Se remettre du baby blues

Pas facile de se remettre d'une grossesse. Alors qu’on devrait vivre les plus beaux moments d’une vie, on se sent plutôt moche, fatiguée et incompétente. Les heures passent à vive allure alors qu’on ne réussit pas à accomplir quoi que ce soit. Ce petit être prend tout notre temps et malgré tout, il semble rarement rassasié. On se sent un peu triste et aussi un peu vide, maintenant que notre bébé n’est plus en nous. Et s’il s’agissait du fameux baby blues? Mais comment faire pour s'en sortir? Et encore faut-il être capable de le différencier de la dépression et de la psychose post-partum qui demandent une intervention rapide.

Le baby blues (aussi appelé syndrome du troisième jour)

Le baby blues peut survenir quelques heures ou quelques jours après l’accouchement. Souvent, il apparait lors du retour à la maison. Il peut durer quelques heures ou plusieurs jours, parfois même une semaine ou deux. Il est très fréquent et touche la majorité des femmes soit entre 50 et 80%, selon l’Institut national de santé publique Québec (INSPQ).

Vos émotions?

Triste et irritable

Vous êtes à fleur de peau. Vous manquez de sommeil, l'accouchement a peut-être été éprouvant, et par-dessus tout, vous connaissez une considérable perturbation d'hormones. N'oubliez pas que votre corps connait une chute brutale des concentrations en œstrogène et en progestérone.

Quand on sait que ces hormones agissent comme antidépresseur sur le cerveau, pas étonnant que vous soyez plus irritable! Fort possible aussi que vous ayez la larme facile. Bref, vous avez le cafard, même si vous ressentez tout plein d'amour pour ce petit être auquel vous venez de donner la vie.

Susceptible

Vous verrez, comme beaucoup de femmes ont déjà eu des enfants, il y a fort à parier qu'elles seront nombreuses à y aller de leurs conseils. Il est normal que vous vous sentiez parfois incompétente, vous qui n'avez pas d'expérience, face à ces conseils. Il y a même des chances que vous le preniez comme des critiques. Tentez de lâcher prise, laissez parler, prenez les conseils qui vous conviennent et oubliez le reste.

Confuse

Même si votre enfant a été désiré et attendu, il est possible que vous vous sentiez un peu perdue avec cette nouvelle présence chez vous. Après tout, vous ne connaissez pas si bien que ça ce petit être que vous ne voyez que depuis quelques jours. Il se peut même que vous ne ressentiez pas immédiatement le lien maternel plus fort que tout et l'amour incommensurable pour votre bébé dont le monde vous parlait. Ne vous en faites pas. Ça viendra bientôt!

Anxieuse

Vous avez beaucoup de responsabilités soudainement, vous pouvez craindre d'oublier quelque chose, vous ressentez un peu d'anxiété face à ce changement irréversible. Plusieurs femmes se sentent dépassées et apeurées à la suite de la naissance de leur premier enfant.

Il peut même vous arriver de ressentir des sueurs, des palpitations, de la nausée, des étourdissements lorsque certains événements stressants à vos yeux se produisent. Ça peut être aussi anodin que conduire pour la première fois avec votre bébé à l'arrière, faire l'épicerie ou plus énervant comme calmer des pleurs dont  vous ne connaissez pas la source.

Peut-être ressentirez-vous du désarroi et remettrez-vous vos compétences de mère en question? Ne vous en faites pas, vous prendrez tranquillement  de nouvelles habitudes et tous ces gestes du quotidien deviendront bien vite routiniers.

Euphorique

Il se peut aussi que, dans une même journée, les larmes cèdent la place à une grande euphorie. Cet état est appelé le baby Pink. Il est agréable, mais peut laisser rapidement place à un état plus triste. Tant qu'il n'y a pas de démesure, il n'y a rien à craindre, ça passera.

Dans tous les cas, le baby blues est marqué par ces changements d'humeur parfois sans raison et incontrôlables qui peuvent être aussi déroutants pour vous que pour votre conjoint, mais qui demeurent bénins et passagers.

Les soins

Il est rare que le baby blues et le baby pink nécessitent des soins médicaux ou un suivi quelconque parce qu'ils sont généralement contrôlés et de courte durée. Toutefois, si vos symptômes sont exagérés au point où ça vous inquiète, il est important de consulter un médecin.

