La fois où j’avais terriblement faim...

Salade fraîche

L’été dernier, j’ai eu le bonheur de travailler pour une station de radio, où tous les soirs en semaine dès 20 h, je présentais le meilleur de la musique francophone d’ici et d’ailleurs. Comme c’est souvent le cas dans les différentes stations de radio, une fois que l’équipe de ménage était partie, je me retrouvais complètement seule, car j’étais aussi responsable de ma propre mise en ondes!

J’aurais aimé vous raconter que j’en ai bien profité pour faire des coups pendables à toute mon équipe, par exemple, changer la configuration de leur bureau, cacher toutes les brocheuses ou fabriquer des banderoles multicolores dans le corridor avec leur Post-it! Mais la vérité, c’est qu’en plus de ma tâche d’animatrice, je devais également assurer des tâches connexes comme répondre au téléphone, aux courriels, prendre les demandes spéciales, mettre en ondes les blocs de publicité, mixer les différentes chansons programmées pour la soirée. Bref, toutes mes sorties du studio devaient être judicieusement calculées pour éviter un « blanc », c’est-à-dire un long silence gênant en ondes.

Être seule en studio signifiait également que je devais apporter mon lunch tous les soirs, sinon, j’allais mourir de faim, car il m’était impossible de sortir pendant l’émission. De toute façon, il n’y avait rien aux alentours à part un dépanneur où on ne retrouvait que des sandwichs douteux, du boeuf séché et du fromage en grains. Bref, à raison de 5 soirs par semaine, on était loin des 4 groupes alimentaires!

Je préparais donc à l’avance mes repas, mes petits jus pressés, mes collations et vers 21 h précisément, j’avais souvent pris juste assez d’avance pour avoir tout le temps nécessaire pour me rendre à la petite cuisinette de la station et faire chauffer mon souper.

Ce soir-là, je m’étais donc préparé la plus délicieuse des salades! Vive les légumes frais du Québec. J’avais réussi, de peine et de misère, à ne pas dévorer les tomates, les concombres, les avocats, la laitue et les grosses crevettes bien juteuses, au fur et à mesure lors de sa fabrication! Il n’était pas 20 h, que je salivais déjà à l’idée de plonger ma fourchette dans cette délicieuse, goûteuse, savoureuse, onctueuse… Bref, je pense que je suis claire, j’avais terriblement faim!

Au moment venu, je cours donc à la cuisinette pendant un bloc musical… J’ouvre enfin mon plat Tupperware… L’odeur du basilic envahit mes narines, j’ajoute l’huile d’olive, le vinaigre de vin… Je plonge ma main dans le tiroir à ustensiles… Et je ne trouve rien. Rien comme dans vraiment rien. Pas une seule fourchette… Ni même une cuillère! Rien! Même des baguettes chinoises auraient pu faire l’affaire! RIEN! Tout ce qui s’y trouve, ce sont quelques couteaux en plastiques…

Je l’avoue, j’ai quand même essayé de manger une salade avec deux couteaux en plastiques… Je vous confirme, c’est impossible! J’ai alors ouvert frénétiquement tous les tiroirs, regardé dans la pile de vaisselle sale, dans la pile de vaisselle propre…
J’ai même jeté un coup d’oeil dans les boîtes de céréales de l’équipe du matin à la recherche d’un outil quelconque pour manger la salade de mes rêves! Rien.

Mario Pelchat s’époumonait maintenant dans les haut-parleurs de la station, il me restait donc moins d’une minute avant de retourner en studio.
J’ai donc refait le tour des tiroirs, à la recherche de… de n’importe quoi pour être franche! C’est à ce moment que j’ai aperçu une grosse pince à cuisine métallique… Je n’avais pas le choix. Il faut dire que manger une salade huileuse à mains nues ET manipuler une console radio en même temps, c’est un peu problématique. J’ai réussi, mais je demeure une adepte de la fourchette, c’est une merveilleuse invention!
Tout de même fière de mon ingéniosité, j’ai donc posté la photo sur les réseaux sociaux. Le lendemain, une collègue avait gentiment déposé une fourchette dans mon casier…

Isabelle Ménard

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