Le père monoparental

Voilà seulement une génération, l'entourage d'un homme qui se retrouvait « avec une famille sur les bras » aurait fait des pieds et des mains pour lui trouver une servante, voire une épouse qui, d'office, jouerait le rôle de la maman partie, malade ou décédée. Mais les temps ont changé... La société évolue et les pères monoparentaux ne sont plus une denrée rare.

Les pères monoparentaux, de plus en plus nombreux

Selon Statistiques Canada, en 2001, 18,7 % des familles monoparentales québécoises étaient dirigées par des hommes, soit près d'une famille monoparentale sur cinq. Généralement, ces familles sont plus petites que celles dirigées par les femmes : 69,4 % des familles monoparentales dirigées par un homme ne comptaient qu'un seul enfant. L'âge moyen des pères se situe entre 40 et 49 ans.

Les chiffres démontrent également que le nombre de pères monoparentaux a fait un bond de 49 % entre 1991 et 2001. De plus, leur situation économique est plus enviable. Selon le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux, 22 % des familles dirigées par des hommes vivaient sous le seuil de faible revenu, comparativement à 46 % chez les femmes.

Le seuil provincial de faible revenu est de 18 372 $ par année, après impôt. Il fluctue de quelques dizaines de dollars, selon la région de résidence.

Une détresse psychologique

S'ils sont généralement plus scolarisés que les mères de familles monoparentales, les pères enregistrent souvent un degré de détresse psychologique plus élevé. Ils sont à la recherche d'une reconnaissance sociale, plus difficile à obtenir pour l'homme que pour la femme. Oui, les préjugés, les soupçons et les interprétations sont tenaces.

Une expérience enrichissante

Certes, ce n'est pas une mince tâche. Entre les devoirs, les leçons, le travail, les repas et le ménage, il ne reste pas beaucoup de temps pour soi. Mais les expériences humaines sont extraordinaires, en comparaison avec les aléas de la vie quotidienne. Bien des mamans monoparentales le savent.

Des rumeurs qui blessent et détruisent

Voir un père qui s'occupe de ses enfants laisse place à bien des interprétations qui vont de l'admiration jusqu'à l'étiquette de pédophile.

Maman embrasse son fils et personne n'y voit un risque de dérapage. Et si l'enfant fait un cauchemar, le premier réflexe sera de l'amener dans son lit... pour le rassurer. Pour une femme ou un couple, ça va... Pour un homme, la boîte à rumeurs s'emballe, et laisse des

Des questions auxquelles il est difficile de répondre

Les enfants, eux, peuvent sentir un certain inconfort lorsqu'ils abordent des sujets plus personnels. Même dans un contexte de famille dite nucléaire, ce n'est pas facile, pour une jeune femme, d'informer son père de ses toutes premières menstruations.

Le père monoparental a beau être outillé adéquatement et avoir un revenu décent, il ne peut répondre à toutes les questions. Ainsi, il est difficile de décrire, pour un homme, les signes caractéristiques qui précèdent les menstruations. Et quelles serviettes ou tampons, choisir?

Confronté à ces questions, il ne vous reste qu'à faire appel à une femme de votre entourage (mère, soeur, amie), ou une infirmière du réseau de la santé. Elle trouvera les mots justes pour décrire les symptômes jamais ressentis par un homme.

Comme un conjoint

Vivre seul avec un enfant, c'est aussi être confronté au réflexe, bien involontaire, de le hisser au rang de conjoint. De lui partager des choses que nous dirions seulement à une conjointe. Cette situation propulse votre progéniture, dès son jeune âge, dans un monde d'adultes. Il faut, autant que faire ce peut, éviter ce piège... Mais avouez que ce n'est pas facile!

Des petits bonheurs

Bon, vous avez changé les couches, aidé aux devoirs, accompagné votre enfant, soutenu ses apprentissages, connu ses premiers émois amoureux... Et voilà qu'il quitte la maison pour faire sa vie, vous laissant avec de beaux souvenirs. C'est une période difficile pour un « père poule »... Mais il vous restera des compensations. Pour ma part, elle survient chaque année, à la Fête des mères, lorsque ma fille choisit de souligner, au téléphone, la Fête des « pamans » : un mot qu'elle a inventé et qui me remplit de joie.

Inutile de vous dire que j'attends, avec impatience, cet appel téléphonique annuel. Je me fais même du sang d'encre si, à 16 h, le téléphone n'a pas fait entendre les trois sonneries qui identifient un communication interurbaine. M'a-t-elle oublié? Dring, dring, dring. Je revis.

Car c'est aussi ça, être papa monoparental.

Henri Michaud, rédacteur Canal Vie

Categories

Vous aimerez aussi