Mon plus vieux s'en va en appartement

Les enfants grandissent et finissent toujours par quitter la maison. On le sait, bien sûr, mais même si c’est dans l’ordre normal des choses, il est parfois difficile de s’habituer à ce changement majeur. Depuis une vingtaine d’années (plus ou moins), cet être que nous avons mis au monde partage notre quotidien. Nous l’avons élevé et protégé… et voilà maintenant qu’il s’apprête à voler de ses propres ailes!

Devant cette situation, de nombreuses interrogations nous viennent peut-être en tête : comment l'aider dans cette nouvelle étape sans l'étouffer, comment gérer les émotions que cela amène en nous, que pouvons-nous lui donner en matière de conseils et de bien matériels, etc. Tâchons ensemble d’y voir un peu plus clair…

Accepter

C’est le tout premier point dont il faut parler. Même si vous avez l’impression que votre enfant est trop jeune, pas assez autonome ou manque de maturité pour partir de la maison, s’il a abordé le sujet avec vous, c’est que lui-même se sent prêt et déjà adulte.

Il ne sert à rien de faire des pressions sur lui pour le faire changer d’avis. Il doit peut-être partir pour étudier dans une autre ville, pour emménager avec son amoureux(se) ou tout simplement pour aller vivre son rêve de collocation avec ses amis. Quelle que soit sa situation, s’il a au moins 18 ans, il est libre de partir et vous avez tout intérêt à rendre ce moment le plus agréable possible afin de conserver d’excellents rapports avec lui ou elle.

Est-ce financièrement possible?

Parfois, les jeunes ont de beaux rêves, mais ne se rendent pas vraiment compte de la réalité… Sans forcément chercher à briser ses intentions, c’est une bonne idée d’établir avec lui un semblant de budget afin de voir s’il a les moyens de subvenir à ses propres besoins. Comme la plupart des jeunes, le vôtre n’a pas dû se soucier des factures à payer et autre imprévus, et il imagine peut-être que sa part de loyer sera la seule dépense fixe.

Invitez-le à prendre un papier et noter :

  • Tous ses revenus dans une colonne : prêts étudiants, salaire, montant que vous êtes prêt à lui accorder, le cas échéant, etc.
  • Toutes ses dépenses dans une autre colonne : loyer, électricité, Internet, frais étudiants, loisirs, gaz et assurance pour la voiture (si applicable), nourriture et articles de soins personnels, etc.

Ensuite, il suffit de faire une soustraction et le résultat sera assez facile à obtenir! Si votre jeune se rend compte qu’il ne dispose même pas de la moitié de l’argent dont il aurait besoin, il est possible qu’il reporte son projet de quelques mois… Mais si tout semble correct, vous devez alors l’encourager dans son projet. Être un bon parent, c’est aussi savoir se retirer quand il le faut!

Les conseils indispensables

Outre les biens matériels, votre « grand » a encore besoin de conseils. Il se sent peut-être prêt à voler de ses propres ailes, mais il y a sûrement des quantités de choses auxquelles il n’a pas pensé. Sans pour autant l’accabler, parlez avec lui de ce changement dans sa vie et aidez-le si nécessaire :

  • Accompagnez-le visiter les appartements qu’il choisit et faites-lui remarquer les avantages/inconvénients de chacun d’entre eux : est-il proche ou non de son école ou des transports en commun, les services sont-ils accessibles, le loyer, la salubrité, etc.
  • Encouragez-le à entretenir une relation saine avec l’argent : il n’est pas rare de voir des étudiants tellement excités à l’idée d’avoir pour la première fois 1000 $ dans leur compte qu’ils dépensent le tout en futilités sans se rappeler qu’il faut aussi payer le loyer, l’hydro, le téléphone, la nourriture, etc.
  • Invitez-le à trouver une petite job supplémentaire si ses revenus sont très limités.

Quoi lui donner?

Vous avez sûrement envie que votre enfant soit parfaitement à l’aise dans son nouveau logement et souhaitez qu’il ne manque de rien, mais il y a tout de même certaines limites à imposer. Si vous succombez à toutes ses demandes et lui achetez tous les gadgets, meubles et objets qu’il estime nécessaires à son bien-être, vous n’avez pas fini de payer!