Prévenir le baby blues

Le savoir

Déjà de connaitre les symptômes qui peuvent vous affecter est un pas de fait dans son acceptation. Et accepter ce qu'on vit permet de dédramatiser. Le fait de savoir que ça passera, même si sur le moment vous êtes aux prises avec vos sentiments, vous aidera à lâcher prise.

Le prévoir

Si possible, profitez des semaines de liberté qu'il vous reste avant l'accouchement pour planifier votre retour à la maison. Mitonnez-vous des repas maison que vous pourrez congeler. Vous pouvez aussi demander un repas à congeler à chacune de vos amies comme cadeau de shower de bébé. Ou encore une journée d'aide chez vous, pourquoi pas? Vos tantes, vos cousines seront peut-être contentes de pouvoir venir vous donner un coup de main avec votre lavage, votre ménage ou votre popote!

Déléguer

Établissez d'avance avec papa ce qu'il compte faire pour vous après l'accouchement et faites-lui confiance. Beaucoup de femmes se plaignent d'épuisement et d'une augmentation considérable de leurs responsabilités comparativement à leur mari, mais nombreuses d'entre elles n'acceptent pas l'aide de leur conjoint. « J'ai peur qu'il ne fasse pas ce qu'il faut, qu'il oublie des choses » « Il ne fait pas comme moi, donc pas comme il faut » « Il est maladroit et beaucoup moins rapide que moi pour répondre aux besoins de bébé »

C'est possible! Mais dites-vous que si vous n'étiez pas là, il ne laisserait sûrement pas votre enfant souillé, affamé et épuisé. Plus vous le laisserez entrer en contact avec votre bébé, même s'il s'en occupe différemment, plus il vous déchargera de tâches qui vous incombent.

Demander de l'aide

Les CLSC sont là pour répondre à vos besoins. Si vous vous sentez dépassée par les événements et que vous avez vraiment besoin d'aide ou de conseils, n'hésitez pas à faire appel au CLSC de votre région. En principe, une infirmière devrait venir vous voir quelques jours après votre accouchement pour vérifier que tout se passe bien. Si vous vous sentez à bout de souffle, n’hésitez surtout pas à en parler. Elle saura vous conseiller.

Vous pouvez aussi demander à une amie ou à votre mère de venir vous donner un coup de main. Si elles ont déjà eu un enfant, elles seront d'une grande aide, par exemple, pour vous montrer comment emmitoufler bébé, soulager ses coliques, l'endormir... Elles pourront le bercer pendant que vous dormez un peu.

Laisser faire le ménage!

C'est vrai qu'au début, les poupons font de courtes siestes. À peine avez-vous fini de faire la vaisselle que vous vous apprêtez à aller rejoindre bébé pour la sieste, mais voilà qu'il se réveille déjà! Dès qu'il se couche, faites de même. La vaisselle attendra.

Et pour un temps, manger des repas tout faits ou surgelés (il en existe quelques-uns qui sont santé!) ne fera mourir personne! Vous ne serez pas une mauvaise mère pour autant.

Accepter de ne pas être parfaite

C'est le bon temps pour le réaliser. Vous n'arriverez pas à tout faire parfaitement sans vous épuiser : nourrir bébé à toutes les trois heures, l'endormir pour les siestes, faire le souper, faire le ménage, faire la vaisselle, être belle et propre alors, oubliez ça et choisissez vos batailles. 

Si, pour vous, l'important ce sont les repas santé, cuisinez-les. Si vous préférez vous maquiller tous les jours parce que ça vous remonte le moral, prenez le temps pour le faire, si votre lit défait vous déprime, faites-le, mais comprenez que vous ne pourrez plus tout faire comme avant, sans épuiser vos batteries.

Votre bébé ne le sera pas toute sa vie! Tout rentrera en ordre en temps et lieu. Ce n'est peut-être pas le temps, non plus, de faire des soupers d'amis. Ça peut attendre...

Prendre soin de soi

C'est sûrement ce qui est le plus difficile à faire : laisser votre enfant, ne serait-ce que deux heures pour aller au cinéma ou pour prendre une marche peut vous paraitre une corvée. Vous aurez peut-être le coeur brisé, mais vous verrez bien vite que ce genre d'évasion occasionnelle saura vous donner une bouffée d'air frais bénéfique autant pour vous que pour votre enfant et votre conjoint. 

