Aider un enfant à vivre avec un parent différent

La différence est toujours quelque chose de difficile à vivre, et ce, quelle que soit la sorte de différence dont on parle. C’est un défi pour la personne touchée, bien sûr, mais aussi pour ses proches, et particulièrement les plus jeunes. Comment se sent un enfant dont un parent est homosexuel, atteint d’obésité morbide, ou encore alcoolique ou excentrique, etc. Il n’est jamais évident d’avoir à faire face aux moqueries ou aux commentaires négatifs. Comment aider notre enfant au quotidien s’il se sent « à part » par notre faute?

Même si nous vivons dans un monde hétéroclite où chaque personne est unique, il est impossible de changer complètement les 

Différence versus normalité

mentalités… L’une des particularités de l’être humain, c’est de craindre ceux et celles qui ne lui ressemblent pas. Ainsi, ce que l’on appelle « différence » varie grandement d’une culture à l’autre, ou d’une classe sociale à l’autre, mais fait toujours peur.

Il ne s’agit peut-être pas d’une peur au sens propre du terme, mais plutôt d’un inconfort face à ce que l’on ne connaît pas, ce qui ne correspond pas à l’idée que nous nous faisons de la normalité. Dans chaque société distincte, un certain nombre de personnes (les plus nombreux) vivent leur vie d’une certaine manière, et l’on en vient donc à penser que celle-ci est la seule valable, ou du moins la seule qui soit normale. Tout ce qui ne répond pas à ce modèle est donc forcément mauvais, ou moins bien, ou pitoyable (dans le cas d’une maladie, par exemple).

Appartenir au groupe

En tant qu’adultes, il nous arrive de souffrir du regard des autres, mais la plupart d’entre nous ont appris avec le temps qu’il est impossible de plaire à tout le monde, à plus forte raison si nous vivons depuis longtemps avec une différence apparente. Cela peut être un handicap, une particularité physique (malformation, obésité, etc.), une dépendance, ou simplement une façon d’être. Il est possible que nous soyons maintenant immunisés contre les regards, les moqueries ou les commentaires, mais cela n’est sûrement pas le cas de nos enfants…

Lorsqu’ils sont très jeunes, les enfants ne remarquent pas toujours nos particularités, parce qu’ils ne connaissent rien d’autre et nous aiment inconditionnellement. Ce n’est généralement que vers la préadolescence qu’ils prennent conscience de la différence. En effet, c’est vers 9-10 ans que l’appartenance au groupe prend toute son importance. C’est à cet âge-là que les jeunes commencent à observer autour d’eux, à commenter ce qu’ils voient et à chercher leur place dans la société.

Dans toutes les cours d’école, il y a des groupes de gens « cools » et puis il y a les « bizarres » : ceux que l’on ostracise à cause de leurs vêtements, leur origine ethnique, leurs préférences de jeux, leur caractère… ou leurs parents!

 

Méchants, les enfants?

Ils ne le sont pas moins (ou pas plus) que le reste de l’humanité, mais le plus souvent, ils n’ont pas encore appris à filtrer les choses qui sortent de leur bouche. Ils parlent sans penser aux effets que leurs paroles peuvent avoir sur leur interlocuteur. Et bien sûr, un petit bonhomme ou une petite fille de 10 ans qui entend toute la « gang » des gens populaires se moquer parce que sa mère est tellement obèse qu’elle a du mal à sortir de l’auto (par exemple), c’est très souffrant.

Que ressentent les enfants?

Les enfants qui subissent les moqueries de leurs pairs concernant leurs parents se sentent obligatoirement partagés entre des sentiments contradictoires :

• Accepter les commentaires et faire comme si de rien n’était, voire même essayer d’en rire aussi pour être accepté dans le groupe.
• S’opposer fermement, quitte à subir encore plus de commentaires.
• S’isoler et éviter tout bonnement les contacts.

Quelle que soit la façon dont ils réagissent, les jeunes sont profondément touchés lorsqu’ils se rendent comptes que les personnes qu’ils aiment le plus au monde, leurs parents, sont hors-normes. Ils ne les aimeront pas moins pour autant, mais ils pourraient ressentir une forme de honte et dans certains cas, ils ne voudront sûrement plus « les montrer. » Cela peut se manifester de différentes manières :

• Vouloir aller à l’école seul ou souhaiter ne pas être déposé devant le bâtiment.
• Refuser d’inviter ses amis à la maison : le jeune veut faire une coupure stricte entre la vie familiale et la vie extérieure, pour que les deux ne se croisent jamais.
• Ne pas prévenir ses parents lorsqu’il y a une activité ouverte à tous à l’école, pour être sûr qu’ils ne se présenteront pas.
• Etc.

L’importance du dialogue

Si vous êtes un parent « différent », nul doute que vous avez vous-même déjà subi les regards et les commentaires de certaines personnes. Vous connaissez votre situation mieux que quiconque et devriez donc aborder le sujet avec votre enfant aux premiers indices.

Nous connaissons très bien nos enfants et pouvons d’habitude déceler un changement, aussi minime soit-il, dans leur attitude. Il ne faut pas hésiter à leur demander ce qui se passe et à devancer leurs paroles s’ils se sentent trop gênés pour répondre : « Est-ce que tu as entendu des choses sur moi? Est-ce que tes amis commentent le fait que je suis dans un fauteuil roulant? Que tu as deux papas? Que je suis trop grosse? Que je suis gothique? » Et la liste peut continuer sans fin…

Ce qui compte, c’est de parler des vraies choses avec votre enfant, savoir ce qu’il ressent à ce sujet : est-ce de la honte, de la colère, de la tristesse? Il faut l’aider à exprimer les sentiments que font naitre en lui votre différence parce que ce n’est que de cette manière que vous serez capable de l’aider à canaliser ses émotions.

Tous uniques

Même si cette conversation peut vous rendre tous deux mal à l’aise, elle est nécessaire afin de ne pas garder des rancœurs accumulées et créer une barrière de plus en plus haute entre vous, derrière laquelle chacun s’isole. Profitez-en pour aborder avec votre enfant des discussions sur la tolérance, le fait que chacun est unique et exceptionnel, l’acceptation de soi et des autres, l’ouverture d’esprit…

Il y a là matière à apprentissage, n’est-ce pas?

Cécile Moreschi, rédactrice Canal VIe
 

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