Bien sûr, il n’y a aucune limite en ce qui concerne les meubles et articles qui s’entassent dans votre sous-sol ou chez la parenté, mais si vous voulez réellement l’aider à développer son autonomie, vous devriez peut-être éviter de lui fournir le tout dernier modèle de téléviseur à écran plasma. Ou alors, vous pourriez lui donner une (seule) allocation d’un montant qui vous convient et l’inviter ensuite à l’utiliser à bon escient. Il pourrait en profiter pour meubler son appartement grâce aux magasins de meubles usagés, ou alors s’acheter cette fameuse télé et dormir sur des couvertures posées par terre pendant les trois mois suivants.

Si votre jeune emménage en collocation avec un ou plusieurs amis, chacun d’entre eux amènera sa part et cela devrait coûter moins cher (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle c’est souvent le premier choix des étudiants et jeunes adultes).

En plus des meubles de base (lit, bureau, table et chaises, divan), pensez à tous ces objets que l’on a souvent en double et qui feront son bonheur : vaisselle et articles de cuisine, serviettes de bain, literie, lampes d’appoint, etc. Même si votre situation financière ne vous permet pas de lui acheter beaucoup de choses, il vous sera reconnaissant de l’aider selon vos moyens.

Et les émotions?

Du côté de votre enfant, les émotions sont au beau fixe. Il se sent adulte, libre et responsable. Il a la vie devant lui et tout est permis : les sorties sans demander de permission, les soirées à refaire le monde avec ses amis, les études du sujet qui le passionne, etc. Peut-être qu’après quelques mois il déchantera un peu, mais ça, c’est une autre histoire et il sera de toute manière trop tard pour faire demi-tour.

Mais pour les parents, la transition est parfois un peu plus difficile. Pour les 2/3 d’entre eux, ce changement de situation se vit somme toute de manière agréable : ce n’est qu’un rite de passage de plus dans la vie familiale et tout le monde s’habitue assez rapidement à la nouvelle routine quotidienne. Certains parents sont même heureux de se sentir eux aussi libres de vaquer à leurs occupations, de pouvoir se concentrer sur leur couple et leur vie personnelle. Mais ce n’est pas toujours le cas…

Le syndrome du nid vide

Les spécialistes estiment qu’environ 35 % des parents (principalement les mamans) souffrent profondément du départ de leur enfant et cela peut engendrer dans certains cas un réel épisode de dépression. Souvent sans vouloir en parler à personne, ces mères vivent un profond sentiment d’abandon et de vide intérieur. Elles ont désormais perdu leur raison de vivre et se sentent inutiles.

De plus, à ces changements qu’engendre le départ de l’enfant adulte, s’ajoutent souvent d’autres éléments non négligeables :

  • Préménopause et ménopause
  • Début de retraite
  • Problèmes de santé
  • Problèmes dans la relation de couple, mais qui étaient souvent camouflés par les habitudes de vie familiale
  • Nouvelles responsabilités face aux parents âgés qui ont besoin de soins
  • Etc.

En plus de devoir gérer l’absence de cet enfant dont il fallait s’occuper depuis des années, les parents doivent réapprendre à gérer leur quotidien et à réorganiser la vie en famille, couple ou en solitaire.

S’il y a d’autres enfants plus jeunes qui restent à la maison, la transition sera souvent un peu moins difficile parce que ces derniers réclament encore la même attention. Paradoxalement, le départ du plus vieux est d’ailleurs souvent un excellent moyen de relier la fratrie : le grand devient protecteur et aime sortir ses petits frères et sœurs, les petits sont fiers d’aller visiter à l’occasion le grand chez lui, etc.

Pour finir

Tous les changements ont des conséquences directes et on a souvent tendance à imaginer le pire. Pourtant, il est parfaitement possible que le départ de votre enfant se passe très bien (des deux côtés) et que cet évènement vous permette de faire évoluer votre relation de manière très positive. Au lieu des conflits parent-ado, vous apprendrez désormais à développer une relation adulte, d’égal à égal, et à vous redécouvrir sous un meilleur jour.

Et pour ces fois où vous serez un peu plus nostalgiques, rappelez-vous ce magnifique proverbe chinois : « Quand l'enfant quitte la maison, il emporte la main de sa mère. »


Cécile Moreschi, rédactrice Canal Vie

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