N'hésitez pas à prendre la poudre d'escampette, si vous le pouvez. Et si ce n'est pas possible, la visite chez vous d'une amie de façon régulière peut vous aider à refaire surface. Le fait de parler de ce que vous vivez à quelqu'un qui vous est cher peut vous faire beaucoup de bien.

Dépression post-partum (DPP)

On estime que près de 20 % des femmes connaissent des symptômes de déprime plus sévères qui durent plus longtemps, parfois jusqu'à un an après l'accouchement.

Il s'agit alors d’une dépression post-partum. Elle  peut survenir quelques semaines ou quelques mois après l'accouchement. En général, un traitement est nécessaire. L'accouchement apporte des changements hormonaux qui peuvent modifier la chimie du cerveau.

Si vous êtes atteinte de dépression post-partum, vous ressentirez des symptômes similaires à la dépression :

  • fatigue extrême ou lassitude,
  • sentiment de perte de contrôle et de culpabilité,
  • changement de poids sans raison,
  • pleurs fréquents,
  • insomnie,
  • irritabilité,
  • manque de confiance,
  • idées noires,
  • sentiment constant d'incompétence parentale, 
  • anxiété généralisée
  • crise de panique
  • perte du goût de vivre...

Dans ce cas, une consultation psychologique ou psychiatrique est conseillée. Votre médecin de famille pourrait aussi songer à vous donner des médicaments, tels des antidépresseurs, pour contrôler et soigner la dépression. Vous pouvez également entrer en contact avec des groupes de soutien réunissant des femmes qui vivent les mêmes situations que vous. Ce type de thérapies s’avère très efficace pour certaines femmes.

Et papa?

Saviez-vous que les hommes pouvaient également souffrir de dépression post-partum? 10% des hommes en seraient victimes! Eux aussi peuvent subir un changement hormonal, mais ils vivent surtout une vulnérabilité évidente face aux nouvelles responsabilités qui leur incombent. Comme vous, ils se demanderont s'ils seront un bon père, si vous arriverez financièrement avec une bouche de plus à nourrir, ils craignent de perdre leur liberté, sont dépourvus face à vos émotions et à vos réactions.

Plusieurs garderont leurs impressions pour eux et prendront soin de leur femme qui en a bien besoin. N'empêche, le sentiment d'être un peu embrouillé à l'égard de ces nouveaux changements l'habite, lui aussi.

En principe, le nouveau papa devrait en parler à sa conjointe, à ses amis et même à un professionnel de la santé, mais bien peu d'entre eux le font. Si vous trouvez votre amoureux un peu plus anxieux ou détaché, il est possible qu'il souffre de dépression post-partum. Amorcez la conversation, si possible.

Psychose post-partum (ou puerpérale)

Cette forme grave de dépression est beaucoup plus rare et, selon certaines études, affecterait surtout les femmes ayant reçu un diagnostic de troubles bipolaires ou de l'humeur. Elle surviendrait dans environ 1 cas sur 1000 et se manifesterait dans la première semaine après l'accouchement.

Les femmes touchées vivraient des sautes d'humeur assez impressionnantes, passant de la manie à la dépression, seraient parfois désorientées, vivraient des sentiments de persécution, pourraient même entendre des voix, penser que son bébé a des pouvoirs spéciaux, avoir des pensées morbides ou des mauvaises intentions à l'égard de son entourage et même de son bébé. Si vous ressentez ces symptômes, il est alors urgent de consulter un spécialiste pour obtenir de l'aide.

 

Rappelez-vous que vous n’êtes pas seule à vivre ces moments de déprime à la suite de l’accouchement.  Le baby blues sera passager, mais la dépression et la psychose post-partum requièrent l’aide d’un spécialiste. Peu importe votre état et votre humeur, parlez-en autour de vous. Vous verrez, cela vous aidera à dédramatiser. De plus, avec l’aide de votre entourage et une bonne dose d’humour, vous devriez être en mesure de vous en sortir rapidement. Toutefois, si rien ne vous redonne le sourire, consultez sans tarder un professionnel de la santé.

Violaine Dompierre et Cynthia Brunet, rédactrices Canal Vie

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