectacles, le resto-bar était le nouveau lieu de rassemblement branché, idéal pour venir prendre un verre après une longue journée de travail au centre-ville, particulièrement lors de nos très populaires 5 à 7.

Un jeudi soir très achalandé, je montais et descendais les deux étages de notre section-bar, avec mon cabaret toujours bien rempli de verres pleins à l’aller, mais également de verres vides à mon retour, et ce, sans arrêt pendant les 3 heures de notre légendaire spécial 2 pour 1 sur les toutes les bières en fût et le vin maison.

Après avoir descendu pour une énième fois les escaliers, le cabaret toujours aussi débordant, j’ai dû marcher un peu plus près des tables qu’à l’habitude pour éviter un client qui semblait avoir profité allégrement du spécial. Mon pied se posa alors sur quelque chose d’étrangement mou. La suite s’est déroulée au ralenti… Moi qui regarde par terre, ma main qui laisse tomber le cabaret, la totalité de ma commande qui se renverse… sur un chien pour aveugle, gentiment couché sous une table.

Imaginez, si un cabaret a une superficie d’environ 30 cm par 30 cm et que toute, je dis bien TOUTE sa surface est remplie de verres transportant au minimum douze onces de bière, cela égale à BEAUCOUP TROP D’ALCOOL renversé sur une pauvre bête sans défense!

Le bruit du verre fracassé, mélangé aux cris du chien qui hurlait, sans oublier ceux de son maître qui n’avait, bien sûr, rien vu de la scène, mais qui se doutait bien que quelque chose n’allait pas. « Mon chien, mon chien! Qu’est-ce qui est arrivé à mon chien? », criait-il.

Je voulais disparaître, mais bien sûr, les centaines de paires d’yeux qui se posaient maintenant sur moi, me rappelaient, non seulement que j’étais toujours bien visible, mais que je devais trouver une solution pour rassurer le chien et surtout le maître!

Mon petit numéro de jonglerie ratée avait aussi, heureusement, attiré l’attention de mes collègues qui m’ont rapidement aidé à gérer la situation.

Heureusement, après seulement quelques minutes, le chien s’est calmé, comme par magie. En réalité, il a juste commencé à se lécher pour se nettoyer, l’absorption d’alcool a donc miraculeusement contribué à sa détente. Il n’était pas blessé. Dans le cas  du maître, ce fut un peu plus complexe… Bien sûr, nous lui avons offert nos plus profondes excuses et le repas gratuitement, sans oublier de lui rembourser le nettoyage de son animal! Inutile de dire, qu’il n’était pas très heureux et qu’il n’a jamais remis les pieds dans le restaurant, du moins, pas dans ma section!

Isabelle Ménard

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