Maman au travail : vous sentez-vous coupable?

Lorsque vous êtes tombée enceinte, vos amies, mère, sœurs et collègues vous ont parlé de couches, de coliques, d’otites et de gastro. Elles ont aussi évoqué le bonheur de devenir maman, le sentiment d’épanouissement soudain qui peut survenir quelques jours après la naissance du bébé, ou vous ont mis en garde contre les possibles assauts du baby blues.

Mais qui a pensé à vous révéler l’un des plus grands secrets que partagent toutes les mères, et qui consiste à nous inoculer, comme un étrange vaccin, cet irrépressible sentiment de culpabilité que nous ressentons toutes au moment où nous devrons nous séparer, pour la première fois et de manière récurrente, de notre enfant ? Personne.

Pourtant, il existe, ce sentiment, dont nous héritons presque systématiquement après avoir accouché. Parmi toutes les sources possibles de culpabilité maternelle (donner le biberon plutôt qu’allaiter, laisser dormir notre bébé dans notre lit ou dans sa chambre, lui donner ou non la suce), celle que provoque le retour au travail est certainement celle qui retourne le plus le cœur des mamans.

Le jour J approche, vous avez tout préparé au quart de tour pour l’entrée de votre rejeton à la garderie et votre retour au bureau, et pourtant, vous ressentez toujours ce curieux élancement dans le bas-ventre, et le hamster qui tourne sans arrêt dans votre tête vous souffle à l’oreille de revoir vos choix professionnels? Voilà quelques trucs qui pourront vous aider à envisager sereinement ce nouveau régime familial :

1. Faites taire votre hamster mental

Les premiers jours, voire les premières semaines et les premiers mois suivant le retour au travail provoquent souvent, chez les nouvelles mamans, des sentiments contradictoires. Heureuse d’avoir retrouvé un milieu qui vous convient et vous permet de vous épanouir, des collègues qui vous avaient manqué et un peu de temps pour penser à autre chose que l’heure du dernier boire ou le type de purée que vous donnerez à bébé lors de son prochain repas, il vous arrive, plusieurs fois par jour, de vous demander s’il est aussi bien dans les bras de sa gardienne que dans les vôtres, et combien de temps il a pleuré après votre départ de la garderie?

La meilleure solution consiste à accueillir cette émotion, à la laisser monter en vous un moment, puis à la raisonner en vous rappelant que chaque enfant, comme les adultes, d’ailleurs, grandit et se forme aussi dans ces petites séparations qui préfigurent de plus grandes ruptures à venir. En envisageant ce que sera le premier jour de maternelle, puis le départ au camp de vacances et l’entrée au cégep, vous verrez que vous avez fait des choix qui permettront à votre enfant de marcher sereinement dans la vie, outillé pour envisager l’avenir avec… et sans sa maman !

2. Partagez vos impressions avec d’autres mères près de vous

Le simple fait de partager ce que l’on ressent peut nous aider à nous sentir moins isolée et moins seule, au sein d’une situation que de très nombreuses mères rencontrent. Pourquoi ne pas initier, sur votre lieu de travail, un café-discussion entre mères de retour au travail, durant la pause-repas, par exemple?

Ce moment de répit pourra se transformer en partage, et vous aurez l’occasion d’échanger votre vision des choses ainsi que vos petits trucs pour lutter contre la culpabilité, avec des femmes qui traversent les mêmes étapes que vous. Ces instants peuvent également se transformer en souper entre copines ou entre femmes de générations différentes; en discutant avec nos propres mères, tantes, cousines, on se rend souvent compte que cette fameuse culpabilisation peut changer de visage, mais qu’elle traverse tous les âges.

3. Relativiser ses choix… et leur portée

Contrairement à de nombreuses croyances populaires, rien ne prouve que l’enfant puisse être marqué, à un très jeune âge, par des ruptures passagères d’avec sa mère. Aussi plusieurs psychologues et spécialistes invitent-ils à ne pas exagérer la toute-puissance psychologique de la mère sur ses enfants.

Quel que soit son choix, mieux vaut une mère qui est en accord avec son mode de vie qu’une mère qui se force à rester à la maison pour le supposé bien-être de ses rejetons. Même tout-petits, les enfants ont une capacité surprenante de s'attacher à d'autres êtres significatifs que leur mère. Leur père, bien sûr, mais aussi leur éducateur ou éducatrice, ainsi que les autres enfants qui les entourent et partagent leur quotidien. Tous peuvent partager la responsabilité (et donc la culpabilité!) du bien-être des enfants.

À consulter (sans culpabiliser !)

Le conflit. La femme et la mère par Élisabeth Badinter (Flammarion, 2010).

Mauvaises Mères. La vérité sur le premier bébé par Nadia Daam, Emma Defaud et Johana Sabroux (Ed. Jacob-Duvernet, 2008).


Catherine Morency, rédactrice Canal Vie
 

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